Homélie du 9 août 2009 - 19e DO

La tentation du découragement

par

fr. Alain Quilici

Le prophète Élie est un grand prophète, le plus grand avant Jean-Baptiste. Il a mené de grands combats pour la gloire de Dieu et cela l’a amené à s’opposer à la reine Jézabel, femme cruelle et sans scrupules. Élie a encouru sa fureur à cause de tous ces faux prophètes qu’il a dénoncés et éliminés. Tant et si bien qu’il est obligé de fuir.
Il s’enfonce dans le désert. Et là, il est assailli par une tentation redoutable, une tentation qui n’épargne personne et que nous connaissons bien nous aussi: la tentation du découragement. Élie est accablé. Il n’en peut plus. Le courage l’abandonne. Maintenant, Seigneur, c’en est assez. Reprends ma vie!

Élie doute de lui. Il doute de Dieu. Il pense à la mort.

Ce qu’Élie, le grand prophète a connu, qui peut dire qu’il ne l’a jamais connu? Chacun de nous, pour peu qu’il ait vécu, a connu la tentation du découragement. C’est que nous avons tant de raisons de nous décourager, ou du moins de nous laisser séduire par la tentation du découragement.
Je peux me décourager parce que je suis accablé par moi-même. Peut-être ai-je commis une faute dont je traîne les conséquences et dont je me dis que jamais je n’en sortirai. Ou ai-je un gros défaut ou une mauvaise habitude dont je n’arrive pas à me débarrasser. Alors je suis tenté de me décourager: Maintenant, Seigneur, c’en est assez. Reprends ma vie!
Ou alors, je suis assailli par la tentation du découragement parce que la vie est trop difficile et mes responsabilités trop lourdes, ou parce que je suis trop seul ou trop malade. Et je me dis: Maintenant, Seigneur, c’en est assez. Reprends ma vie!
Ce sont là des motifs personnels, mais il y a encore une autre espèce de découragement, celle à laquelle Élie est confronté. Cette tentation menace l’apôtre, le témoin, le chrétien fervent.
Quand je vois l’état de l’Église et le peu de ferveur de la grande masse des baptisés. Mais surtout quand je vois mon incapacité à annoncer vraiment l’évangile, à porter un témoignage convainquant … quand je vois le peu de succès de la prédication et même du témoignage pourtant admirable de tant de grands saints dans l’Église, j’avoue que je suis tenté de me décourager. Comme Élie qui n’en peut plus, je me dis: Maintenant, Seigneur, c’en est assez. Reprends ma vie!

Mes frères, si vous connaissez l’une ou l’autre de ces tentations, ne soyez pas outre mesure étonnés. Tout le monde y est exposé. Le Seigneur Jésus lui-même, lorsqu’il pleure sur Jérusalem qui n’a pas voulu entendre son message de paix, a connu, sans doute, cette tentation. Sans parler de son agonie au Jardin des Oliviers où le Tentateur fait tout pour le décourager.

Aussi l’exemple du prophète Élie nous est-il donné pour éclairer notre vie.
Dieu n’abandonne pas son prophète. Il lui envoie son ange. Cet ange, pour nous, ce sont ces frères et ces sœurs que nous trouvons sur notre route et dont l’exemple nous réconforte. Alors que je suis au fond du trou, je vois cette courageuse mère de famille ou ce valeureux père de famille qui ne ménagent pas leur peine pour leurs enfants. Ou quand j’entends parler des Chrétiens de Corée du Nord ou de ces baptisés qui vivent en pays musulman, qui n’hésitent pas à se dire Chrétiens, au risque de la torture et de la mort.
Tous ces beaux exemples nous arrivent comme des anges qui nous secouent dans notre abattement.

Et puis cet ange tire Élie de sa torpeur. Il le touche. Il le rend à la vie. Il lui dit Lève-toi! C’est une parole de résurrection. Lève-toi, c’est réveille-toi d’entre les morts! Sors du sommeil de la mort spirituelle! Accueille le soleil levant, car ton soleil levant c’est le Christ, et le Christ ressuscité. Le Christ lui-même nous relève et nous sort de notre torpeur.
Mais ce n’est pas tout. L’ange invite Élie à manger pour refaire ses forces. Il a mis près de lui, une galette de pain cuit sur la braise et une cruche d’eau. Allusion très claire à l’Eucharistie, à ce pain multiplié à l’infini par le Seigneur pour nous réconforter, à ce vin qui est son sang versé pour nous.

Moi, je suis le pain de vie, dit Jésus, le pain descendu du ciel. Qui mange de ce pain vivra éternellement.

Élie mangea et but. Puis il reprit sa route, cette route qui devait le conduire à sa grande expérience mystique, à cette rencontre avec le Dieu éternel qui est le modèle de la rencontre divine.

Ainsi en est-il pour nous, qui sommes soumis sans cesse à la tentation du découragement, et quelle que soit la forme de ce découragement.
Quand le tentateur nous menace, le Seigneur nous visite. Quand le tentateur nous écrase, le Seigneur nous prend par la main et nous relève. Il nous nourrit de son corps et de son sang. Il refait nos forces spirituelles. Il nous remet en route. Et qui sait s’il ne nous réserve pas, à nous aussi, une grande et forte expérience spirituelle, une rencontre décisive avec lui?

Heureux ceux que le Seigneur aura gardé de succomber à la terrible tentation du découragement.

[|Dieu, viens à mon aide!
Seigneur, viens vite à mon secours.
|]

Amen