Homélie du 26 mai 2024 - Solennité de la Sainte Trinité

La fête de la Trinité, une fausse fête ?

par

fr. Ghislain-Marie Grange

La fête de la Trinité est-elle une vraie fête ? Après tout, le temps pascal est terminé. Nous sommes revenus au temps ordinaire, celui où nous vivons des mystères que nous avons déjà célébrés solennellement.
Mais surtout, célébrer la Trinité n’a rien de très spécifique. Nous l’honorons chaque jour, dès notre lever peut-être, en faisant le signe de la Croix : au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit.
Pourtant, cette fête s’est peu à peu imposée dans toute l’Église comme une récapitulation de ce que nous avons célébré durant le temps pascal. Après avoir célébré l’envoi du Fils jusqu’à l’Ascension puis l’envoi de l’Esprit à la Pentecôte, nous fêtons aujourd’hui les trois personnes divines dans leur unité. La fête de la Trinité est la conclusion logique du cycle pascal.
C’est pour cette raison de logique liturgique que cette fête s’est répandue dans certaines régions de la chrétienté. Mais au départ, le pape était très hostile à son extension à l’Église universelle. Car, disait Alexandre II au XIe siècle, nous honorons la Trinité chaque jour, et même à la fin de chaque psaume. Pourquoi une fête spéciale ? N’est-ce pas une fausse fête ?
C’est donc seulement après un temps de résistance qu’elle a été instituée dans l’Église universelle au XIVe siècle.
Quel en est alors l’objectif ? Pourquoi les chrétiens ont-ils éprouvé le besoin d’avoir une fête spéciale de la Trinité ? Peut-être parce qu’ils n’avaient pas assez conscience du caractère central du mystère de la Trinité.
Nous faisons le signe de croix très régulièrement mais très machinalement. Nous invoquons la Trinité partout dans la liturgie mais cela reste très inaperçu. Les trois personnes se font finalement assez discrètes. Ou plutôt nous n’y faisons pas assez attention.

Or c’est le cœur de notre foi. C’est le mystère central de la foi et de la vie chrétiennes, dit le Catéchisme de l’Église Catholique (CEC, nº 234). Parce que c’est le mystère de Dieu en lui-même. C’est donc la source de tous les autres mystères de la foi. C’est le réacteur nucléaire qui donne l’énergie à tout l’édifice de la foi chrétienne.

Plus que le cœur de notre foi, c’en est l’orientation. Notre but dans la vie chrétienne c’est de connaître la Trinité. « Le royaume de Dieu, disait Évagre le Pontique, un moine du IVe siècle, c’est la connaissance de la sainte Trinité » (Sources chrétiennes 171, p. 501). Nous voulons connaître la Trinité parce que c’est cela qui constituera notre bonheur.
Contempler la Trinité sera notre joie parfaite, mais cela commence dès aujourd’hui, dit Jésus : « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, mon Père l’aimera et nous viendrons à lui et nous ferons chez lui notre demeure » (Jn 14, 23). Les personnes divines habitent en nous quand nous vivons de la grâce de Dieu, quand nous connaissons et aimons Dieu.

Pourtant, la connaissance de la Trinité est très difficile. C’est un lent exercice de foi. Nous ne connaissons la Trinité que parce que Dieu lui-même nous l’a révélée en venant dans le monde. « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils, l’Unique-engendré » (Jn 3, 36) et « l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par le Saint-Esprit » (Rm 5, 5). C’est ce que nous célébrons depuis Noël avec le Carême et tout le temps pascal.
La fête de la Trinité n’apporte donc rien de nouveau mais elle nous permet de prendre conscience du cadeau qu’est la connaissance de la vie de Dieu elle-même à laquelle nous sommes appelés. Le cadeau que Dieu nous fait, c’est lui-même.
Aujourd’hui, ce n’est pas d’abord la fête des théologiens intelligents mais c’est d’abord la fête de tous les chrétiens qui vivent déjà ici-bas un peu de cette vie intime de Dieu et qui espèrent en vivre plus pleinement au ciel.
La fête de la Trinité ne célèbre pas d’événement particulier mais elle nous aide à voir ce pourquoi nous sommes faits, Dieu lui-même. Elle nous oriente un peu plus vers le bonheur parfait, nous pouvons donc bien faire la fête.

(Mt 28, 16-20)

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