Tout est inversé ! On devait servir Dieu et c’est lui qui nous sert. On devait apporter de la nourriture à Dieu, et c’est lui qui nous nourrit, en nous donnant son corps et son sang. La première lecture parle de l’agneau qu’on devait tuer pour être protégé, mais aujourd’hui c’est Dieu lui-même qui se fait agneau pour que par son sang on soit purifié et sauvé. Quel chamboulement général !
Mais pourquoi un tel renversement ? Rien ne correspond plus à nos habitudes. Était-ce utile de tout changer comme cela ? Oui, car Dieu veut nous disposer à un monde renouvelé, une terre nouvelle et des cieux nouveaux : la mort va être vaincue, notre exil loin de Dieu va prendre fin, Jésus va nous donner libre accès auprès du Père. « Tu vas avoir part avec moi Pierre ! » Il est là le grand renversement, et il n’est plus question de rester dans nos habitudes. L’orgueil et la suffisance ne doivent plus être. Place à l’amour et au don, ces maîtres mots qui règnent en Dieu, et auxquels il veut nous redonner accès.
Cependant Dieu demande deux petites choses. On peut comprendre d’ailleurs qu’il pose quelques conditions à notre entrée dans cette ère nouvelle. Les deux conditions c’est qu’on lui fasse confiance et qu’on se souvienne toujours de ce qu’il a réalisé. Oui, faire confiance en premier. Comme Pierre ! Il connaît bien Jésus, il comprend que « le Père a tout mis entre ses mains », il se souvient que sa parole contient une grande sagesse. Alors il se laisse faire. Confiance comme Naaman le lépreux. Il voulait des grandes batailles pour obtenir sa guérison mais il a fait confiance, et a accepté d’aller se laver sept fois dans le Jourdain pour être guéri. Sans faire confiance, où voulez-vous que Jésus nous conduise ?
La seconde condition pour participer à ces temps nouveaux est de faire mémoire de l’œuvre de Jésus. Cela pour ne pas s’endormir sur un bien dont on ne se rendrait plus compte. Il s’agit simplement de faire mémoire de ce que Dieu a fait en participant à la célébration de la messe : « Comment rendrai-je au Seigneur tout le bien qu’il m’a fait ? », demande le psaume de ce jour. Et il répond : « J’élèverai la coupe du salut. » En élevant cette coupe pendant l’eucharistie, je fais mémoire en effet de ce Dieu qui s’est offert sur la croix en sacrifice pour me sauver, je me rappelle de ce Dieu qui se fait nourriture et boisson pour nous unir dans une grande communion à lui. Je me souviens aussi que Jésus juste avant sa passion s’est abaissé pour me servir, tout cela par amour, pour faire l’œuvre du Père, pour m’apporter une terre nouvelle et des cieux nouveaux.