Homélie du 1 février 2009 - 4e DO

«Jésus les enseignait comme ayant autorité, et non pas comme les scribes.»

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Frères et sœurs,

Un des scribes présent lors l’enseignement de Jésus se posait la question» «Mais pourquoi mon enseignement n’a pas le même effet que le sien? Car j’ai eu une petite formation rhétorique, j’ai étudié les saintes écritures, je suis même spécialiste du prophète Isaïe et de Malachie et je me prépare assez bien avant chaque enseignement. Mais quand je commence à parler, j’ai l’impression que le seul dans toute l’assemblé qui trouve intéressant ce que je dis, c’est moi-même. C’est comme s’il y avait un mur entre mes auditeurs et moi. Et en plus, je crois que même si je pouvais chasser les esprits impurs comme l’a fait Jésus ce matin, cela ne changerait rien à la portée de mon enseignement. Aux paroles de Jésus par contre, les gens sont collés, qu’il chasse un démon pour souligner ce qu’il dit ou pas».

En cogitant ainsi notre scribe rentre chez lui à la maison. Il doit le reconnaître, même lui a été touché par les paroles de Jésus. Mais comment Jésus a-t-il fait? Jésus a parlé aujourd’hui de la vérité et en plus, il a prétendu que c’était lui-même le Chemin, la Vérité et la Vie. Et bizarrement, même notre scribe n’en n’était pas scandalisé. Au contraire, il se sentait consolé, compris dans ses difficultés diverses – ses souffrances – d’une manière mystérieuse il se sentait soulagé, même si ses problèmes n’étaient pas du tout résolus. Jésus lui a donné l’assurance, qu’il ne le laissera jamais seul et qu’il sera toujours là pour le soutenir. Et à cet instant-là, les cogitations de notre scribe s’éclairent. De plus en plus il comprend que Jésus rassasie une faim dans son cœur que même le meilleur repas du monde ne peut pas accomplir. Il se rappelle d’un verset du livre de Deutéronome qui correspond tout à fait à sa situation intérieure, son enfermement dans ses souffrances et l’issue que Jésus lui offre par chacune de ces paroles:

«Il t’a donné à manger la manne que ni toi ni tes pères n’aviez connue, pour te montrer que l’homme ne vit pas seulement de pain, mais que l’homme vit de tout ce qui sort de la bouche du Seigneur» (Dt. 8, 3).

Notre scribe commence à sourire et il est heureux d’avoir trouvé la réponse qui apaise son questionnement. Pourquoi les paroles de Jésus bouleversent tellement l’âme de celui qui cherche la vérité? Parce que Jésus se donne lui-même en chaque parole que prononce sa bouche.

Le Cardinal Newman résumera plus tard cette réponse ainsi: «Cor ad Cor loquitur», Parler de cœur à cœur. Jésus, la vérité par excellence, se donne lui-même à notre cœur par chaque parole de son enseignement; son enseignement et lui sont un. Quand Jésus me parle aujourd’hui par les Saintes Écritures, je sais qu’il s’occupe vraiment de moi. Son seul but est de me montrer par chacune de ses paroles qu’il m’aime et que je peux lui faire entièrement confiance, quoi qu’il arrive. Il ne parle pas comme d’autres scribes qui pensent à leur carrière, qui aiment briller devant leurs collègues et qui utilisent la parole pour dévier le sens véritable des mots selon leur propre intérêt. Chaque parole de Jésus par contre pénètre le cœur de l’homme s’il est prêt à l’accueillir. La parole de Jésus est comme un sceau qui confirme l’union entre notre esprit et celui de Jésus.

Le scribe sait maintenant, ce qu’il doit changer dans son enseignement: avant tout, se laisser transformer par le Verbe divin; s’il se laisse vraiment imprégner par la parole divine, ses propres paroles le seront aussi et elles seront capables de toucher le cœur de ceux qui l’écoutent. Ainsi il parlera véritablement au nom de Jésus Christ.

Frères et sœurs, nous ne sommes pas tous des scribes, mais nous sommes tous des prêcheurs, chacun à sa manière et chacun à sa place. De saint Dominique on dit qu’il ne parlait qu’avec Dieu ou sur Dieu. Saint Dominique était tellement branché à la source de l’amour divin que tout ce qu’il faisait était la manifestation de ce même amour divin. Nous aussi, nous voulons nous attacher au Christ de telle manière que rien ne puisse nous séparer de lui, ni dans notre être, ni dans nos actes. C’est en ce sens que nous serons tous des prêcheurs d’un enseignement qui transpercera le cœur de ceux qui nous entourent. Frères et sœurs, soyons tous des prêcheurs du Christ, mais soyons le à 100 %, avec tout notre être, soyons ce qui est notre vocation à tous, un autre Christ.