Homélie du 26 mars 2006 - 4e DC

La foi de l’aveugle-né

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«Crois-tu au Fils de l’homme?» Il répondit: «Et qui est-il, Seigneur, que je crois en lui?» Jésus lui dit: «Tu le vois; celui qui te parle, c’est lui.» Alors il déclara: «Je crois, Seigneur», et il se prosterna devant lui.

Frères et sœurs,

Nous sommes peut-être un peu jaloux de cet aveugle né qui a été guéri si miraculeusement par Jésus. Nous ne sommes certes pas jaloux, parce qu’il a été guéri de son aveuglement – car nous, nous voyons déjà – Dieu soit béni. Nous ne sommes pas jaloux non plus, parce que à cause de sa guérison il a du endurer quelques difficultés à cause des représentants du peuple juif qui n’acceptaient pas que Jésus transgresse sans scrupules les règles par rapport au sabbat. Non… tout cela ne nous rend pas jaloux. Ce qui nous rend jaloux, ce sont les conditions qui ont permis à l’aveugle né de croire si facilement: Lui il a été guéri par Jésus, lui il a vu Jésus, lui il a parlé avec Jésus. Croire pour lui, va donc de soi. Il ne peut pas faire autrement que de croire.

Mais cela n’est pas si facile que ça. C’est vrai que nous aurions peut-être voulu vivre au temps de Jésus pour l’avoir vu de nos propres yeux et l’avoir entendu de nos propres oreilles. Mais cela ne suffit pas complètement. Les pharisiens nous le montrent. Ils l’ont aussi vu et entendu, mais ils n’ont pas cru à Jésus. Ils l’ont refusé. Ils n’ont pas voulu croire.

Croire est un acte de volonté. On peut forcer l’homme à faire beaucoup de choses même contre sa volonté, mais on ne peut croire que si on le veut vraiment. Sur ce point, tous les philosophes de saint Augustin à saint Thomas, de Kierkegaard à Newman et André Gide sont d’accord. Saint Augustin nous dit «Nemo credit nisi volens», «Personne ne croit, à moins qu’il ne le veuille». Kierkegaard écrit, qu’on peut faire beaucoup de choses pour son prochain, mais lui donner la foi, n’appartient qu’à lui seul. Newman redit souvent que croire n’est pas le résultat d’une argumentation théorique, mais un acte de volonté. Et André Gide a écrit: «Dans les paroles du Christ, il y a plus de lumière que dans chaque autre mot humain. Mais cela ne semble pas suffire pour être un chrétien. Il faut encore croire.Eh bien, moi je ne crois pas!».

Croire est donc un acte de volonté. Cet acte de volonté n’est pas en premier lieu orienté vers le bien matériel de la vérité en elle-même, mais elle est orientée vers une personne que l’on aime et qui donne l’élan pour notre foi. Cette personne, c’est – en fait – Dieu. Dans une des ces œuvres, Newman a résumé cette vérité en cinq mots: «We believe, because we love», nous croyons parce que nous aimons. Nous croyons donc parce que c’est Dieu Lui-même qui nous a révélé toutes les vérités de son amour pour nous, c’est Jésus qui nous a montré qu’il nous aime, en mourant sur la croix pour nous sauver. Nous pouvons donc mettre toute notre foi et notre confiance en Lui, parce que nous savons qu’il ne peut nous tromper et qu’il ne nous trompera jamais.

L’aveugle-né le savait aussi. Si on lui avait demandé – après sa réponse: «Je crois, mon Seigneur» – qu’est-ce qu’il croit, il n’aurait certainement pas récité le Credo après l’homélie. Il nous aurait donné une réponse qui n’aurait pas pu être plus précise. Il aurait montré Jésus de son doigt et aurait dit: Je crois ce que LUI me dit. Il aurait ainsi donné la raison pour laquelle il croit et pour laquelle il croira toutes les vérités révélées par Jésus qu’il ne connaissait même pas encore. L’aveugle-né a compris que plus il se donne à son Sauveur, plus il voit – pas simplement avec ses propres yeux mais avec les yeux de celui qui l’aime. La foi en Jésus lui ouvre les yeux pour une réalité qui ne s’ouvre qu’à celui qui laisse entrer Jésus dans son cœur. Il sait aussi que plus il s’unira à Jésus, plus la lumière de la foi brillera avec intensité en lui, jusqu’à ce qu’il devienne la lumière du monde pour à son tour, à la suite de Jésus, ouvrir les yeux des aveugles et faire sortir de prison ceux qui habitent les ténèbres. Ce qui vaut pour l’aveugle-né vaut également pour nous tous.

Frères et sœurs, notre jalousie initiale envers l’aveugle-né n’a eu aucun fondement. Cette jalousie par contre se transforme désormais en joie et en confiance en notre Seigneur. Comme l’aveugle-né, nous pouvons dire «Je crois, Seigneur! C’est en toute liberté que j’ai foi, j’ai foi en ce que tu me dis, mais surtout j’ai foi en Toi, parce que tu as tant fait par amour pour moi, je t’aime, ô mon Jésus!»