Homélie du 6 juin 2021 - Fête du Saint-Sacrement

La nourriture de la vie éternelle

par

fr. Ghislain-Marie Grange

Chaque activité requiert une nourriture adaptée. Une activité sportive demande une nourriture solide : si j’ai bien compris, des sucres lents qui permettent de tenir un long effort. Peu à peu les nutriments vont alimenter le corps, se répandre dans tous les membres pour que tout le corps puisse participer à l’effort. Une longue course se prépare donc par une bonne diététique.
Ou bien au contraire l’étudiant qui passe une épreuve sait qu’il doit s’alimenter régulièrement avec du sucre rapide pour que son esprit soit bien éveillé pendant quelques heures avant de sombrer dans la léthargie lorsque l’épreuve est terminée.

Eh bien, la vie éternelle requiert aussi une préparation diététique. Saint Paul compare l’obtention de la vie éternelle et l’ascèse de la vie chrétienne à l’entraînement à la course (1 Co 9, 24). Mais les coureurs cherchent à remporter une couronne de lauriers qui se fane, alors que nous, nous courons pour une couronne impérissable.
Avec quelle nourriture se préparer ? Il n’y en a qu’une seule, celle qui est donnée par Dieu. Nous n’arriverons pas à confectionner la nourriture qui donne accès à la vie éternelle. Il faut que ce soit Dieu qui nous la donne lui-même. Dans le désert, les Hébreux recevaient la manne et l’eau pour pouvoir atteindre la terre promise. Nous, nous recevons le Corps et le Sang du Christ pour atteindre la terre promise de la vie éternelle.

Quel est l’effet de cette nourriture ? Le coureur qui cherche à bien se nourrir regarde les ingrédients pour voir les calories qui sont à l’intérieur. Ce que contient l’Eucharistie n’est pas sur une étiquette mais dans l’Évangile. L’Eucharistie contient la passion et la résurrection du Christ, la mort du péché et la vie éternelle. C’est pour cette raison que nous utilisons du blé, car comme le dit le Christ, « le grain de blé jeté en terre ne meurt pas mais il porte beaucoup de fruits ». Ces fruits ce sont ceux de la vie éternelle. Cette vie éternelle est vraiment contenue par l’Eucharistie parce qu’elle agit sur nous.

On pourrait se demander pourquoi il faut attendre si longtemps pour recevoir la communion. Dès la naissance, nous recevons à manger. Pourquoi ne pas recevoir l’Eucharistie dès le baptême ? C’est d’ailleurs la pratique des orthodoxes. Eh bien, parce qu’il faut être capable de recevoir la communion. Et c’est pourquoi, chers enfants qui allez communier pour la première fois, vous vous êtes préparés avec vos parents, vos catéchistes, et le fr. Nicolas-Jean.
L’enfant qui vient de naître n’est pas encore capable de recevoir tous les mets, il lui faudra attendre que ses dents se forment, que sa bouche se fortifie. Pour recevoir la communion, il n’y a qu’une seule condition, qui est le signe que la bouche est fortifiée : être capable de reconnaître le Corps du Christ. Parce que l’Eucharistie est la nourriture de celui qui possède la foi. Pour digérer l’Eucharistie, il ne suffit pas d’avoir un estomac, il faut avoir la foi. L’estomac va bien sûr assimiler la matière des espèces eucharistiques, mais c’est la foi qui permet à l’Eucharistie de porter son fruit.

Cependant, l’Eucharistie ne nourrit pas de la même manière que les autres nourritures. La nourriture terrestre demande tout un travail de digestion, d’assimilation. Il faut briser la nourriture, la réduire en nutriments pour qu’elle puisse fortifier notre corps. La nourriture est transformée pour pouvoir se répandre dans tout notre organisme. Le processus de nourriture céleste n’est pas le même. Certes, les espèces suivent le processus corporel habituel, mais dans sa vérité, cette nourriture nous transforme nous-mêmes. C’est le Corps du Christ qui agit sur notre corps, qui nous transforme en lui.
Mais en nous transformant, il ne nous brise pas, il nous élève. Le Corps du Christ que forme l’Eucharistie, cela s’appelle l’Église. C’est ce corps que Dieu nous donne de constituer en célébrant l’Eucharistie. Chers enfants, que l’Eucharistie puisse toujours vous nourrir en vue de la vie éternelle.
Et nous-mêmes, que cette nourriture nous nourrisse dimanche après dimanche, jour après jour, pour nous transformer, pour faire de nous le Corps du Christ, uni dans la charité.

Et d'autres homélies...