Frères et sœurs, ça y est… c’est la fin du monde… ou presque. L’évangile nous l’a décrite : un grand tremblement de terre, un Ange qui a l’aspect de l’éclair. Les gardes sont effrayés au point de devenir comme morts. Ce n’est pas une banale catastrophe naturelle. Les gardes devaient déjà être tétanisés de garder le tombeau de ce mort pas comme les autres. Et voilà que ce qu’ils redoutaient arrivent : non pas un banal vol de corps par des disciples inoffensifs. Mais purement et simplement une manifestation divine. Car, comme l’avait dit le centurion au pied de la croix, cet homme était le fils de Dieu.
Déjà la mort du Christ avait été spectaculaire et avait mis la ville en émoi. Dans la Passion selon saint Matthieu que nous avons entendue dimanche dernier, lorsque le rideau du Temple se déchire, la terre tremble, les rochers se fendent et les tombeaux s’ouvrent. Des cadavres qui se promènent, on ne voit pas ça tous les jours.
Ce sont les catastrophes annoncées par le Christ. Des tremblements de terre et des persécutions précèderont l’apparition finale du Christ. Les tremblements de terre sont là ; et nous avons vécu cette persécution dans la Passion du Christ. Saint Jean l’avait bien expliqué au moment du lavement des pieds : le Christ a aimé les siens jusqu’à la fin. Et le Christ l’avait ensuite annoncé : « L’heure est venue. » Des heures il y en a beaucoup dans une journée, surtout dans celle d’aujourd’hui. Mais maintenant c’est l’unique heure, celle où tout s’accomplit.
Vous-mêmes, frères et sœurs, avez pleinement épousé cette perspective apocalyptique. Car vous avez allumé un feu puis vous êtes entrés dans un abri en béton en tenant des cierges à la main, en faisant bien attention à ne pas utiliser l’électricité. Et vous avez relu toute l’histoire sainte pour faire mémoire des grands événements de l’histoire du monde : la création, la promesse faite à Abraham, l’Exode, et toutes les promesses de salut énoncées par les prophètes. C’est le moment où le point final de l’histoire va être apposé.
Car oui, nous célébrons bien d’une certaine manière la fin du monde. Non pas encore le retour définitif du Christ à la fin des temps. Mais déjà la fin du monde du péché. La victoire définitive sur le mal vient d’avoir lieu par la résurrection du Christ. Et si saint Matthieu décrit la résurrection du Christ dans le langage de l’apocalyptique biblique, ce n’est pas un hasard. La venue du Seigneur et sa victoire sur la mort sont une première étape de la fin des temps, en vue d’une nouvelle vie sans fin. Un âge nouveau a commencé.
Bientôt nous pourrons sortir du tombeau et dans quelques heures profiter de la lumière du jour. Déjà la lumière est là et la chaleur du soleil se fera prochainement sentir. De nouveaux baptisés ont reçu la vie du Christ et témoignent de la nouveauté de cet âge. Comme nous tous, ils vivent désormais avec le Christ. Comme nous, ils sont passés par la mort du Christ pour ressusciter avec le Christ.
La résurrection inaugure donc un nouvel âge, le dernier âge. Ce n’est pas encore l’âge sans fin où tout mal disparaîtra. Le mal est vaincu mais il nous faut encore le côtoyer pendant quelque temps. La mort a été engloutie mais il faudra encore la connaître pour un peu de temps. Néanmoins, nous sommes comme des patients qui entendent l’annonce que leur maladie possède un traitement et qui commencent à le prendre. La guérison commence déjà à faire son effet.
La mort n’est que provisoire ; la souffrance n’a qu’un temps. Déjà brille la lumière de la Résurrection finale. Respirons. Ne soyons pas comme morts à l’image des gardes du tombeau. Mais devenons véritablement vivants. Nourrissons-nous de la vie qui s’est manifestée pour qu’elle infuse de plus en plus notre corps et notre âme. Prenons le remède que nous offre le Christ pour vivre en plénitude. Nous avons pleuré sur nos péchés durant le temps du Carême. Réjouissons-nous maintenant de notre libération pour vivre pleinement de la vie des enfants de Dieu.
Lecture : Mt 28, 1-10