Homélie du 1 février 2026 - 4e dimanche du T.O.

« Imitez-moi ! »

par

fr. Édouard Divry

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« Imitez-moi, mon modèle à moi c’est le Christ » (1 Co 11, 1). C’est gonflé, hardi ! Cette exhortation de saint Paul a de quoi surprendre par son auto-référentialité pour reprendre le mot d’un récent pontificat. Nul autre que saint Paul n’oserait la formuler aussi directement : « Imitez-moi ! » — il insiste pourtant partout, quatre fois : 1 Th 1, 6 ; 2 Th 3, 7.9 ; Ph 3, 17 ; 1 Co 4, 16. Sous l’inspiration divine, saint Paul a propulsé en avant et formellement la dévotion catholique aux saints dans une vie spirituelle avec le Seigneur ce qui sauve d’ailleurs sa devise : « Mon modèle à moi, c’est le Christ. » C’est cette rectification qui rend l’avis de saint Paul audible. Nous le disons désormais de tous les saints, mais seulement après leur mort : « Imitez-les, leur modèle c’est le Christ ! » On peut l’exprimer cependant à propos de ceux dont on pressent qu’ils seront un jour des saints. Qui ne l’a pas ressenti auprès de sainte Mère Teresa de Calcutta ou de saint Jean-Paul II ? Mais quels critères plus précis retenir pour éviter une imitation servile sans vrai intérêt spirituel ? Aujourd’hui Jésus discrètement ne révèle-t-il pas ses propres qualités à imiter en nous associant à lui ? :

– Heureux les cœurs de pauvres car le Royaume est à eux (Mt 5, 3) et saint Paul enseigne « la libéralité de notre Seigneur Jésus Christ, qui pour [nous] s’est fait pauvre, de riche qu’il était, afin de [nous] enrichir par sa pauvreté » (2 Co 8, 9).

– Heureux les doux, car ils posséderont la terre (Mt 5, 4). Lui-même Jésus déclara : « Je suis doux et humble et de cœur » (Mt 11, 29). Et il fut le doux « Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » (Jn 1, 29) en se laissant égorgé, sans élever la voix (cf. Is 53, 7).

– Heureux ceux qui ont pleuré (cf. interprét. Peshitta), car ils seront consolés (Mt 5, 5). Et Jésus a pleuré au moins trois fois dans le Nouveau Testament : sur Jérusalem qui va être détruite (cf. Mt 19, 41), sur son ami Lazare mort (cf. Jn 11, 35), à l’agonie (cf. He 5, 7).

– Heureux ceux qui ont faim et soif de justice car ils seront rassasiés (Mt 5, 6). Le Verbe insiste : Heureux les persécutés pour la justice, car le Royaume des Cieux est à eux (Mt 5, 10). Et Jésus déclare à Jean-le-Baptiste qu’il descend dans l’eau de son baptême pour que « toute justice soit accomplie » (Mt 3, 15).

Entre ces deux appels à la justice, on trouve la miséricorde, car « la justice n’a de valeur que si elle est tempérée par le baume de la miséricorde » ce que disent les grands mystiques¹ :

– Heureux les miséricordieux, car il leur sera fait miséricorde (Mt 5, 7). Et Jésus l’a exercé du haut de la croix en disant pour ses bourreaux : « Père pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23, 34).

– Heureux les cœurs purs car ils verront Dieu (Mt 5, 8). C’est la langue de l’espérance qui nous enseigne à dire avec Jésus : Abba (Mc 14, 36), « Notre Père » (Mt 6, 9), avec Jésus, lui qui voit en permanence son Père (cf. Jn 12, 45).

– Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu (Mt 5, 9). Le Christ apporte la paix de la Résurrection « non comme le monde la donne » (Jn 14, 27), mais comme lui seul la donne en se faisant, propter nos et propter nostram salutem (Concile de Nicée) « notre paix » (Ep 2, 14).

– Heureux êtes-vous quand on vous insultera, qu’on vous persécutera, et qu’on dira faussement contre vous toute sorte d’infamie à cause de moi (Mt 5, 11). C’est en définitive lui Jésus le centre des Béatitudes — car « il est le secret de l’histoire, la clé de nos destins » (Paul VI, 29 nov. 1970) — et les béatitudes pourraient n’être qu’une sagesse à caractère interreligieux si l’achèvement de celles-ci n’était pas profondément christocentrique, centrées sur Jésus lui-même. Cette joie parfaite annoncée — « Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense sera grande dans les cieux » — le Christ l’a fait découvrir au terme de ce qui ne serait qu’une énumération, celle des huit premières béatitudes, s’il ne s’agissait de sa propre vie comme vrai modèle. Dans ce sillage, les chrétiens voient de nombreux témoins, des saints fêtés tout du long de l’année, et découvrent, entre autres, la joie parfaite enseignée par saint François d’Assise, le doux témoin du Christ au XIIIe siècle, dont nous avons débuté le 8e centenaire de la mort depuis 1226 (10 janvier 2026 – 10 janvier 2027). Un fils de saint Dominique l’a bien des fois vécue lui qui sait que « la vérité passe toujours pour une injure à ceux qui n’en ont pas la passion » (Aristote), spécialement quand nous nous heurtons aux gardiens du Temple, à ceux qui n’ont comme critère que le politiquement correct, lequel se résume par l’obligation de « ne pas faire de vagues ».

Le corpus paulinien ne cessera d’inviter à l’imitation de Dieu et des saints (Ep 5, 1 ; He 6, 12 ; 13, 7), tout comme saint Jean à propos du Christ lui-même et cela par trois fois : « Celui qui dit qu’il demeure en lui doit marcher aussi comme il a marché lui-même » (1 Jn 2, 6). « Tel il est, tels nous sommes aussi dans ce monde : c’est en cela que l’amour est parfait en nous, afin que nous ayons de l’assurance au jour du jugement » (1 Jn 4, 17). « Nous avons connu l’amour, en ce qu’il a donné sa vie pour nous ; nous aussi, nous devons donner notre vie pour les frères » (1 Jn 3, 16).

Pour résumer cette méditation, en l’honneur de notre pape augustin, donnons la parole à saint Augustin sur l’importance de l’imitation divine : « S’approcher de Dieu, c’est lui être semblable. S’écarter de lui, c’est ne pas lui ressembler. Si tu es semblable, réjouis-toi, si tu ne l’es pas, désole-toi. Ta plainte réveille le désir. Plus encore le désir excite la plainte et ainsi tu t’approches, toi qui commençais à t’éloigner » (Augustin, In Ps 34, 6). Approchons tous maintenant de l’eucharistie avec dévotion !

¹ Henri de Suse [= Henricus de Segusio, cardinalis Hostensiensis], Summa aurea, ed. Lugduni, 1537, réimprimé à Aalen, 1962, 1, V, De dispensationibus, cité par Paul VI, Discours au Congrès international de droit canonique, 19 février 1977)

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