Homélie du 26 octobre 2003 - 30e DO

«Il t’appelle»

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Dieu nous a appelé à la vie, à travers l’amour de nos parents. Et nous avons reçu un nom – un prénom – au jour de notre baptême où Dieu nous appelle à sa vie. Recevoir un nom, c’est, entre autres, recevoir la grâce de pouvoir être appelé: celui qui n’a pas de nom ne peut être appelé. Dieu lui-même nous a donné son nom afin que nous puissions l’appeler: «Je suis celui qui suis» (Ex 3,14).

Dieu ne cesse de nous appeler: il n’y a pas de crise des vocations, une crise d’appel du côté de Dieu, mais une crise des réponses, une surdité chronique de l’homme aux appels de Dieu: avant d’aller chercher les obstacles à cette écoute, dans la vie du monde, regardons déjà ces obstacles qui se trouvent dans l’entourage de Jésus: jusque dans nos familles chrétiennes. Obstacles autour de nous, mais aussi en nous, par notre manque de foi, d’amour, et de persévérance et de profondeur dans la disponibilité et l’écoute.

Dieu ne cesse d’appeler depuis toujours. Écoutons: les pas de Dieu venu à la brise du jour appeler Adam dans le jardin: «Où es-tu?». Et l’homme déjà se dérobait à l’appel de Dieu. Quelques uns y répondirent: «Abraham, Abraham» au pays de Moriyya (Gn 22) … «Moïse, Moïse» à l’Horeb (Ex 3) … «Samuel, Samuel» auprès d’Élie (1 Sm 3) … Mais face à la surdité générale des hommes, Dieu ne nous appelle plus à lui depuis le ciel, de loin, mais de près, depuis la terre de l’Incarnation. Pour nous appeler à lui, il est venu jusqu’à nous, nous chercher. Quand quelqu’un est sourd, il faut lui parler plus fort, l’appeler de plus près.

Il passe, il s’arrête et appelle: il passe sur le bord du lac de Tibériade et appelle Pierre, Jacques Jean et André à le suivre (Mt 4,18-22). Il passe devant le comptoir d’un publicain et appelle Matthieu (Mt 9,9): il appelle non pas les justes mais les pécheurs (Mt 9,13). Il passe aujourd’hui devant un mendiant dénommé Bartimé qui est sur le bord du chemin de la vie et l’appelle à venir à lui, à recouvrer la vue. Bartimé: cela veut dire en araméen, «fils de considération, fils de dignité». Nous connaissons le nom du malade: cela est quasiment unique dans les récits de guérison. Car dans cette rencontre, il y a cette dimension de l’appel qui est mise en relief de manière spécifique.

Mais pourquoi Jésus appelle aujourd’hui Bartimé: car Bartimé a passé de longs jours de mendicité à appeler le Seigneur. L’appel de Jésus lancé à Bartimé est la réponse de la persévérance de Bartimé à appeler le Seigneur. Il y a certes parfois les appels de Dieu comme sur la route de Damas pour Paul, semblable à l’éclair inattendu: mystère de la grâce (Ac 9,4). Mais l’appel de Dieu à son serviteur est la réponse de l’appel du serviteur à Dieu.

Si il y a manque de vocations dans l’Église, est-ce que Dieu n’appelle plus, où nous-mêmes qui n’appelons plus Dieu? Car appeler Dieu c’est se mettre en disposition d’écouter son appel, de répondre alors à son appel. Seul celui qui mendie la grâce d’une manière ou d’une autre peut être appelé à recevoir la grâce. La condition du baptisé est d’être mendiant de la grâce: mendiant de la parole de Dieu, mendiant de sa présence, de son amour, de son appel, de la miséricorde, mendiant de la lumière, de son visage: «Jésus, Fils de David, aie pitié de moi», «Rabbouni que je voie à nouveau!» Comment Bartimé appelle: invitation insistante, presque comme une convocation, avec foi et force: ténacité et persévérance: avec humilité et confiance.

Dieu appelle: quelle joie! Bartimé rejette le manteau sous lequel il se cache et qui peut entraver une course avec allégresse vers le Seigneur: il se lève, il bondit: quelle résurrection! L’appel du Seigneur fait de l’homme un vivant: il l’appelle à l vie, à passer du néant à la vie, il l’appelle à sa vie, à la conversion, à passer du péché à la vie éternelle. Comme le disait un jeune chrétien qu’un handicap avait cloué sur un fauteuil roulant depuis son enfance: «La vie est un don. Elle est un honneur: il faut la vivre debout». Etre appelé par Jésus, c’est être appelé par celui qui est la Vie: c’est être appelé à vivre de sa vie, de la vraie vie, qui fait de l’appelé un ressuscité dans l’Espérance. La Vierge Marie appelée et habitée par Dieu au jour de l’Annonciation, «se lève» comme déjà ressuscitée pour aller porter la bonne nouvelle à sa cousine Élisabeth (Lc 1,39).

André dit à Simon son frère: « nous avons trouvé le Sauveur» (Jn 1,45)» Et il l’amena à Jésus. Marthe dit à Marie sa sœur: «le Maître est là, il t’appelle» (Jn 11,28): et comme Bartimé, la sœur de Lazare se leva promptement et alla vers Jésus (Jn 11,29). Bartimé, mon frère, le Seigneur est là : «confiance, lève-toi, il t’appelle» Prends la main des sacrements de l’Église, elle te conduit au Christ. Le Maître est là en chaque Eucharistie, il t’invite à la table de son Royaume. Il est là dans le secret de ta chambre, il t’attend, à l’heure de la prière personnelle quotidienne (Mt 6,5-6). Il est là au plein midi du jour assis sur la margelle du puits de ton cœur: il t’attend, il t’appelle: «j’ai soif de ton amour» (Jn 4,7). Il est là à la neuvième heure de tes épreuves: il t’appelle à te laisser embrasser par les bras de sa miséricorde ouverts sur la croix: «J’ai soif que tu aies soif de mon amour» comme le dit saint Augustin (Jn 19,28). Il est là au matin de la Résurrection dans le jardin de ton âme t’appelant par ton nom pour ouvrir tes yeux à sa présence : «Marie» (Jn 20,16) «Je t’ai appelé par ton nom, tu es à moi» (Is 43,1): à moi, non dans une possession qui rend alors esclave, mais dans une communion qui rend libre. Il est là sur les chemins de Galilée où il t’envoie avec tes frères, pour tes frères : il t’y appelle et t’y précède même (Mt 28,7). Il est dans l’Esprit, au cœur du plus petit de tes frères qu’il t’appelle à servir: il t’y attend (Mt 25,40). Il est là à la sortie de Jéricho, sur ton chemin de mendicité. Il t’appelle à lui. Il se donne à écouter, il se donne à voir, il se donne à toucher, il se donne à manger: il se donne pleinement, pour nous appeler à la sainteté. C’est l’appel, l’appel à la vie sainte, à la vie très sainte que vont recevoir Pauline et Suzanne dans le baptême: que nous avons tous reçu au jour de l’adoption filiale et divine.

S’il t’appelle à lui, ce n’est pas pour te rejeter après: c’est pour demeurer avec toi, pour que tu demeures avec lui, avec tes frères: et si c’est pour t’envoyer, c’est pour mieux alors te recevoir. «Car il est fidèle, celui qui nous a appelés: c’est encore lui qui fera cela» (1 Co 1,9; 1 Th 5,24). «Ceux qu’il a appelés, il les a aussi justifiés: et ceux qu’il a justifiés, il les a aussi glorifiés» (Rm 8,30). Jusqu’au dernier jour où il veut nous appeler: «Venez les bénis de mon Père» (Mt 25,34). Ce dernier appel sera la réponse en écho à l’appel des disciples à Dieu au premier jour: «Maître, où demeures-tu?» (Jn 1,38).

Appelle ton Dieu, il t’appellera: appelle ton Dieu, alors tu entendras son appel qui précède le tien: lui qui t’a créé, lui qui t’a appelé à la vie, avant même que tu sois, dès le sein maternel (Is 49,1): lui qui t’a sauvé, lui qui t’a appelé à sa vie, avant même que tu puisses l’espérer. Quel est celui qui appelle ainsi Bartimé, qui nous appelle: il est celui qui «ne nous appelle plus serviteurs, mais amis» (Jn 15,15). «Il est celui qui nous a appelés des ténèbres à son admirable lumière.» (1 P 2,9) Bartimé en est témoin.