Homélie du 17 juillet 2005 - 16e DO

Jésus, l’AUTORITÉ authentique, n’a pas besoin d’arracher l’ivraie

par

fr. Bernard Autran

« Veux-Tu que nous arrachions l’ivraie? » Toute société se pose cette question face à ceux qui la perturbent. Tout groupe doit se défendre de ceux qui l’agressent de l’extérieur comme de l’intérieur. Vrai de la société civile, ce l’est aussi, comme la Bible nous en est un témoin, là où le civil et le religieux sont étroitement imbriqués. Envers ceux qui ne respecteraient pas leur Dieu et leurs frères, la législation juive réprimait les déviants à travers quantité de sanctions qui pouvaient aller jusqu’à la peine capitale.

Mais le livre de la Sagesse nous fait sentir que si l’usage d’une contre violence juste est souvent inévitable, il n’est qu’un pis aller! « Il montre sa force, l’homme dont la puissance est discutée! » Ceux qui la bravent, il est obligé de les réprimer. Mais Le Seigneur, Lui, dispose de la Force véritable, Il juge avec indulgence, gouverne avec ménagement, car Il n’a qu’à vouloir pour exercer Sa Puissance.

Sa Puissance est au contraire Vie. Il y fait participer ceux qui se mettent au service de Son Œuvre. C’est le bon grain qu’Il a semé dans le monde! Sachons ouvrir les yeux pour contempler Sa Création, l’infinie sagesse qui a présidé à son apparition et à son évolution jusqu’à la terre où nous habitons, et, au sommet, les Personnes que nous sommes. Il nous a doués de liberté, capables de connaître, d’aimer et donc de trouver notre épanouissement à faire porter à ce que nous avons reçu un fruit abondant pour nos frères.

Alors, l’ivraie qui vient saccager cette œuvre? Par delà la répression des délinquants, bien des sociétés ont un souci d’homogénéité qui ne supporte pas des différences. Un certain racisme est souvent spontané. En des pays on a voulu exclure ceux qui n’étaient pas « politiquement corrects ». Souvenons-nous, entre autres, des crimes de la révolution française, des spoliations et des expulsions dont ont été victimes les religieux chez nous il y a un siècle, et depuis, les atrocités commises par les régimes communistes, par les islamistes! Et les chrétiens n’ont pas été sans se compromettre avec de telles pratiques. Pensons à l’inquisition, aux persécutions des protestants par les princes catholiques et vice versa! Au contraire, la vraie force serait celle qui unit.

Paradoxe de notre monde que l’appel du Seigneur à nous voir réunis alors que nous sommes si divers et opposés. L’Unité, c’est Sa grande Prière avant Sa Passion. Le « Royaume de Dieu » est là où règne Son Amour entre nous. Le préparer est nous engager dans ce grand chantier à partir de notre pâte humaine si lourde d’égoïsmes et d’affrontements. Prétendre éradiquer ce qui n’est pas bon ne serait pas sans dommages pour le champ lui-même, ni sans erreurs, car l’ivraie n’est, en apparence, pas bien différente du bon grain. Elle ne révèlera sa vraie nature qu’au temps de la moisson! Le Seigneur nous invite au contraire à faire confiance à sa vraie puissance qui est celle de Son Esprit. Il agit tout au long de notre vie et de celle de l’Église.

Là, les paraboles de la graine de moutarde et du levain nous aident à comprendre: avec une infinie discrétion un peu de levain fait lever la pâte. Comme en tant d’autres domaines, c’est un germe de vie qui se développe sans fracas. Cette petite graine, on pourrait la confondre avec un quelconque grain de sable: d’elle va pourtant jaillir une pousse, puis un arbuste qui portera du fruit. C’est une image de ce que peut l’Esprit, irrésistible puissance de Vie à l’opposé de la puissance de mort de la violence.

C’est celle de la Pâque de Jésus. La fausse puissance de mort, Il l’a laissée s’exercer sur Lui à l’extrême en l’atrocité de sa Croix! Aux yeux des incroyants, Il a été Il a été écrasé, anéanti! Mais la Réalité était toute autre: en le Don de Lui-même, Il a vécu un Amour tel qu’élevé en croix, depuis des siècles, Il attire tout à Lui! Ressuscité, Il a donné aux siens par Son Esprit de proclamer que Lui seul pouvait changer l’ivraie en bon grain, nous transformer en Enfants de Dieu. Allés par le monde sans s’imposer par violence, au contraire, combien de ceux qui ont cru en Lui l’ont-ils subie, souvent atrocement jusqu’au sacrifice de leur vie! Leur Fruit a été tel que le nombre des croyants a grandi au point que l’Empire Romain s’est un jour révélé chrétien!

Nous sommes aussi appelés à exercer cette même force discrète. Nous n’avons pas à nous priver d’user des moyens modernes de communication, d’organiser des rassemblements imposants ou de grandes célébrations. Mais cela doit rester proposition de notre Foi et jamais pression psychologique. Laissons cela aux sectes! Ce qui est visible doit découler de ce qui est vécu au fond des cœurs. Depuis des semaines nous entendons Paul redire nos impuissances, mais surtout l’immense Force du Christ qui nous prend par la main. La racine de notre Foi qui nous fait vivre de Lui est notre Prière. Alors, laissons l’Esprit venir à notre secours et nous apprendre à nous rendre vraiment solidaires de Lui en criant vers Lui. Ainsi cèderons-nous moins à la tentation d’arracher l’ivraie, de pratiquer une certaine violence. Porter nos frères dans la prière et le service, nous donne la joie de faire avancer son Œuvre d’Amour. Un jour le fruit nous en émerveillera!