Homélie du 27 décembre 2009 - La Sainte Famille

La Sainte Famille de Jésus

par

fr. Alain Quilici

Fête de la sainte famille de Jésus ou fête de la sainteté de la famille!

C’est que le mot famille n’est pas un mot comme les autres. Il fait vibrer en nous les fibres les plus sensibles. Chacun de nous, en l’entendant, pense à sa famille, la famille qu’il a eue et dans laquelle il a été heureux, ou la famille qu’il aurait aimé avoir, mais qui lui a manqué; la famille qu’il a fondée ou celle qu’il n’a pas pu fonder. Famille, source des plus grandes joies, ou famille source des plus grandes souffrances. Nous sentons bien qu’il y a là un sujet délicat, profondément humain. Aussi aurait-on du mal à concevoir que le Verbe de Dieu venant partager notre humanité, n’ait pas eu une famille. Sa famille fait partie de son humanité, avec ses parents, ses grands-parents et toute cette parentèle de cousins et de cousines dont parle l’Évangile.

À Noël, nous avons célébré la naissance de Jésus. Il a été reçu par ses parents, puis élevé par eux. Nous aurions aimé avoir plus de détails sur le quotidien de cette famille. Nous devons nous contenter de savoir que l’enfant grandissait en taille et en sagesse, qu’il était obéissant à ses parents et que ses parents veillaient avec affection à son éducation. Ce qui n’est déjà pas si mal. Aujourd’hui nous apprenons qu’à 12 ans, Jésus fit des siennes. Il manifesta une certaine indépendance qui est tout à l’honneur de l’éducation qu’il a reçue.

Cet épisode de sa vie, nous le lisons, non pas du point de vue de Jésus, mais du point de vue de ses parents. Ce sont eux qui repartent à Nazareth sans se soucier de l’enfant. Ce sont eux qui s’aperçoivent qu’il n’est pas dans la caravane et qui reviennent à Jérusalem. Ce sont eux qui mettent trois jours à le chercher, avant de le trouver dans le Temple, comme nous le savons. Ce sont eux, les parents qui se fâchent et font à leur enfant des reproches bien sentis. Et c’est à eux aussi que Jésus fait la leçon, comme il arrive toujours aux parents qui ont des adolescents! Finalement sous le couvert du récit d’un épisode assez banal dans une vie de famille, il nous est donné un double enseignement.

Le premier est de l’ordre de la Révélation. La réponse de Jésus à Marie et à Joseph, nous révèle que Jésus, dans son humanité, a toujours vécu en union avec son Père du ciel. Il n’a jamais cessé d’être celui qu’il est: le Verbe de Dieu. Il ne l’est pas devenu. Il l’a toujours été. Cette gloire qui est en lui, il ne la laissera voir que le jour de la Transfiguration. Mais depuis le premier instant de son existence, il a toujours été aux affaires de son Père.

Le bébé de la crèche, l’adolescent de Jérusalem, le jeune adulte invité à Cana, le prophète des Béatitudes, l’agonisant du jardin des Oliviers, le condamné expirant sur la croix, Jésus est toujours resté le Verbe de Dieu ne faisant qu’un avec son Père, aimant son Père, contemplant sa gloire. Marie semble le découvrir, elle qui pourtant savait bien à quoi s’en tenir sur l’origine de son enfant. Et c’est là le second enseignement, très précieux pour nos vies de famille.

Dans nos familles, nous aussi nous côtoyons un divin qui nous dépasse et nous échappe. Un divin qu’il faut respecter sous peine de s’exposer aux drames les plus douloureux. Marie et Joseph l’apprennent à leurs dépens. La vie de famille est une mécanique des plus fragiles. Elle demande à être traitée avec la plus grande délicatesse. Chacun doit être l’objet du plus grand respect car chacun, à sa façon, est attaché aux choses de Dieu, comme le dit Jésus. Et ça ne se voit pas, même quand on est proche. On doit même dire, surtout quand on est proche. Il n’est pas facile de renoncer à penser à soi, pour être mieux attentif au mystère de l’autre.

Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela. Vois, ton père et moi, sommes au supplice en te cherchant! Marie, elle-même, toute sainte qu’elle soit, se heurte au mystère divin qu’elle côtoie pourtant de si près. Dans nos familles, comme dans nos communautés, chacun risque de ramener les choses à soi et de bombarder l’autre de reproches. Pourquoi nous as-tu fait cela? Les enfants peuvent être cruels avec les parents. Pourquoi nous as-tu fait cela? Les parents passer à côté de ce que vivent leurs enfants. Pourquoi nous as-tu fait cela? Les époux peuvent être terribles l’un avec l’autre.

Il faut sans cesse déployer des trésors de prévenance et d’attention. Et cela met au supplice, comme le dit Marie. Elle a cherché trois jours, nous devons chercher toujours. Là est le secret de la réussite, je veux dire le secret de la sainteté de nos familles: se souvenir que Jésus est caché, présent en moi comme en chacun des membres de ma famille. Le secret est de traiter les autres comme nous voulons être considérés, car chacun de nous peut dire aux autres: Pourquoi me cherchez-vous. Ne saviez-vous pas que moi aussi je me dois à Dieu? En français, tu me cherches peux s’entendre en deux sens!

Vraiment le mot famille ne nous laisse pas indifférent. Il est lourd d’une présence divine que nous avons besoin de redécouvrir sans cesse. La fête de la sainte Famille de Jésus est donc aussi la fête de la sainteté de nos familles, une sainteté en devenir. Jésus présent au cœur de chacun sanctifie nos familles.

Amen.