Homélie du 3 septembre 2023 - 22e Dimanche du T. O. (messe de 21h)

Fils de l’homme ou Fils de David ?

par

fr. Jean-Michel Maldamé

En réponse à la question posée par Jésus, Pierre a déclaré que Jésus est le Christ. Sitôt après, Jésus lui a confié la responsabilité de la communauté des disciples. Tout aussitôt, tout se brouille : Jésus traite Pierre de « Satan ». D’où vient ce renversement brutal ? Ce ton de colère chez Jésus ? La réponse est claire : il y a un malentendu sur le sens du mot « Christ ». Aux oreilles d’un juif, ce terme fait entendre que Dieu va réaliser la promesse faite jadis à David ; il va établir son règne — c’est incontestablement une bonne nouvelle — c’est ce que pensent Pierre et les autres disciples ! Mais le mot « règne » (ou « royaume ») n’est pas compris de la même manière par Jésus et par ses disciples.

À juste titre, Pierre entend dans l’expression « règne de David » un changement dans la situation politique. Le pays, qui fut celui de David et Salomon jadis, sera libéré de la tutelle de l’Empire romain. Les Juifs dispersés reviendront au pays et tous vivront dans l’abondance sur la terre où coulent le lait et le miel — parce que tout le monde pratiquera la Loi de Moïse. Bref : un très classique programme politique et religieux. Pierre et ses compagnons ont hâte que Dieu fasse advenir ce projet annoncé par les prophètes ; ils sont tout heureux de monter à Jérusalem. Ils veulent que Jésus, Fils de David, prenne le pouvoir après avoir pris la tête du mouvement qui, parti de la Galilée (pays de résistance à la corruption des notables de Jérusalem), triomphera à Jérusalem. Jésus refuse. Pourquoi ? Parce que Jésus n’est pas un rêveur. Il sait que cette réalisation serait un mieux-être pour quelques-uns, mais hélas pas pour tous. En effet, tout changement politique est clivant : si certains en bénéficient, d’autres, beaucoup d’autres, seront opprimés. Jésus ne veut pas de ça. Pour lui, le règne de Dieu est tout autre chose que le rétablissement de la dynastie davidique — où il a sa place parce que « fils de David ».

Jésus a une ambition plus grande. Le royaume qu’il entend fonder ne se limite pas à un peuple, il concerne toute l’humanité. Pour cette raison, Jésus ne suivra pas les processus politiques de toute prise de pouvoir — processus élitiste qui favorise toujours un clan, un parti, une race, une culture… Un signe est donné par la manière dont Jésus se présente. Il n’utilise pas le terme « fils de David » ; il se désigne comme « fils de l’homme ». Ce titre dit bien que son action concerne toute l’humanité. L’usage de ce titre est très habituel pour accompagner son action de guérison et d’enseignement. Jésus emploie des moyens qui ne sont pas ceux des royaumes et des empires ; son projet ne relève ni de la propagande, ni de la corruption, ni de la guerre. Or suivre ce chemin, c’est être vulnérable et exposé à la persécution. Jésus dit clairement qu’il l’accepte et qu’il en assume les pires conséquences — en ce temps-là c’était la mort infligée par crucifixion.

La parole de Jésus à Pierre s’est réalisée — nous savons comment les choses se sont passées en lisant les évangiles. Jésus n’a pas pris les armes ; il est entré comme Messie à Jérusalem dans un grand concours de peuple, le peuple des pauvres, des humbles, des cœurs purs… ceux qui n’avaient pas à leur service armement et financements corrupteurs.

Il y a plus. Le propos de Jésus est pour nous ! Ce n’est pas une solution de facilité mais c’est la meilleure ! Pourquoi ? Parce que cette voie est celle de l’amour. Elle commence non par imposer l’ordre que l’on désire, mais par changer son cœur. Dès maintenant ! Les propos des politiques sont toujours des promesses pour demain ! Toujours demain ! Autant dire jamais. Tandis que sur la voie de Jésus, celle de l’amour, c’est aujourd’hui. C’est dans cet aujourd’hui que nous sommes invités à porter du fruit et à construire une humanité fraternelle.

Notre pape François nous donne l’exemple. En son grand âge, il va au-devant des foules de jeunes à Lisbonne, mais aussi au cœur de l’Asie en Mongolie où les chrétiens sont une infime minorité… C’est le même amour dans les grandes foules et dans les petites assemblées. Nous serons donc attentifs dans quelques jours à sa venue à Marseille, parce que cette ville est une vaste cité où se croisent les religions, les traditions, les cultures et les espoirs. Il encourage les chrétiens à être des témoins d’un amour universel.

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