Homélie du 14 avril 2001 - Vigile Pascale

La nuit transfigurée

par

fr. Henry Donneaud

Nombre d’entre vous, sans doute, ont été surpris, heureusement ou désagréablement, d’une aussi copieuse aspersion d’eau baptismale. D’autres auront regretté de n’en avoir pas assez reçu, – et ils ont raison.
Certains auront également remarqué le lien direct qui unit cette aspersion à la confession de foi par laquelle, quelques minutes auparavant, nous avons renouvelé les promesses de notre baptême, nos cierges allumés à la main.
Les plus avertis, enfin, auront été attentifs au fait que cette aspersion et cette confession, comme toute notre vigile, se déroulent en pleine nuit. L’eau, la nuit et la lumière: les trois signes les plus caractéristiques de cette sainte nuit de Pâques, avant qu’ils ne culminent dans la liturgie eucharistique; les trois signes par excellence qui nous introduisent dans le mystère de la foi.

Car l’eau dont nous avons été aspergés, avant d’être purificatrice, signifie d’abord notre ensevelissement nocturne avec le Christ dans les eaux du baptême, notre descente avec lui dans les eaux de la mort du vieil homme. Cette immersion, c’est par la foi que nous la réalisons. Plus encore, notre foi au Christ est elle-même cet ensevelissement avec lui dans la nuit de sa mort vivifiante. Par la foi, en croyant en lui, nous acceptons de nous laisser engloutir en sa mort; nous renonçons à vivre par nous-mêmes, à voir et savoir par nous-mêmes, à nous sauver ou nous débrouiller par nous-mêmes. Nous nous abandonnons à son mystère pascal. Et nos cierges dressés au cœur de la nuit deviennent le signe de cette lumière que nous recevons de lui, et de lui seul, lumière qui seule peut déchirer la nuit de notre vieille humanité, blessée et promise à la mort.

Avez-vous remarqué, dans le récit de l’Évangile selon S. Luc, ce climat très gris, très morose, très peu joyeux, qui entoure l’événement de la résurrection, au matin de Pâques? Jésus est vraiment ressuscité, dans la nuit. Mais les saintes femmes, au matin, ne virent que la pierre roulée devant le tombeau. Elles ne savaient que penser. Les anges leur apparaissent: les voici saisies d’effroi. Ce qu’elles apprennent, elles courent le dire aux Apôtres, mais ces propos leur semblèrent pur radotage, et ils ne les crurent pas. Pierre courut alors au tombeau, mais il ne vit que des bandelettes. Et il s’en retourna chez lui, tout surpris de ce qui était arrivé. Il faisait jour, grand jour, mais les disciples ne voyaient rien, ne comprenaient rien. Ils ne croyaient pas encore. Ils n’avaient pas encore accepté de se laisser immerger dans les eaux profondes de la foi, d’entrer dans la sainte et lumineuse nuit de la foi.