Homélie du 5 mai 2013 - Ascension

« La présence/absence de Jésus »

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Le jour de l’Ascension, Jésus ressuscité monte au ciel. Jésus quitte le monde, le Christ n’est plus là, il est bel et bien parti, envolé; et pourtant les disciples sont «remplis de joie» (Lc 24, 52), comme si le Christ était toujours là, avec eux.Depuis quarante jours, Jésus ne cesse d’apparaître dans son corps de gloire, il se laisse voir, il se laisse toucher, et maintenant il s’élève au plus haut des cieux en quittant notre monde. Lui qui était descendu au jour de l’Annonciation pour prendre notre humanité, pour être proche de nous, lui qui avait promis d’être avec nous «jusqu’à la fin du monde» (Mt 9, 14-17),le voilà maintenant inscrit aux abonnés absents? Alors, Jésus est-il présent ou absent? L’Ascension, est-ce Dieu qui, définitivement, quitte notre terre?

1. Jésus est absent

L’Ascension nous donne le sentiment que Dieu quitte le monde. Et nous ne le savons que trop. Nous pouvons même le lui reprocher: «Pourquoi, Jésus, es-tu parti si loin, nous qui avons tant besoin de toi ici-bas? Qu’avais-tu de mieux à faire là haut que de t’occuper de nous?» Ils sont nombreux ces moments dans notre vie où nous ressentons son absence. Nous avons l’impression d’être seul, abandonné. Elle est fréquente cette sensation de ne plus avoir de sensations: «Je ne ressens plus rien, j’ai l’impression de perdre la foi, je vais à la messe mais l’hostie n’a plus de goût, mon cœur ne vibre plus lors de la communion, j’ai l’impression que mon cœur est froid et qu’il n’y a que du vide dans ma vie. Dieu, je ne le vois pas, je ne le touche pas, il n’agit plus dans ma vie». Ce n’est pas l’intensité de ce que je ressens, ou de ce que je ne ressens pas, qui fait la grandeur de ma foi. Ne tombons pas dans une «météorologie de la foi». Avez-vous déjà entendus la météo sur TF1 avec Evelyne Dhelia qui annonce: «Grand soleil sur toute la France, 27°, ressenti 34»; ou au contraire:«Chutes de neiges, -4°, ressenti -12». Frères et sœurs, méfions-nous de ce que nous ressentons: la passion passe, le «senti»-ment. Ne faisons pas de notre foi une météorologie trop centrée sur le ressenti, sur les vibrations du cœur: car alors, si le ressenti était de 34°, Jésus serait présent? Si au contraire le ressenti était de -12, Jésus serait absent? Ce ne sont pas nos sensations qui conditionnent la présence de Jésus.La foi ne peut pas être soumise aux variations saisonnières de nos humeurs.Car Jésus est bel et bien présent, à nos côtés, même si nous ne ressentons rien de sa présence.

2. Jésus est présent

Ces moments de notre vie chrétienne où nous ne ressentons plus rien ne doivent pas être un prétexte pour baisser les bras. Le sentiment que le Christ est absent doit au contraire nous inviter à le chercher plus intensément encore. C’est vrai, notre vie est une vie de foi, dans l’obscurité, dans le brouillard: nous voyons trouble, mais il ne faut pas se laisser gagner par le désespoir. Chercher Dieu, et le chercher encore, voilà un bel objectif pour une vie chrétienne. Car Jésus est bel et bien présent, jusqu’à la fin du monde, et c’est pour cela que les disciples, voyant le Christ quitter le monde, sont «remplis de joie» (Lc 24, 52). Oui, nous le savons, Jésus est réellement présent, substantiellement présent dans l’eucharistie, c’est pour cela que nous sommes réunis dans cette église, tous les dimanches, pour goûter sa présence, réelle, au sacrement de son corps et de son sang. Mais Jésus est présent de beaucoup d’autres manières, de toutes ces «présences réelles» (Paul VI, Mysterium fidei, 1965, repris par Jean-Paul II, Ecclesiam de Eucharistia, 2003) qui font notre quotidien. Dieu nous accompagne sur tous nos chemins, même si nous nous trouvons en plein désert. Il est présent, au milieu de nous, «là où deux ou trois sont réunis en [son] nom» (Mt 18, 20). Il est réellement présent dans notre histoire, dans notre prochain, et même dans celui qui est loin, voire différent.

3. Jésus est présent/absent

Le Christ est donc présent auprès de nous, nous le croyons puisqu’il nous l’a promis, et en même temps il est absent, puisqu’il a quitté le monde au jour de l’Ascension.Il est présent d’une autre manière. Il est présent/absent. C’est ce que m’expliquait un papa il y a quelques jours, en me montrant son fils, souffrant depuis la naissance d’un handicap extrêmement profond. Il me disait: «Lorsque je vois mon fils qui ne parle pas, qui ne voit pas, qui ne réagit jamais à ce qu’on lui dit, je pense à cette « présence/absence » du Christ. Le Christ est là, à côté de nous, comme mon fils. On lui parle: et il ne répond pas. Pourtant, il nous dit quelque chose; mais ce sont des paroles à écouter avec les oreilles du cœur. On lui crie notre souffrance: et il ne réagit pas. Pourtant, de lui surgit beaucoup d’amour. Il est là, toujours présent, et nous sommes tous autour de lui, unis par l’amour. Il est un autre Christ, mais on ne le voit pas avec nos yeux de chair».

Frères et sœurs, le Christ est là. Il est bien présent, que nous ressentions sa présence ou pas. Dans quelques jours, le Christ, du haut du ciel, nous enverra son Esprit. Demandons à cet Esprit de Pentecôte de descendre en nous, non pas pour réchauffer nos cœurs, mais pour nous donner des yeux capables de voir le Christ partout où il est présent caché.