Homélie du 28 mars 2004 - 5e DC

Jésus aimait Marthe et Marie et Lazare

par

fr. Élie-Pascal Épinoux

Il y avait un malade, Lazare de Béthanie, le village de Marthe et de sa sœur Marie

et à l’appel angoissé des deux sœurs : «Seigneur, celui que tu aimes est malade», Jésus ne répond pas, pire, il ose dire : «Cette maladie ne mène pas à la mort, elle est pour la gloire de Dieu afin que le Fils de Dieu soit glorifié par elle» du côté de Dieu, cette maladie ne mène pas à la mort et pourtant du côté des hommes, Lazare est mort et bien mort : «Seigneur il sent déjà, c’est le quatrième jour». Manifestement, Dieu et nous, nous ne parlons pas de la même chose lorsque nous disons le mot : «mort»!

«Lazare notre ami est endormi, je vais le tirer du sommeil» :

pour Jésus, notre mort ne semble n’être qu’un sommeil dont il peut nous tirer quand pour nous elle le point sans retour, l’anéantissement désespéré de notre être :

«Tout s’en va vers un même lieu : tout vient de la poussière et tout retourne à la poussière. Qui sait si le souffle de l’homme monte vers le haut et le souffle de la bête descend en bas vers la terre ?» (Qo 3, 20-21).

Alors, pour Dieu, il n’y aurait point de mort ? Pourtant, n’a-t-il pas dit à Adam :
«De l’arbre de la connaissance du bien et du mal, tu n’en mangeras pas sinon tu mourras de mort» (Gn 2, 17)

pour Dieu, la mort c’est le péché qui nous sépare de celui qui est le Vivant, et le péché, c’est le refus de sa Parole qui est la Vie ainsi : Les âmes des justes sont dans la main de Dieu et nul tourment ne les atteindra. Aux yeux des insensés, ils ont paru mourir… mais ils sont en paix ! (Sag 3, 1-3).

notre mort biologique et corporelle avec son œuvre de corruption est le signe de cette mort plus profonde et plus terrible du péché qui cherche à s’emparer de nous depuis notre conception et dont nous nous accommodons si bien !

«Mais Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné Son Fils Unique afin que quiconque croit en lui ne se perde pas mais ait la Vie éternelle» (Jn 3, 16)

Or Jésus aimait Marthe et sa sœur et Lazare

Jésus aime tant Marthe, Marie et Lazare, et se sait suffisamment aimé d’eux qu’il ose déjà leur faire vivre Sa Pâque et les faire devenir signe du salut pour tous ceux qui croiront en Lui : chacun à sa manière, il va les faire passer de la mort à la Vie, de la ténèbre à la Lumière, du péché à la Foi.

Quand Marthe apprit que Jésus arrivait, elle alla à sa rencontre

Marthe la maîtresse de maison, femme d’action, c’est elle qui prend les devants et se plantant devant Jésus droit dans les yeux lui dit son fait : «Seigneur, si tu avais été là mon frère ne serait pas mort» la trahison de son ami tout autant que la mort de son frère la révolte. «Mais maintenant encore je sais que tout ce que tu demandes à Dieu, Il te l’accordera Dieu»: désorientée, Marthe n’ose plus demander directement le miracle, aussi, tente-t-elle de piquer au vif Jésus pour lui faire dévoiler sa Toute-Puissance. Saisissant cette prière désespérée, Jésus entraîne Marthe dans une extraordinaire pâque de la foi : «Je Suis la Résurrection et la Vie, qui croit en moi même s’il meurt vivra et tout vivant qui croit en moi jamais ne mourra pour l’éternité. Crois-tu cela ?»

Jamais Jésus n’a été aussi clair pour distinguer notre mort corporelle de la mort véritable du péché et pour identifier la vie éternelle à la foi en sa personne et Marthe avec toute la force de son amour et de sa douleur plonge dans la confiance, passant d’une foi encore un peu magique et manipulatrice au consentement total à la Parole :

«Oui, je crois Seigneur que tu es le Christ le Fils de Dieu, celui qui vient dans le monde»

Passée de la mort à la vie, comme Marie-Madeleine au matin de Pâque, Marthe devient messagère de résurrection pour sa sœur: «Le Maître est là et il t’appelle.

Marie, la toute immobile, la toute silencieuse est là, emprisonnée dans sa douleur et dans la maison comme dans un tombeau et voici qu’à la voix de sa sœur relayant la voix de Son Bien-Aimé «vite elle est réveillée» : elle ressuscite comme Marie-Madeleine à la voix du Jardinier, elle n’est plus qu’élan vers son Rabbouni et reprend sa place à ses pieds et là, elle ne demande rien : elle offre en pleurant la douleur sans fond de chaque deuil des enfants des hommes.

À cette âme virginale qui s’offre sans retour sur elle-même l’Amour peut se révéler en plénitude :

«Jésus frémit en son esprit et se troubla : Où l’avez-vous mis?» à l’amour de Marie le Bien-Aimé peut révéler son combat agonie déjà elle contemple le duel du grand Vendredi où par sa mort dans sa chair il affrontera la mort de péché de l’humanité prenant notre place dans le tombeau. Pour que l’homme redevienne un vivant Dieu va mourir «Jésus pleura» à l’amour de Marie le Seigneur et Maître peut révéler l’infini de Son Amour et de sa compassion pour nous.

Maintenant, «Jésus se rend au tombeau» qui annonce le sien «une grotte avec une pierre posée dessus», et sa propre mort;

Maintenant, Jésus dit: «Enlevez la pierre» annonçant la pierre roulée du matin de Pâque, mort de la Mort;

Maintenant, Jésus crie d’une voix forte: «Lazare viens dehors» annonçant sa manifestation au premier jour de la semaine, relevé des morts ;

Maintenant, Jésus leur dit: «Déliez-le et laissez-le aller» annonçant les linges et le suaire vide de l’aube pascale: plus jamais les liens du péché ne pourront nous retenir dans le néant de la mort,>

et même à nos corps de poussière il donnera d’avoir part à la vie éternelle du Père.

Or Jésus aimait Marthe et sa sœur et Lazare

et parce qu’il les aimait et se savait aimé d’eux, il les a fait chacun à sa manière passer de la mort à la vie

mais pour cela, il leur a fallu consentir à mourir : mourir dans son corps pour comprendre que la vraie mort est ailleurs,

mourir à une foi encore magique et manipulatrice pour entrer dans l’abandon de la foi vive

mourir à tout retour sur soi pour contempler Dieu mourir d’amour.

Aujourd’hui, Seigneur, je suis Lazare, je suis malade et je suis mort dans mon péché.
_ Aujourd’hui, Seigneur, je suis Marthe, je crie et j’appelle dans la faiblesse de ma foi
_ Aujourd’hui, Seigneur, je suis Marie, je tombe à tes pieds et je pleure cherchant ton amour

avec eux et comme eux fais moi passer de la mort à la Vie dans la foi

ainsi lorsque viendra le terme de ma course en ce monde, que ma mort ne soit plus descente dans le néant

«Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as tu abandonné» (Mt 27, 46 : Ps 22, 2)

mais endormissement confiant de l’enfant dans les bras de son père :

«Père, entre tes mains je remets mon esprit» (Lc 23, 46 : Ps 31, 6)

et «après mon éveil, Il me dressera près de Lui et dans ma chair, je verrai Dieu» (Job 19, 26).

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