Homélie du 14 novembre 2021 - 33e dimanche du T. O.

La bonne nouvelle du jugement

par

fr. Pierre Zgirski

Très bonne nouvelle, n’est-ce pas ? Et rassurante ! Le Diable cherche à nous disperser ; Dieu, lui, nous rassemble ! Oui, Dieu le Père est bien le maître du temps, de l’espace et de l’histoire sainte, et aujourd’hui par son Fils Jésus-Christ, il nous dévoile l’épilogue de son dessein bienveillant. Le rassemblement des élus pour vivre auprès de lui dans son Royaume.
Dieu, dans sa Sagesse, nous a façonnés corps et âme : couple parfaitement assorti puisque créé en grâce. Cohabitation devenue difficile dès lors que cet état d’harmonie et d’intégrité a été définitivement perdu par le péché d’Adam.

Mais, bonne nouvelle du Salut ! Humanité rachetée par la venue du Verbe fait chair pour s’offrir en un unique sacrifice sur l’autel de la Croix. Toutefois, l’homme ne retrouve pas sa condition première, ce n’est plus la parfaite harmonie entre l’âme et le corps. Oui, marqué par la corruption, il lui faut désormais passer par la mort… Mais, très bonne nouvelle : l’homme est appelé à revêtir l’incorruptibilité au jour de la venue en gloire de Notre Seigneur, et former alors l’assemblée des élus, des saints glorifiés en leur âme et en leur corps.

Alors l’espérance chrétienne, c’est quoi ? Une très bonne nouvelle : la promesse, garantie par Dieu, d’une vie éternelle, l’achèvement de l’adoption filiale dans le rassemblement des ressuscités dans la gloire, pour former le corps mystique du Christ dans le Royaume de Dieu, pas moins ! Une très, très bonne nouvelle. Qui aurait pu imaginer pareille destinée pour l’homme ?
Et pourtant, l’être humain, lui, semble souvent peu convaincu par cette promesse de vie éternelle. Pourquoi est-ce si difficile ? C’est que l’être humain est dans une position singulière dans l’ordre des créatures. Par son corps, il est dans ce temps, désormais les derniers temps, mais avec un corps toujours marqué par la corruption ; par son âme immortelle parce qu’immatérielle, il est à la fois dans le temps et déjà dans une éternité dont il ne perçoit rien de tangible.

Alors, que reste-t-il à l’être humain pour le rassurer ? Un socle… inébranlable : « Le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront pas », « Dieu dit et cela est » : il en sera ainsi pour les paroles que nous venons d’entendre dans cet Évangile. Ces paroles ont un poids de gloire. Encore faut-il que l’homme veuille bien s’y arrêter pour s’y fixer !
Et pour nous qui sommes chrétiens, que reste-t-il ? Eh bien, il nous reste à nous convertir encore et toujours, à briser nos résistances, nos incrédulités, à adhérer pleinement au contenu du Credo que nous professons chaque dimanche : « Je crois en Dieu le Père Tout-Puissant. »
Oui, chrétien, ce Credo tu le professes dimanche après dimanche mais y crois-tu viscéralement ? Eh bien, si tu y crois, alors il faudra oser aborder — le moment venu — des réalités qui interrogent, le Purgatoire, qui fâchent peut-être, la damnation.

Mais revenons à cette excellente nouvelle dont nous fait part Jésus : sa venue en gloire. Elle sera telle qu’elle éclipsera tout l’univers, sa puissance provoquera un ébranlement universel ; alors ce sera bien la fin du monde tel que nous le connaissons. Cependant, ne nous abusons pas nous-mêmes, ce n’est pas l’homme qui provoquera la parousie, la présence de Jésus en gloire, pas plus qu’un grand cataclysme ou une hypothétique mort de l’univers ; Dieu n’est pas soumis aux contingences de ce monde. C’est Dieu qui gouverne toute chose avec sagesse, et rien ne pourra bousculer son agenda. C’est lui seul qui mettra un terme aux douleurs d’un enfantement qui dure encore. Alors pour éviter de prendre l’effet pour la cause, il est bon de reprendre sans cesse la prière du Notre Père : « Que ton règne vienne, que ta volonté soit faite… »

Et aujourd’hui, ô joie, Jésus nous assure solennellement — quoique dans un style apocalyptique — que cette prière sera exaucée. Oui, les anges rassembleront les élus pour que « Dieu soit tout en tous » car telle est bien l’espérance qui nous habite : l’avènement de son Règne. Et lorsque nous professons : « Je crois en la vie éternelle », c’est aussi sur le fondement de cette parole : « Le Fils de l’homme enverra les anges pour rassembler les élus » et « on ira tous au paradis »… « On ira tous au paradis » ? Non, ça c’est juste un tube des années soixante-dix de Michel Polnareff, on pourrait le reprendre en chœur, cela n’en deviendra jamais un article de foi, pas plus que son compositeur ne sera un jour élevé au rang de docteur de l’Église.

Cela vous chiffonne ? Un seul remède : revenir, encore et toujours, au Credo : « Il reviendra dans la gloire pour juger les vivants et les morts. » Oui, nous serons tous jugés et les saints, eux, iront au paradis. Certes, « Dieu le Père nous a élus en Jésus-Christ, dès avant la fondation du monde, pour être saints et immaculés en sa présence, dans l’amour, déterminant d’avance que nous serions pour lui des fils adoptifs par Jésus-Christ. » Effectivement, Dieu invite chaque homme à entrer dans ce dessein bienveillant, mais il attend de sa créature — qu’il a voulu libre — une réponse, un acquiescement. Cet acquiescement se manifeste par un certain agir de l’homme. Est-ce que tous auront écouté et suivi la loi d’amour que Dieu a inscrite dans le cœur de tout homme ? On peut légitimement en douter.

Que se passera-t-il lors du jugement ? À l’heure de notre mort, nous serons face à cette vérité que seul le bien a droit d’exister, le bien c’est la sainteté même de Dieu. Le jugement de l’homme sera donc de se voir tout entier sous la sainte lumière de Dieu, selon une échelle de valeurs que nous connaissons. Elle se résume en peu de mots : « Tout ce que vous aurez fait au plus petit d’entre mes frères c’est à moi que vous l’avez fait. » Ce jugement peut paraître redoutable, et de fait il l’est. Alors, réglons notre agir sur l’unique étalon : la charité, charité qu’il faut demander sans se lasser.
Pour autant, Jésus ne cherche pas à nous effrayer mais à nous montrer le bon chemin. En effet, il déclare aussi solennellement : « En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui écoute ma parole, et qui croit à celui qui m’a envoyé, a la vie éternelle et ne vient point en jugement, mais il est passé de la mort à la vie. » Autrement dit, autre bonne nouvelle : il faut choisir la voie de la miséricorde. L’apôtre Jacques nous y encourage : « Le jugement est sans miséricorde pour qui n’a pas fait miséricorde ; mais la miséricorde se rit du jugement. »

Prenons garde ! Il ne s’agit pas de profiter de la miséricorde mais de l’aimer, c’est autre chose.
Choisir la miséricorde, c’est être touché par la bonté du Père. Pensez donc, à nous pécheurs Dieu donne l’héritage de la vie éternelle ! Pour aimer la miséricorde, il n’y a qu’un moyen : c’est de lui ressembler, d’être miséricordieux ou de le devenir. Au bon Dieu, il faut lui demander instamment et à la fois gentiment qu’il rende notre cœur vulnérable à sa Parole. Oui mais si d’aventure, durant notre séjour sur terre, notre cœur n’a pas été suffisamment malléable, complètement liquéfié … Eh bien nous n’aurons pas pour autant épuisé la miséricorde divine. Oui, il y a encore une autre bonne nouvelle ! Si c’est le cas, à notre mort, le bon Dieu nous mènera faire un séjour dans son infirmerie, autrement dit au Purgatoire. Tous les bénis du Père ne sont pas immédiatement des saints accomplis ! Il suffit de lire la Bible pour s’en convaincre. Alors oui, le Purgatoire c’est aussi une bonne nouvelle !

« Je crois en la vie éternelle », il faudrait se le redire tous les jours ! C’est le dernier article du Credo, comme une apothéose, ce n’est pas pour rien : c’est une invitation à louer et adorer Notre Dieu pour sa bonté ! Bref, la fin ultime de l’homme c’est Dieu. Il ne nous a pas créés pour autre chose ; l’Enfer, c’est manquer irrémédiablement cette fin. Alors que faire pour ne pas risquer de manquer cette fin ? Eh bien prenez vos agendas et notez : premièrement, prendre le temps de m’arrêter régulièrement pour contempler cette vie éternelle manifestée en Jésus-Christ ressuscité ; deuxièmement, exercer la miséricorde et troisièmement, demander la grâce de sentir le Ciel à travers le regard du Christ m’annonçant cette Bonne Nouvelle : « Ce soir même, tu seras avec moi dans le Paradis. »