Homélie du 20 décembre 2020 - 4e Dimanche de l'Avent

Qu’il soit fait selon ta parole

par

fr. Pierre Zgirski

4e dimanche de l’Avent, dimanche des annonciations ; qui dit annonciations dit, suppose des annonciateurs.

Le roi David, après avoir beaucoup guerroyé, envisage désormais une conversion radicale : pourquoi pas dans le bâtiment ? Les pharaons construisent des pyramides à leur propre gloire, David — avec sa droiture de cœur — se verrait bien architecte d’un temple majestueux à la gloire de son Dieu : témoignage de gratitude pour sa fidélité et sa bonté envers lui.
Par la voix du prophète Nathan, Dieu se plaît à lui rappeler qu’il est des prérogatives que Dieu ne cédera jamais à l’homme. Dans l’ordre du bien, c’est toujours Dieu qui a l’initiative. Il est l’architecte de l’Univers et, à ce titre, il est seul à même de procurer la stabilité aux hommes en demeurant parmi eux : la tente de la rencontre, c’est lui ; l’arche d’alliance, c’est lui aussi mystérieusement présent. D’où cette annonce de Nathan : « C’est Dieu qui te bâtira une maison », confirmant ainsi la sagesse des paroles du Psalmiste : « Si le Seigneur ne bâtit la maison, les bâtisseurs travaillent en vain. »

Bien des siècles plus tard, prérogative de Dieu et sagesse des Psaumes se manifestent à nouveau. Dieu s’est choisi une nouvelle arche d’alliance, cachée à Nazareth. Le Saint-Esprit a façonné une « comblée-de-grâce » pour abriter en son sein le germe de Dieu, le Verbe fait chair, Jésus-Christ.
De ce Fils de l’homme annoncé plus tard à Nathanaël, celui-ci avait répliqué : « De Nazareth, peut-il sortir quelque chose de bon ? » Oui assurément, puisque Jésus est à la fois le fondement et le bâtisseur d’un édifice éternel : l’Église, corps mystique du Christ, temple définitif.

Alors confinement ou pas, couvre-feu ou pas, vaccin ou pas, visée complotiste ou pas : pour un chrétien, rien ne saurait avoir prise sur la réalité de l’incarnation du Verbe. En Jésus Christ s’accomplissent les écrits prophétiques du mystère de notre Salut. Oui, de Nazareth est sorti l’antidote au péché et à la mort. En ces temps troublés, en sommes-nous toujours pleinement convaincus ?

Certes, au commencement cela n’a pas fait grand bruit car un ange sait se faire discret pour annoncer ce grand mystère qui allait se tisser dans le sein de Marie en vue de se manifester aux humbles et aux petits que nous sommes appelés à imiter.
Oui, Dieu agit avec sagesse, c’est sa marque de fabrique : « Tu as tout réglé avec mesure, nombre et poids. » Ainsi, pour répondre à David, Dieu s’était contenté de dépêcher Nathan ; manière de rappeler à ce prophète les bonnes pratiques : avant tout conseil, un bon prophète se doit de consulter Celui qui l’a élevé à ce rang. L’homme propose mais dans l’ordre du bien c’est toujours Dieu qui dispose. Alors prophète ou non, il est sage pour nous chrétiens de ne pas l’oublier !

Par contre, à Nazareth, pour solliciter la liberté de Marie, il fallait bien plus qu’un simple prophète. Il fallait un émissaire de premier rang, une créature sans défaut, un spécialiste dans son domaine. Dieu envoie donc l’archange Gabriel ; spécialité : annonciateur de CDA, « Conception Divinement Assistée ».

Le vieux Zacharie en sait quelque chose : pour avoir douté, il a perdu sa voix. Assurément plus à l’aise à l’écrit qu’à l’oral — Élisabeth son épouse vous le confirmera ; la chronique de Zacharie, sur format tablette, est d’ailleurs consultable chez l’évangéliste Luc.
Papa sur le tard d’un petit Jean qui fera beaucoup parler de lui : d’abord comme spécialiste en nivellement de chemins de conversion, puis comme annonciateur du Rédempteur.
Prêtre peu doué dans les relations angéliques, Zacharie passera néanmoins à la postérité grâce à un sacré coup de souffle du Saint-Esprit qui lui fera proclamer le benedictus. L’indémodable cantique de Zacharie que toute l’Église reprend quotidiennement à l’office de Laudes. À l’approche de Noël, pour prévenir tout manque de foi, je vous invite à le méditer.

Avec l’archange Gabriel, on ne s’ennuie jamais : les annonciations se succèdent mais ne se ressemblent pas. Dans cette rencontre avec Marie, c’est sans doute lui le plus intimidé. Pensez donc, deviser avec sa future patronne, la Reine des anges, bien davantage la fille de Jérusalem pressentie de toute éternité pour être la mère de Dieu, ce n’est pas rien ! C’est même l’apothéose dans la carrière d’un ange ; pas sûr d’ailleurs qu’il ait quitté Marie d’un battement d’ailes bien assuré.

Avec Zacharie, Gabriel avait eu le dernier mot ; avec Marie, c’est elle qui aura le mot de la fin : FIAT. Fiat, et le temps de l’attente du sauveur d’Israël appartient désormais au passé ; Fiat, et c’est toute l’humanité qui, avec Marie, entre dans les derniers temps.
Fiat et « ce mystère gardé depuis toujours dans le silence est maintenant manifesté », comme nous le clame l’apôtre Paul. Marie, la source scellée, en a eu la primeur. Depuis lors, par l’Église, cette manifestation du mystère s’étend d’âge en âge afin « d’amener toutes les nations à l’obéissance de la foi ».

L’obéissance de la foi : mais c’est quoi au juste ?
La définition est simplissime : c’est l’unique bonne réponse à Dieu qui se révèle aux hommes ! Beaucoup plus ardue en est la mise en œuvre : « Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle car son Royaume est proche » ; tout est là dans ce refrain qui nous a accompagné durant l’Avent.

Alors comment entrer dans cette sagesse du mystère de Dieu à l’approche de Noël ?
Ne nous précipitons pas comme David, Dieu est toujours à l’œuvre le premier ! Ce n’est pas nous — avec nos petits moyens —, qui allons transformer notre cœur en demeure agréable à Dieu. Dieu a dormi sur la paille, alors accueillons un tel Sauveur en toute simplicité, et c’est lui qui changera nos cœurs de pierre en cœur de chair.

Ne soyons pas sceptique comme le vieux Zacharie ; il était certes irréprochable quant à l’observance de la loi, mais l’homme vivra par la foi car « sans la foi, il est impossible d’être agréable à Dieu ». Pour contrer le doute, il n’y a que le bouclier de la foi, « car rien n’est impossible à Dieu » comme l’annonce l’archange Gabriel.

Mettons-nous résolument à l’école de Marie. Marie s’en remet entièrement et librement à Dieu dans un complet hommage d’intelligence et de volonté à Celui dont les voies sont incompréhensibles. Son Fiat jaillit de l’obéissance de la foi : un consentement sans retour ni détour, celui d’un cœur pur et doux.

Bref, l’obéissance de la foi est la clé de notre relation à Dieu, l’unique clé qui permet d’entrer pleinement dans le mystère de Noël et d’être saisi par lui. Alors n’hésitons pas à demander l’aide de Marie pour prononcer notre Fiat quand il le faudra !

Vous l’aurez compris, dans ce temps qui nous mène à Bethléem il ne s’agit pas de se précipiter pour bâtir une crèche — aussi belle soit-elle —, et y déposer l’enfant Jésus ; il s’agit de renouveler notre Fiat envers Dieu qui désire demeurer au plus intime de notre être.

Alors, dans l’obéissance de la foi, courons en esprit vers Bethléem ; comme Marie, ouvrons largement nos cœurs à l’œuvre de la grâce ; accueillons le Christ réellement présent dans son eucharistie et reprenons-y des forces pour nous préparer à fêter Noël — notre relèvement, et attendre avec assurance la venue du Christ dans la gloire.