Homélie du 13 novembre 2005 - 33e DO

La femme est un modèle!

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Frères et sœurs, enseignant la théologie paulinienne, j’ai été plus d’une fois pris à partie sur la misogynie supposée de l’apôtre. Mais les détracteurs de Paul ne devraient-ils pas s’en prendre d’abord à ses prédécesseurs, les auteurs des livres dits de Sagesse? N’est-ce pas chez l’Ecclésiaste que l’on peut lire: «je trouve plus amère que la mort la femme, car elle est un piège, son cœur un filet, ses bras des liens. Qui plaît à Dieu lui échappe» (7,27)? Au regard d’un tel passage, pris parmi bien d’autres, l’extrait que nous venons d’entendre du livre des Proverbes, lui aussi souvent caustique, tranche en nous présentant la femme pour modèle.

Il risque pourtant de choquer bien des femmes aujourd’hui. Quelle est en effet celle dont il nous fait l’éloge? Elle est vaillante, prudente, travailleuse, compatissante, peu soucieuse d’elle-même puisque «vaine est la beauté», dévouée aux affaires du Seigneur. Ce portrait a constitué un modèle depuis l’époque de la rédaction du livre jusqu’à il y a quelques années, mais je ne suis pas sûr qu’il le reste: certains le regretteront, d’autres non. Mais alors, pourquoi l’Église nous propose-t-elle aujourd’hui un tel portrait s’il n’a plus d’actualité? Mènerait-elle un combat d’arrière-garde?

Normalement, dans la liturgie, quand on nous propose trois textes, le premier est en rapport avec le troisième, autrement dit avec l’évangile. Cet évangile nous parle des bons et des mauvais serviteurs: la femme décrite par le livre des Proverbes serait-elle le modèle du bon serviteur? Pourquoi pas? Mais sur quels points, pour ceux que ce modèle ferait hurler? Je crois qu’on peut, outre ceux évoqués plus haut, en signaler deux autres, plus cachés: la confiance, la gestion généreuse.

En premier lieu donc, la confiance. Elle est évoquée au début de notre premier texte: «son mari peut avoir confiance en elle, au lieu de lui coûter, elle l’enrichira» et elle est aussi présente dans l’évangile: «un homme qui partait en voyage appela ses serviteurs et leur confia ses biens». La confiance, c’est cette faculté de s’en remettre à quelqu’un quoi qu’il fasse, tout en espérant qu’il ou elle fera aussi bien sinon mieux que vous. Tel est le cas de la femme dans le livre des Proverbes, mais non de celui qui a reçu un talent dans l’évangile: il n’a pas été digne de la confiance qui lui a été faite. Et voilà pourquoi peu importe si certains reçoivent un, d’autres deux et d’autres encore cinq: la confiance qui est en jeu ne se mesure pas à l’importance du don, mais à ce que l’on fait de ce don. La «question de confiance», comme l’on dit, peut être posée dans de toutes petites choses.

En deuxième lieu, la gestion généreuse. Si la femme enrichit son mari, elle le fait pourtant d’une drôle de manière: le livre des Proverbes nous dit en effet que «les doigts de cette femme s’ouvrent en faveur du pauvre et qu’elle tend la main au malheureux». Apparemment, rien de tel dans l’évangile, mais il ne faut pas s’arrêter aux apparences: tout le bénéfice réalisé par les deux meilleurs serviteurs ne leur revient pas, ce qui aurait pu apparaître normal, mais tombe dans l’escarcelle du maître. Il y a donc bien là aussi générosité sous la forme du désintéressement. Ce désintéressement est la suite normale de la confiance. Gérer, ce n’est pas refermer les doigts sur, mettre au coffre: c’est justement ce qu’a fait le mauvais serviteur, et il en est puni; gérer, ce peut être aussi dépenser quand c’est nécessaire, donner à celui qui en a besoin. Une bonne gestion va de pair avec la générosité, non avec l’avarice.

Fort bien me direz-vous, confiance, générosité, mais pourquoi mettre l’accent aujourd’hui sur de tels traits, en ce 33e dimanche de l’année liturgique? Il se trouve qu’à cette époque de l’année, autrement dit en sa fin, l’Église nous invite à réfléchir et à veiller en vue du retour du Christ. Il faut donc penser que confiance et générosité sont deux vertus essentielles pour préparer ce retour. De fait, si vous y réfléchissez, ce sont deux caractéristiques d’une communion véritable entre les personnes, de cette communion qui favorise la vie sur notre terre et hâte la venue du Christ. Imaginez un instant par exemple que, dans nos banlieues et par rapport à elles, règnent confiance et générosité, n’en seraient-elles pas changées? Il est toujours difficile de faire le premier pas, bien sûr. Alors, commencez en prenant la femme du livre des Proverbes pour modèle: aujourd’hui, avec votre prochain quel qu’il soit, mettez en œuvre une bonne dose de confiance, qu’elle soit donnée ou accueillie mais les deux vont ensemble, et une grosse pincée de générosité. Et le Christ viendra habiter chez vous.

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