Homélie du 4 septembre 2022 - 23e Dimanche du T. O.

Imitez Dieu le Dimanche

par

« Celui d’entre vous qui ne renonce pas à tout ce qui lui appartient ne peut pas être mon disciple » (Lc 14, 33).

Le premier renoncement est celui de notre temps. C’est accepter la convocation de Dieu, l’appel dominical qui retentit dans le cœur de tout baptisé.
« Le Dimanche était primitivement le “premier jour de la semaine” (Jn 20, 1) ainsi que l’appelle encore saint Jean, mémorial du premier jour de la création, et devenu en raison de la Résurrection du Christ le “huitième jour” », [Voskresenie (Bоскресе́нье), Jour de la Résurrection, disent avec raison les Slaves], « où le Christ, après son “repos” du grand Sabbat, inaugure le jour “que fit le Seigneur” (Ps 117/118, 24), le “jour qui ne connaît pas de soir” (liturgie byzantine). Le “repas du Seigneur” (1 Co 11, 20) constitue le sommet de ce jour, car c’est ici que toute la communauté des fidèles rencontre le Seigneur ressuscité qui les invite à son banquet (cf. Jn 21, 12 ; Lc 24, 30) » (CEC, n° 1166) céleste, celui des « noces de l’Agneau » (Ap 19, 7) ! Il devient dès l’Apocalypse « jour du Seigneur » (Ap 1, 10), ainsi appelé pour la première fois.

Saint Jérôme voit un achèvement de ce qui s’était préparé chez les païens ; comme de nos jours les Anglais et les Allemands restent marqués par leurs lointains ancêtres : Sunday, Sonntag, jour du soleil. Saint Jérôme vient à leur secours par anticipation : « Le jour du Seigneur, le jour de la Résurrection, le jour des chrétiens, est notre jour. C’est pour cela qu’il est appelé jour du Seigneur [Κυριακή, Dimanche, Domingo, Domenica dans les pays profondément christianisés] : car c’est ce jour-là que le Seigneur est monté victorieux auprès du Père. Si les païens l’appellent jour du soleil, nous aussi, nous le confessons volontiers : car aujourd’hui s’est levée la lumière du monde, aujourd’hui est apparu le soleil de justice dont les rayons apportent le salut » (Jérôme, Ma 3, 20 ; CEC, n° 1166).

En passant du Sabbat au Dimanche, l’Église ne remplace pas Israël, mais l’accomplit dans un nouvel Israël qui ne se substitue pas au premier, mais à la fois le prolonge par continuité par la Loi morale, s’en détache par rupture liturgique comme le passage du Sabbat au Dimanche, par dépassement car « Jésus apporte avec lui toute nouveauté (omne novitatem attulit seipsum afferens) » (Irénée, AH, IV, 34, 1). Cette transformation par accomplissement exige donc continuité, rupture-détachement, dépassement. Pour le sabbat, nous recueillons en continuité l’exigence du repos pour Dieu ce que ne connaissent que les juifs et les chrétiens, les fidèles de la Révélation et du Salut. Les musulmans travaillent le vendredi sans contrevenir à la Shariah. Ce repos reprend le geste de la création : et Dieu au septième jour « se reposa » (shavat) (Gn 2, 2-3 : שָׁבָת). Saint Paul invite à imiter Dieu, cette invitation vaut jusque dans son repos.

Imiter Dieu est de fait un précepte apostolique : « Cherchez à imiter Dieu » (Ep 5, 1). Si cela est impossible du point de vue de l’être de Dieu, cela devient possible dans son agir, sa bonté, sa miséricorde, le don permanent de son amour pour ses fils adoptifs. La grâce est ce don parfait qui rend possible cette imitation. « L’amour de Dieu a été répandu en nos cœurs par l’Esprit Saint » (Rm 5, 5). C’est l’Esprit Saint comme Don du Père et du Fils qui rejoint, moyennant les sacrements, le croyant en son cœur et permet au-dedans de lui l’habitation des trois personnes divines par grâce. Un don personnel stimulé par la grâce que multiplie l’eucharistie quand elle est déjà là devient possible en chacun ce qui permet d’imiter Dieu.

Saint Paul fera faire un pas supplémentaire en imitant le Christ : « Imitez-moi, mon modèle à moi c’est le Christ » (1 Co 11, 1). Il se trouve dans cette imitation de saint Paul le culte naissant des saints qui se profile dans l’Église universelle, et qui a disparu sans raison après Vatican II. Une réforme de la réforme est attendue sans compromission, ni retard. Un renouvellement des ministères relativement rapide comme cela avait été heureusement annoncé permet ces reprises pour une réforme intelligente et fidèle : Reformatio in Capite et in membris (concile de Latran V), de la tête au pied en commençant par celle-ci.

Le Dimanche en définitive c’est passionnant ; et cela vaut le coup de répondre à la convocation de Dieu, ce que signifie le mot Église. Il n’est jamais facultatif ni pour moi et ni pour vous aussi. Nous sommes tous les adeptes du Dimanche en présentiel et pas en virtuel : « Sine Dominico non possumus », disent les Martyrs d’Abitène (en 304) lors de leur interrogatoire en jugement, avant leur condamnation à mort : « Sans le Dimanche nous ne pouvons pas [vivre]. » Nous ne pouvons plus rien. Écho de « sans moi, nous ne pouvons rien faire » (Jn 15, 5). Le Christ nous invite à la fidélité dominicale ici à Rangueil dans cette église Notre-Dame du Rosaire. Que la Vierge semper fidelis nous aide à être fidèles ! Amen.