Homélie du 21 mars 2010 - 5e DC

Guérison de Lazare

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C’est un Jésus tout à la fois pleinement Dieu et profondément homme qui transparaît dans cet épisode de la guérison de Lazare.

Aujourd’hui, la divinité du Christ se manifeste avec évidence lorsqu’il fait sortir le mort de son tombeau. Qui d’autre que Dieu, le Dieu éternel, peut faire revenir un mort à la vie? Qui d’autre que Dieu peut se présenter comme «la résurrection et la vie»?

Dieu, assurément, Jésus l’est. Ses œuvres témoignent pour lui. Et en même temps, c’est bien la même personne qui tout en retirant Lazare du sommeil de la mort révèle la plénitude son humanité. Jésus aujourd’hui est cet homme qui est bouleversé au plus intime de lui-même par les larmes et les lamentations de ses amis. Jésus est cet homme qui ne se cache pas pour pleurer son ami Lazare.

Les larmes de Jésus sont le signe éloquent de la vérité de son humanité, comme la résurrection de Lazare est le signe de sa divinité. C’est bien parce qu’il est de notre chair que Jésus est en mesure de compatir, d’être touché par ce qui nous fait souffrir. «Quand Il vit Marie pleurer, et pleurer aussi les juifs qui l’avaient accompagnée, Jésus frémit en son esprit et se troubla» (Jn 11, 33) Et découvrant le tombeau de Lazare, «Jésus pleura» (Jn 11, 35).

Les juifs qui sont témoins de la peine de Jésus saisissent que ses larmes ne sont pas le produit d’une simple émotion superficielle. Ils comprennent que si Jésus est ému aux larmes, ce n’est pas par mode de contagion comme l’on peut l’être quant tout le monde pleure autour de soi. Si le rire est contagieux, la peine l’est aussi. Saint Jean et les autres témoins perçoivent justement que la compassion du Christ vient de plus loin que sa sensibilité. Elle vient du fond de son être. C’est en esprit qu’il frémit. Les pleurs de Jésus sont ainsi l’expression visible de l’amour qu’en son cœur il porte à son ami Lazare. «Voyez comme il l’aimait!» (Jn 11, 36).

Les profondeurs du cœur humain de Jésus sont comme mises à nue par le drame qui se joue. Ses larmes nous font toucher le mystère de l’amour de Jésus. C’est un amour qui ne peut pas rester étranger à la mort de ceux qu’il aime. L’amour que le langage des larmes nous révèle est un amour humain, mais aussi divin, parce que c’est bien la même personne qui comme Dieu ressuscite Lazare et comme homme le pleure.

Les larmes de Jésus nous disent ainsi, de manière visible, quelque chose de l’amour invisible mais bien réel que Dieu porte à tout homme. La mort des hommes ne laisse pas Dieu indifférent. Son amour ne peut pas se résoudre à laisser la mort terrasser définitivement ceux qui l’aime. Comme le dit le psalmiste, «elle coûte aux yeux du Seigneur la mort de ses amis» (Ps 115,16). Ce même amour divin se manifeste encore quand Jésus crie le nom de Lazare: «Lazare, viens dehors!» (Jn 11, 43). Une voix d’homme retentit, mais c’est bien l’amour divin qui se fait entendre devant le tombeau. «Je t’ai appelé par ton nom, tu es à moi ? Tu comptes beaucoup à mes yeux, tu as du prix et je t’aime», dit le Seigneur en Isaïe (Is 43, 1-4).

Aujourd’hui, les larmes de Jésus au tombeau de Lazare nous dévoilent un pan de l’amour que Dieu nous porte. Bientôt, le sang et l’eau qui jailliront du côté transpercé du Christ en seront le signe le plus éloquent. Bientôt, ce ne sera plus seulement dans les larmes du Christ que nous saisirons l’amour de Dieu, mais dans la contemplation de son cœur d’homme blessé et aimant.