Homélie du 20 mars 2022 - 3e dimanche de Carême

La conversion ou la mort !

par

fr. Bruno-Thomas Mercier des Rochettes

« Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de même. »
Telle est l’alternative que le Christ met sous nos yeux : la conversion ou la mort ! Il faut choisir, et sans tarder.
Soit, mais alors… pourquoi ceux qui se sont convertis, meurent-ils, eux aussi ? Même les saints. Il faut d’ailleurs être mort avant de pouvoir être canonisé… Alors, de quoi les pécheurs qui ne se convertissent pas sont-ils spécialement menacés ? Que risquent-ils donc de plus que les autres ? Une triple mort.
À la fin, la mort éternelle : l’enfer.
Mais, dès maintenant, ils connaissent la mort spirituelle, qui conduit en enfer : c’est le péché mortel, le péché grave, conscient et volontaire.
Ils risquent alors une mauvaise mort : la mort corporelle dans cet état de péché mortel. La mort physique du pécheur le laisse pour toujours fixé dans son choix et elle amène aussitôt son jugement. Certains espèrent une dernière chance après la mort, un dernier choix. C’est une illusion sans fondement, une erreur grave et dangereuse qu’on entend — hélas ! — trop souvent. Notre vie éternelle se joue dans notre vie mortelle, pas après. Tel tu meurs, tel tu demeures. Celui qui meurt réconcilié avec Dieu ira, après les purifications du Purgatoire, au Ciel. Celui qui meurt en refusant le pardon de Dieu descend aussitôt en enfer. Là-bas, il souffrira pour toujours de s’être séparé lui-même de Dieu qui est notre vie.

L’enfer n’est pas une hypothèse. C’est déjà une réalité. Qui, combien, plus ou moins qu’au ciel ? Difficile voire impossible à dire. Mais il y a du monde là-bas. Ne croyez certes pas que le Seigneur s’en réjouisse. Dieu dit lui-même : « Je ne prends plaisir à la mort de personne » (Ez 18, 32). Seulement, il nous faut garder cela à l’esprit. Pourquoi ? Précisément pour y échapper, par la grâce de Dieu : « Quoi que tu fasses, souviens-toi que ta vie a une fin, et jamais tu ne pécheras » (Si 7, 36). Il faut dissiper les faux espoirs pour laisser place à la seule véritable espérance. Car si la patience de Dieu a des limites — autrement plus larges que les nôtres — sa miséricorde est infinie.

S’il n’est jamais trop tôt pour se convertir, il n’est jamais trop tard non plus. Entre le pont et l’eau, disait le Curé d’Ars, entre le pont et l’eau, ce pécheur qui s’est suicidé a eu le temps et reçu la grâce de se convertir. Et le Curé d’Ars précise que la Sainte Vierge lui a obtenu cette grâce parce qu’il s’était uni quelquefois dans sa vie aux prières de sa femme ! Tant que dure cette vie mortelle, nous pouvons revenir à Dieu. Comment donc ? Non sans efforts, mais par la grâce de Dieu. Parce que Dieu, non seulement peut, mais encore veut, nous faire revenir à lui. Un très bon signe en est précisément que nous sommes encore en vie : « Dieu prend patience envers vous, car il ne veut pas en laisser quelques-uns se perdre, mais il veut que tous parviennent à la conversion » (2 P 3, 9).

Ne craignons donc pas. Puisqu’il n’est ni trop tôt, ni trop tard pour se convertir, c’est le bon moment. Détournons-nous du péché et tournons-nous, retournons-nous vers Dieu, dès maintenant et sans cesse. Pour ce qui est du passé, confions-le à la miséricorde de Dieu, et le meilleur moyen pour cela est de se confesser. C’est pour cette raison que nous sommes gravement obligés de nous confesser au moins une fois par an. Pour ce qui est de l’avenir, confions-le à la Providence de Dieu. Prions pour que les pécheurs se convertissent. Prions pour que les justes persévèrent et progressent encore. Remettons ainsi à Dieu le passé et l’avenir pour vivre avec lui le présent. Aimons Dieu et notre prochain en tout temps, c’est le fruit qu’il attend de nous. Faisons de notre mieux pour être toujours prêts. Alors, peu importe l’heure de la mort, le Christ nous prendra avec lui quand il viendra. Car ce qu’il commande, il le promet avec la plus grande certitude : « Convertissez-vous et vous vivrez » (Ez 18, 32). Aussi, sûrs d’être exaucés, tournons-nous vers lui et disons-lui : « Fais-nous revenir à toi, Seigneur, et nous serons sauvés. »