Homélie du 19 avril 1998 - 2e DP

Heureux qui croit sans avoir vu le Visage glorieux du Christ

par

fr. Bernard Autran

        Nous voici tout à la joie de Pâques. Dimanche dernier, nous a été évoqué l’émergence de celle des Apôtres, leur passage de l’abattement à l’Espérance. Leur Maître était bien mort et enterré. Pourtant, des Anges les ont avertis de ne plus le chercher parmi les morts: Il était à nouveau Vivant. Et Jean a cru, au signe des linges abandonnés. Aujourd’hui, éclate la grande, la Bonne Nouvelle qui, depuis, nous a été transmise, celle dont nous vivons: A ces croyants, le Seigneur a donné de devenir ses témoins.

        Il ne les a pas écrasés de sa Splendeur. Il n’est pas venu non plus impressionner ses adversaires! Mais c’est à ceux qui croyaient en Lui qu’Il s’est manifesté. Après le deuil du sabbat et les premières lueurs du lendemain, Il est venu enfin bien concrètement au milieu d’eux. Il s’est fait reconnaître plus précisément en leur montrant les cicatrices de sa Passion. Ce n’était pas une illusion, une hallucination collective! Et Thomas, pourtant si attaché à son Maître, n’arrivait pas à les croire! Comment, crucifié et enterré, pourrait-Il être vivant? Ce n’était pas possible! Et pourtant, à son tour, le voilà convaincu par l’évidence.

        Quant à nous, nous ne voyons pas le Seigneur ressuscité, et ne le verrons pas de notre vie terrestre. Nous ne pouvons croire que par les signes. Pour nous, l’incapacité aie Thomas à croire nous est bien utile: il nous est une preuve encore plus convaincante que les Apôtres n’ont pas été l’objet d’illusion! C’est bien réellement que le Seigneur s’est montré à eux. Il a parlé avec eux, même partagé leurs repas! Il est dans un état différent, Il ne vit plus en continu avec eux et n’a plus besoin qu’on lui ouvre la porte pour qu’Il entre, Il se manifeste quand Il veut et disparaît de même, mais c’est bien Lui, vivant, et maintenant pour toujours!

        Il leur apporte la Paix! C’est ce que Dieu voulait vivre avec les hommes dès l’origine. Cette paix, les hommes n’en avaient pas voulu; révoltés, ils avaient fait de Lui leur adversaire et redoutaient sa colère. A la vérité, elle ne portait pas sur eux qu’Il entourait toujours de son Amour, mais sur leurs actions. Celles-ci les avaient opposés et à Lui et entre eux; ils se doutaient bien qu’ils avaient à en craindre les conséquences. Ils lie comprenaient plus que leur Père les aimait. Ils avaient peur de Lui et de ses châtiments. Alors, il a fallu que le Fils Lui-même vienne vaincre leur méchanceté: Il s’était donné jusqu’à les laisser exercer sur Lui l’extrême de cette méchanceté. Et maintenant, Il vient, ressuscité, annoncer la Paix! Le Père a aimé les méchants jusqu’à le leur donner, Lui son Fils. Son pardon est le signe de celui de son Père. Si l’on croit en Lui, adhère à Lui par la loi, alors on peut recevoir sa Paix, savoir qu’on est pardonné, accueilli dans son Amitié!

        Cette Paix, les Apôtres en reçoivent maintenant la charge: à eux désormais de l’annoncer à leurs frères, les y faire entrer en les transfigurant. Cette œuvre immense dépasse leurs forces humaines: c’est celle même du Christ. Ce n’est pas moins qu’en donnant sa Vie en Croix qu’Il a donné l’Esprit. Désormais. cette immense puissance divine les habite. Et ils savent maintenant que, si, ressuscité, leur Maître ne s’est montré à eux que dans l’humilité de son ‘voyage terrestre, Il est ce Fils d’Homme dont les yeux sont une flamme ardente, qui tient sept étoiles dans sa main. infiniment plus qu’à sa Transfiguration, son Visage resplendit tel le soleil dans tout son éclat! C’est de Lui qu’ils deviennent les lieutenants. Lorsqu’il les comble de son Esprit pour remettre les péchés de leurs frères. leur faire réintégrer l’amitié du Père, ce qui les habite désormais n’est pas moins que son immense Puissance, Lui qui est infiniment plus grand que le monde!

        Ce que nous venons de lire d’eux dans le livre des Actes n’est qu’une pâle évocation de cette dignité, Personne n’osait se joindre à eux, et le peuple faisait leur éloge! On leur amenait les malades et les gens tourmentés par de mauvais esprits, et ils étaient guéris. Ce n’était encore que l’extérieur, la surface. Qu’ils aient reçu l’Esprit leur donnait cette puissance extraordinaire par laquelle ils allaient répandre la Bonne Nouvelle de la Paix sur toute la terre, Cette puissance allait, à l’inverse de celle des hommes, les lancer à travers le monde sans armes, sans richesses, ouvrir le coeur de tant de leurs semblables. Combien recevront d’eux J’annonce de la Résurrection du Christ et par-delà Thomas, deviendront les Heureux qui auront cru sans avoir vu!

        Depuis bientôt vingt siècles, l’Esprit est ainsi à l’œuvre dans le monde. Innombrables ceux qui ont cru, ils sont entrés dans cette Paix, s’en sont fait les serviteurs. Bien sûr, l’Église a dû s’organiser en religion. Et les péchés de ses membres ont souvent occulté cette Paix dont ils étaient appelés à devenir les serviteurs. Pourtant, le service de cette Paix n’a jamais cessé, et aujourd’hui l’Esprit reçu par les Apôtres est encore et toujours à l’œuvre en elle. Il le fait avec d’autant plus de force qu’aux yeux des hommes, elle est privée de tant de moyens de puissance humaine qu’elle a utilisés à certaines époques et dont certaines religions d’invention humaine ne se privent pas d’user! Ce ne sont pourtant pas elles qui ont les promesses de la Vie éternelle!

        Soyons donc heureux et assurés: si, à notre tour, nous avons cru sans avoir vu, l’Esprit donné aux Apôtres repose aussi sur nous. Si, grâce à Lui, nous croyons que Jésus est le Messie, le Fils de Dieu. nous avons la Vie en son nom. Alors, notre Foi nous ouvre à cette immense réalité: Lui qui s’est fait humblement l’un des nôtres brille de l’immense Gloire de son Père. De cette Gloire, Il nous illumine déjà! Avec Lui, nous sommes forts non pour écraser nos frères, niais pour nous donner à eux: que l’Esprit nous donne d’être les artisans de cette Paix du Christ qui dépasse tout ce qu’on peut imaginer. Elle est l’unique source de notre vraie Joie. Alors, que grandisse en nous le désir et l’ambition de la partager avec nos frères!