Homélie du 10 février 2002 - 5e DO

Fiers d’être Sel de la Terre, Lumière du Monde !

par

fr. Bernard Autran

Quelle audace de la part de Jésus, Il ose proclamer les siens, Son Église, nous ses membres, Sel de la Terre, Lumière du Monde!

Pour comprendre une telle affirmation, situons-la dans son contexte. Dimanche prochain, début du Carême, la Liturgie nous rappellera Ses Choix fondamentaux au désert. Aussitôt après il avait commencé sa Prédication en Galilée et appelé ses premiers Apôtres. Puis Matthieu a groupé sous la forme d’un grand discours, comme son Manifeste, l’axe de la Vie selon le Royaume de Dieu. D’une manière paradoxale, il a proclamé Heureux ceux qui mettraient leurs pas dans les siens, chercheraient leur joie non dans leur satisfaction égoïste, mais en ce qui les relierait à leurs frères: heureux ceux qui, cœur de pauvres, seraient doux, miséricordieux, rechercheraient la paix véritable, accepteraient même, en les aimant, de subir persécution de la part de ceux qui, à l’inverse, haïraient leurs frères. Comme le Sel, ils donnent goût à la vie, cherchent à rendre heureux en apprenant par leur manière de vivre, à faire la joie les uns des autres. Ils entraînent à reconnaître qu’on reçoit tout du Seigneur à travers ses frères, à faire rejaillir sur eux les biens dont chacun bénéficie. Ils éclairent le chemin lorsqu’au milieu de l’affrontement des égoïsmes ils montrent la joie difficile de l’amour mutuel.

Dans ce qu’il nous rapporte des Paroles de Jésus. Matthieu consacre trois chapitres à préciser comment nous comporter dans la vie pour vivre de cette manière. Le Lectionnaire en fait la matière d’encore quatre dimanches que la configuration de l’année liturgique nous donne rarement l’occasion d’entendre, en particulier cette année où le Carême va commencer. Aussi, pour bien saisir la portée de notre évangile résumons-en les grands traits.

Ce qui est affirmé est d’abord en continuité avec l’Ancien Testament. Si l’on partage son pain avec l’affamé, recueille le malheureux, une grande Lumière en jaillit. Jésus ne vient pas abolir, mais accomplir. Mais là. Il introduit un profond changement d’avec la pratique de beaucoup: « Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le Royaume des Cieux! » Il semble durcir la Loi en réprouvant non seulement le meurtre, mais la colère et l’insulte, Il demande d’aller se réconcilier avant d’apporter son offrande à l’autel. Ce n’est pas légalisme, mais vérité: Pour Lui, on ne peut pas se contenter d’attitudes extérieures correctes, mais il faut aller jusqu’au sentiment d’amour qui doit en être à la racine. Ainsi, ne pas riposter au méchant, aller au delà de ce qu’on demande, même aimer jusqu’à ses ennemis! Se servir de l’argent sans en être esclave, ne pas s’inquiéter de l’avenir, chercher d’abord le Règne de Dieu et sa Justice, Lui faire confiance pour le reste. Ne pas seulement crier vers Lui, mais agir pour faire Sa Volonté d’Amour, mettre Ses Paroles concrètement en pratique: Ainsi seulement on bâtit sa maison solidement sur le roc, l’Amour qui unit.

Lumière Il est venu en ce monde, et les ténèbres ne L’ont point reçu. Sa Sagesse n’est pas naturelle à l’homme pécheur que nous sommes. Ce n’est pas avec la force apparente de la sagesse humaine que Paul est venu proclamer la Bonne Nouvelle, apporter La grande Lumière aux hommes de son temps. Mais c’est par la Force de l’Esprit qu’Il appelle à vivre la seule Véritable, celle du Christ. Lui nous l’a partagée en la vivant dans le Don de Lui-même en toute Sa Vie et jusqu’à Sa Croix. Car, s’il nous a dévoilé Son Propos, IL ne nous l’a vraiment dit que par Sa Vie et Sa Mort. Fils de Dieu, IL se manifeste avant tout l’Homme relié à Son Père, émerveillé de tout recevoir de Lui, et en réponse, Se donnant de toute Son Âme et à Lui et à Son Œuvre d’Amour.

Les Heureux qui L’ont reçu par la Foi, se sont laissés pénétrer de Sa Sagesse, sont le Sel de la Terre. Comment peut-il s’affadir? Le sel des anciens était peut-être un mélange de sel véritable et de substances inertes. L’humidité pouvait avoir dissous le premier et il n’y avait plus qu’à jeter le reste. Ne serait-ce pas l’image de nos vies? Nous vivons notre Foi à travers des comportements religieux et tous les préjugés de la société au milieu de laquelle nous vivons. Notre vie est un combat quotidien pour vivre authentiquement nos attitudes religieuses, pour à sa Lumière, savoir discerner, juger ce qui est bon et ne pas nous laisser gagner par les fausses manières ambiantes de penser et de nous comporter vis-à-vis de nos frères.

C’est, bien sûr, une œuvre de longue baleine. Unis à nos frères dans l’Église, surtout pendant le Carême que nous allons commencer, il nous faut nous y atteler. Le Seigneur nous appelle à nous imprégner de Sa Parole pour adhérer profondément à Sa Personne et nous laisser pénétrer de Ses Sentiments. Nous le faisons avant tout en vivant l’Eucharistie et en y communiant à Lui de cœur bien plus que de lèvres! À nous de la préparer et la prolonger par notre Prière et la méditation de l’Écriture. Faisons-nous aussi aider par le travail de ceux nos frères qui, par écrit ou par parole, nous l’expliquent, en font l’application concrète dans notre vie d’aujourd’hui.

Préparons-nous à bien utiliser ce temps pour lutter contre notre égoïsme et notre paresse, essayer de faire passer dans notre vie de chaque jour tout ce que Jésus nous propose pour mettre nos pas dans les Siens. Nous allons nous acheminer vers Son Mystère Pascal. Quand nous méditons Son Amour jusqu’à la Croix, Il nous donne de déjà vivre de Sa Vie Nouvelle. .Alors, avec autant de fierté que d’humilité, non par nous-mêmes, mais Force de Son Esprit, accueillons l’honneur qu’Il nous fait d’être le Sel qui donne goût à la vie. Ne mettons pas sous le boisseau Sa Lumière qu’Il nous donne de refléter pour éclairer le chemin de nos frères!