Homélie du 4 mai 2020 - Messe votive du Christ dans sa Passion

La couronne d’épines

par

fr. Cyrille Jalabert

Le roi s’est dépouillé. Tête nue, seulement vêtu d’une tunique de lin, pieds nus, le roi s’avance. Dans ses mains, il porte non sa couronne, mais la couronne ; la couronne d’épines, la couronne du Christ. Saint Louis s’avance, entouré de ses barons, du peuple en liesse et du clergé qui porte sur ses épaules toutes les reliques des saints conservées à Paris. Cette procession solennelle de 1239 montre l’unique peuple de Dieu rassemblé. Il y a à la fois les reliques des saints qui sont les membres de l’Église déjà entrés dans la gloire et ceux qui sont encore dans la condition terrestre : le roi et le peuple de Paris.

Tous sont dans la joie car l’arrivée de la couronne d’épines montre que le Christ, Dieu, est au milieu des hommes. Les Parisiens se réjouissent de sa présence et espèrent de lui la protection dans les épreuves et le salut.

Ce jour d’août 1239, la couronne d’épines achève un long périple de Constantinople à Venise et de là à Vincennes puis à Paris. Si le peuple de Paris se réjouit en accueillant l’insigne relique de la Passion, c’est parce qu’il a reconnu celui qui l’a portée pour nous : l’unique pasteur, le Christ. Ce territoire qu’on nomme aujourd’hui l’Île de France et qui autrefois s’appelait la France était, lorsque Jésus a vécu sur la terre, habité par les Parisii, une tribu païenne. Au XIIIe siècle, les Parisiens se réjouissent à l’arrivée de la couronne d’épines parce qu’ils ont entendu la voix du Seigneur, portée par saint Pierre et les apôtres, comme nous l’a rappelé la première lecture. Jésus le déclare dans l’Évangile d’aujourd’hui : « J’ai encore d’autres brebis qui ne sont pas de cet enclos, celles-là aussi il faut que je les conduise. Il y aura un seul troupeau et un seul pasteur. »

À nous, chers frères, chers auditeurs, il nous revient de recevoir le Roi de gloire, le Messie crucifié. Nous, les descendants de ceux dont la conversion provoque l’étonnement, voire la contradiction, parmi les disciples, comment recevons-nous le Seigneur qui vient nous visiter dans sa Parole, dans l’Eucharistie, dans notre chambre bien close quand nous prions, dans notre cœur, à côté de notre poste de radio ?

Il arrive que l’histoire de l’ordre des Prêcheurs croise l’histoire de France. Saint Louis avait envoyé deux frères dominicains à Constantinople, Jacques et André. Le premier avait été prieur du couvent de Constantinople, il connaissait la couronne, il pouvait l’authentifier et c’est lui qui l’a accompagnée, sans discontinuer, de Constantinople jusqu’à Paris. Pour remercier les frères de ce service, saint Louis a offert une épine aux dominicains et depuis l’ordre des Prêcheurs fait mémoire, le 4 mai, du Seigneur dans sa Passion, ce qui vous a valu cette méditation historico-spirituelle.

Notre vénération ne s’arrête pas aux reliques ; elle s’adresse à celui qui est mort et ressuscité pour nous. Il est le bon berger qui donne sa vie pour ses brebis. Il n’est pas un mercenaire : il traverse toutes nos épreuves à nos côtés.

Nous ne sommes pas dignes de recevoir le Seigneur de gloire, mais lui qui a souffert la Passion pour nous, il est digne d’entrer chez nous ; et quand il entre, il nous sauve et il nous console.

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