Homélie du 15 mai 2005 - Pentecôte

« Jésus est le Seigneur »

par

fr. Loïc-Marie Le Bot

Deux groupes d’hommes dans la Ville. Deux groupes d’hommes que tout sépare en apparence. D’un côté un groupe innombrable d’hommes pieux, proches du Dieu Abraham, d’Isaac et de Jacob, «Parthes, Mèdes et Élamites, habitant de Mésopotamie, de Judée et de Cappadoce, du Pont et d’Asie, de Phrygie et Pamphylie, d’Égypte et de cette partie de la Libye qui est prochaine de Cyrène, Romains en résidence ici, tant Juifs que prosélytes, Crétois et Arabes, nous les entendons publier dans notre langue les merveilles de Dieu.» (Ac 2, 11). Ils sont venus pour une fête, la fête du don de la Loi, cinquante jours après la Pâque. Foule bigarrée et joyeuse.

De l’autre côté, un petit groupe de Galiléens, les apôtres réunis avec la mère de Jésus demeure dans le silence, l’attente et la prière. Petit groupe encore renfermé sur lui-même. Ces deux groupes d’hommes qui ne partagent rien en apparence sont mis en présence. Il manque une étincelle pour faire naître une rencontre inédite. Cette étincelle va venir d’en haut, va venir du Ciel. Un violent coup de tonnerre et des langues de feu manifestent visiblement l’action de l’Esprit Saint. Les apôtres remplis de l’Esprit promis par Jésus, vont aller à la rencontre des nations qui là comme en attente d’un événement, d’une nouvelle. Les deux vont se rencontrer : les uns sont en attente de quelque chose, les autres ont une nouvelle à leur apporter. «Tous [les apôtres] furent remplis de l’Esprit Saint et commencèrent à parler en d’autres langues, selon que l’Esprit leur donnait de s’exprimer.» (Ac 2, 4). Tous les hommes pieux qui étaient là, les comprenaient chacun dans sa langue. Des hommes se comprennent car certains ont reçu le don de parler des langues qui n’étaient pas la leur, et d’autre comprennent ce que les premiers ont à dire. Voilà un grand miracle. Mais ne nous arrêtons pas à ces considérations de langue. Mais peut-être plus encore, ils ne se comprenaient plus à cause des différences de civilisation, de religions qui les empêchaient de se rejoindre et de s’unir dans un but commun. Et voilà qu’aujourd’hui, ils se comprennent, les nations entendent ce que leur ont dit les apôtres, ils comprennent non seulement le sens des paroles, mais aussi le message profond que ceux-ci ont à transmettre. Voilà, un miracle plus profond encore. Les Apôtres délivrent un message inédit pour tous: «Jésus est le Seigneur».

Même s’il l’on peut comprendre dans sa langue ce genre de discours, pour l’accueillir profondément, pour en comprendre le message profond et y adhérer, il faut un autre miracle, une autre intervention de l’Esprit. C’est la Pentecôte silencieuse qui tombe sur la foule de nation pour qu’elle comprenne et accueille le message des apôtres. Ainsi, ces deux groupes ne forment plus qu’un seul et même Peuple uni par l’Esprit de Dieu et par un unique chef, le Seigneur Jésus. Le Peuple de Dieu est uni car il est animé de l’Esprit d’Amour qui unit le Père et le Fils.

La Pentecôte n’est pas un événement du passé. Le jour de la Pentecôte quelque chose a commencé, qui ne s’arrêtera pas. Depuis ce jour l’Esprit ne cesse de tomber, d’irriguer l’Église et le cœur des croyants qui veulent bien accueillir ce don. Depuis ce jour l’Église par tous ses membres, et plus particulièrement ceux qui ont reçu la charge et le charisme de l’annonce de la Parole, l’Église ne cesse de dire dans toutes les langues «Jésus est le Seigneur, Jésus est le Seigneur». On voit bien qu’elle le dit dans toutes langues, un peu comme le pape qui annonce la Résurrection ou la Nativité en un grand nombre de langues chaque année. Il faut aller plus loin. Tous les peuples de la Terre, à de très rares exception près, ont au moins quelques chrétiens dans leurs rangs, et comme cela l’œuvre d’annonce des apôtres dans toutes les langues que «Jésus est le Seigneur» se poursuit. Il faut aller encore plus loin, au-delà de cette question de langue, certes indispensable pour l’annonce de la foi: l’Église a vocation à accueillir en son sein tous les hommes quelles que ce soient leur langue, leur culture, leur civilisation, leur religion. Tous sont appelés à entendre le message que l’Esprit donne à l’Église de professer et d’annoncer: «Jésus est le Seigneur». Il faut croire que l’Esprit s’il tombe en continu sur l’Église, sur les pasteurs et les prédicateurs de l’Évangile, vient aussi à tomber sur les hommes qui ne sont pas en son sien pour les préparer d’une façon ou d’une autre, plus ou moins explicite ou mystérieuse à bénéficier de cette annonce. En effet, si toutes les nations représentées à Jérusalem en ce jour, étaient composées d’hommes pieux c’est-à-dire d’hommes qui se sentaient proches du judaïsme, aujourd’hui toutes les nations quelle que ce soit leur religion sont appelées. La Pentecôte se continue et aujourd’hui encore tous les hommes sont invités à reconnaître les merveilles de Dieu dans l’œuvre et la personne de Jésus, Fils de Dieu, mort et ressuscité.

Cette continuelle action de l’Esprit au sein de l’Église et sur les hommes qui ne lui appartiennent pas encore, est appelée à durer jusqu’à la fin des temps. La fin des temps doit manifester l’œuvre universelle que l’Esprit donne à l’Église d’accomplir: rassembler tous les enfants de Dieu dispersés dans le Christ. La fête d’aujourd’hui en effet, nous rappelle l’événement du passé, nous ouvre les yeux sur le présent que nous vivons et nous oriente vers la fin des temps. Les hommes de toutes races, langues, peuples et nations, deviennent un seul Peuple de Dieu, Corps du Christ et Temple de l’Esprit. Cela commence aujourd’hui sous nos yeux à Jérusalem le jour de la Pentecôte, se continue depuis lors et jusqu’à la fin des temps.

Mais qu’en dire pour nous: ces grandes considérations d’événements du passé et de choses à venir. Tout cela nous concerne au premier chef. Tous aujourd’hui, pourvu que nous laissions Dieu ouvrir notre cœur, recevons l’Esprit Saint: nous recevons comme les apôtres, une force pour parler, pour témoigner, pour agir comme des disciples de Jésus. Nous recevons comme tous les membres des peuples réunis à Jérusalem l’Esprit qui nous ouvre la bouche pour chanter les merveilles de Dieu à l’Annonce de la Bonne Nouvelle. Tous nous entendons, nous vivons au plus profond de cette Annonce qui nous communique la présence de Jésus en nos cœurs. Tous nous vivons et nous proclamons ce que l’Esprit nous donne aujourd’hui: «Jésus est le Seigneur» (1 Co 12, 3).

Amen