Homélie du 5 septembre 2010 - 23e DO

« Il ne peut être mon disciple … »

par

fr. Alain Quilici

Mes frères aujourd’hui je tremble à la pensée de ce que j’ai à vous dire. Et vous devez trembler vous aussi, si vous avez prêté attention à ce que Jésus vient de dire dans l’évangile. Pour la première fois et, si je ne m’abuse, pour la seule fois dans les évangiles, Jésus, à trois reprises, déclare qui ne saurait être son disciple. Il donne les trois conditions hors desquelles, dit-il, vous ne sauriez être mon disciple.

Pour commencer, il faut préférer le Christ à sa famille. Ensuite, il faut porter sa croix, ce qui veut dire perdre sa vie pour lui. Enfin il faut renoncer à tous ses biens. Ce sont des sentences qui nous visent au cœur, qui touchent à ce qui nous tient le plus à cœur: nos biens, notre famille, notre vie.

Aussi avant de décider, Jésus invite à faire comme celui qui va bâtir une maison. Il recommande de s’asseoir, de bien considérer si on a les moyens de son projet et de mesurer la volonté que l’on a d’aller jusqu’au bout. N’est-ce pas précisément ce qu’on fait hier nos frères Pierre et Laurent en s’engageant radicalement dans la vie religieuse dominicain par la profession solennelle?

Par le vœu de chasteté dans le célibat, ils ont proclamé que pour être disciples, ils préféraient le Christ Jésus à la famille qu’ils auraient pu fonder, à l’épouse et aux enfants qu’ils auraient pu avoir.

Par le vœu d’obéissance, ils ont accepté de soumettre leur volonté à celle d’un autre, comme Jésus qui s’est fait obéissant à son Père et obéissant jusqu’à la mort, et la mort sur la croix.

Par le vœu de pauvreté, ils ont renoncé à posséder personnellement quelque bien que ce soit. Là encore à la suite de Jésus qui ne retint pas le rang qui l’égalait à Dieu et se fit pauvre parmi les pauvres.

Moyennant ce triple renoncement, ils espèrent mériter d’être reconnus par Jésus comme des disciples. Cette démarche, on ne peut la faire que dans la foi, dans une confiance totale à la réalité de la promesse du Christ. On ne saurait la faire pour se singulariser, ni pour se donner en exemple, ni, ce qui serait le pire, pour se comparer aux autres et leur faire la leçon. On ne prend ces engagements que parce qu’on y est appelé, appelé d’un appel irrépressible qu’on appelle la vocation; et c’est notre façon à nous, religieux, d’être chrétiens, que de prendre à la lettre la parole de Jésus.

Mais chacun de vous aussi, vous êtes appelés à être des disciples du Christ Jésus. Et vous ne sauriez l’être sans accepter les trois conditions énoncées par le seigneur.

Il pourrait arriver, en effet, et nul ne le souhaite, que vous soyez dans la situation d’avoir à choisir entre la fidélité au Christ et votre famille.
Dans les décennies récentes, tant de Chrétiens se sont trouvés devant ce choix redoutable. Et s’ils ont choisi la fidélité au Christ, plaise à Dieu que ce ne soit pas contre leur famille, mais en communion avec elles. Et aujourd’hui, sous nos yeux, nous voyons les Chrétiens de tant de pays du Moyen-Orient ou de l’Extrême-Orient confrontés à ce choix. Nous sommes en communion avec eux et nous prions pour eux, nous qui n’avons pas, pas encore, le couteau sur la gorge.

De même pour ce qui est de porter sa croix. Nul n’en est dispensé! Et ce n’est pas en vain que nous disons et redisons dans notre prière: Que ta volonté soit faite! Nous savons que la Passion est le chemin qui conduit à Pâque. La croix, disait le saint Curé d’Ars, est la porte qui ouvre le ciel.

Quant à renoncer à tous ses biens, ce n’est pas le plus facile, tant nous tenons à ce que nous avons. Mais nous savons bien que si nous voulons ne pas être possédés, il faut accepter d’être dépossédés. Si nous ne voulons pas être attachés, nous devons être détachés, usant de nos biens pour faire le bien.

Vous comprenez pourquoi, comme je le disais en commençant, je tremble en disant cette parole. C’est que ce ne sont pas des jeux de mots, ni des paroles en l’air. La réalité de la promesse de vie éternelle est à la mesure de la réalité de notre engagement.

Jésus, pour tout nous donner, nous demande de tout donner, comme il a lui-même tout donné par amour de son Père et par amour pour nous. Nous avons terriblement besoin de la foi les uns des autres, pour tenir dans cette détermination. Nous avons terriblement besoin de l’action de l’Esprit saint pour mériter d’être des disciples de Jésus. Amen.