Homélie du 15 avril 2023 - 2e Dimanche de Pâques

La paix de Dieu

par

fr. Michaélis Taïwo

Bien-aimés fils et filles de Dieu,

S’il y a un don que le Christ ressuscité semble vouloir absolument donner à ses apôtres, c’est bien celui de la paix. Avez-vous remarqué combien de fois il le dit dans l’Évangile de ce jour ? D’abord, à peine vient-il au milieu d’eux, la toute première chose qu’il dit, c’est : « La paix soit avec vous ! » Ensuite, passé le moment de doute, de stupeur et d’agitation chez les apôtres, il dit de nouveau : « La paix soit avec vous ! », comme une forme d’insistance, comme pour s’assurer qu’ils ont bien entendu ou comme pour augmenter encore cette paix. Et enfin, huit jours plus tard, il se présente en faisant le même don : « La paix soit avec vous ! » En effet, les apôtres avaient de sérieux motifs de ne pas être en paix. La paix, c’est quand tout en toi est calme ou tranquille. La paix de Dieu a en plus l’avantage de te procurer une grande sérénité alors qu’autour de toi, il n’y a pas vraiment motif d’être serein ; c’est pour cela que c’est un don.

Eh bien, les apôtres n’étaient pas du tout en paix. Et pour cause ! En premier lieu parce que, deux ou trois jours avant, avec la crucifixion, leur rêve venait d’être brisé, et ceci de la pire des manières. Le deuxième motif est le suivant : si la mort de Jésus est assez troublante, en vérité, sa résurrection l’est encore davantage, même pour les apôtres. Marc le raconte de manière crue. Malgré le témoignage de Marie Madeleine qui rencontre la première le Ressuscité, les apôtres refusent de croire, au point que, lorsque Jésus va enfin leur apparaître, il va expressément leur reprocher « leur manque de foi et leur dureté de cœur » (Mc 16, 14).
Mais il y a un autre motif pour lequel les apôtres n’avaient pas la paix et que l’Évangile ne nous dit pas expressément, c’est de ce Jésus-là qui était mort, ils étaient tous complices, qui plus qui moins, de sa mort ; ils avaient presque tous au moins une chose à se reprocher : leur lâcheté. Leur situation était semblable aux frères du patriarche Joseph, dans le livre de la Genèse, quand, en Égypte, ils découvrirent que ce frère qu’ils avaient vendu comme esclave se tenait devant eux, occupant la fonction de premier ministre ; ils commencèrent par craindre les représailles. C’est comme quand tu as raconté plein de bêtises fausses sur ta collègue de travail et que, le mois suivant, cette dernière se retrouve promue comme ton chef ; tu commences par sérieusement te demander s’il n’est pas temps d’envoyer tes CV dans d’autres sociétés. Et voilà donc, le troisième motif pour lequel les apôtres n’étaient pas en paix, c’était une situation de péché. Jésus est très conscient de la situation de gêne que crée sa présence au milieu des siens. Et c’est à dessein que, plus loin, toujours dans l’évangile de Jean, il va avoir cette conversation avec Pierre dans laquelle il lui demande par trois fois s’il l’aime. Jésus tenait à guérir en Pierre le sentiment de gêne qu’avait créé sa triple trahison, tout comme il tenait, dès sa première apparition aux apôtres, à guérir leur lâcheté. Et c’est le motif pour lequel, dès son apparition, le Ressuscité fait autant de fois le don de la paix.

En effet, le péché ôte la paix. Je ne sais pas si vous vous êtes retrouvés dans une situation de mensonge. Quand tu mens, qu’est-ce qui se passe ? Tu te mets à contrôler tout de suite si le discours que tu viens de tenir est cohérent en lui-même, puis s’il est cohérent avec des choses que tu as dites dans le passé. Et sitôt que s’approche de ton milieu une personne qui a la vraie version des faits, tu commences par nourrir pour elle une sorte d’antipathie inexpliquée. Puis dans le futur, tu fais attention à ce que tu dis, pour ne pas contredire ce que tu as dit dans le mensonge… Bref, le mensonge ôte la paix du cœur. Et pourtant, il s’agit là d’un péché véniel. Que dire de péchés plus graves ? J’ai rencontré un jour une femme qui, à bord de sa voiture, par accident, a tué un passager. Cette femme ne m’a pas dit si cela est arrivé par inadvertance ou de manière coupable ; ce que je sais, c’est que cette femme a perdu depuis lors la paix du cœur. J’ai rencontré une autre femme qui, à cause d’avortements commis, n’avait plus la paix du cœur. Voilà ce que crée le péché.

La paix du cœur que procure le pardon des péchés est alors l’un des plus grands dons que fait le Ressuscité. Il faut, pour le comprendre, reconsidérer le contexte dans lequel le Seigneur fait pour la deuxième fois le don de la paix. Jean raconte : « Jésus leur dit de nouveau : “La paix soit avec vous ! De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie.” Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux et il leur dit : « Recevez l’Esprit Saint. À qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis. » Dans le même chapitre, je dirais dans un même geste, le Ressuscité donne la paix, envoie les apôtres transmettre à leur tour cette paix et leur donne le Saint-Esprit pour la rémission des péchés. Il y a donc un lien intrinsèque entre la rémission des péchés et le don de la paix, tout comme il y a un lien entre le péché et l’absence de paix. En vertu de sa victoire sur le mal et le péché, et c’est cela la signification de la Résurrection, Jésus peut ôter le péché, quel qu’il soit, et te donner la paix. Mieux, parce qu’il est ressuscité et qu’il vit à jamais, la paix qu’il donne ne se trouve pas enfermée dans ces pages de l’Évangile, tu peux l’avoir en partage, quel que soit ton passé.

C’est pour cela que l’Église a l’audace de dire, au cours de la messe qui est d’ailleurs mémorial de la mort et de la résurrection de Jésus, l’Église a l’audace de proclamer sur ta vie : « Que la paix du Seigneur soit toujours avec vous. » En ce dimanche de la Miséricorde, voilà ce que la Miséricorde de Dieu veut te donner : sa Paix.

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