Homélie du 21 avril 2013 - 4e DP

La vocation

par

fr. Alain Quilici

Puisque ce dimanche est journée de prière pour les vocations, il convient de parler de la vocation. La vocation dont il s’agit n’est pas la vocation en général, cet appel à le suivre que le Christ Jésus lance à tout homme. Tout homme, en effet, a vocation à suivre Jésus. Ce n’est pas non plus la vocation au sens flou, quand on dit qu’on a vocation à s’occuper des malades, à enseigner, à faire de la musique voire à se marier. Ce dont il s’agit ici, c’est de la réponse faite à Dieu par certains de lui consacrer leur vie. Vocation au sens de vocation religieuse ou de vocation sacerdotale.

En ces temps où l’on se plaint du manque de vocation, en ces temps où prédomine une lecture sociologique de la situation, ce qui ne peut engendrer que la morosité, il n’est sans doute pas inutile de nous redire quelques convictions.

Et avant tout, que la vocation est une réalité divine. Elle échappe au regard humain de l’homme, car il ne peut ni voir ni mesurer l’invisible. La vocation religieuse, comme la vocation sacerdotale, éclot au plus profond du cœur de celui qui est appelé. Comme pour le jeune Samuel, c’est un appel dans la nuit, un appel très personnel. C’est un appel intérieur qui échappe au raisonnement, un peu comme le sentiment amoureux. Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas.

L’amoureux serait bien en peine de donner les raisons qu’il a d’aimer. Et celui qui perçoit l’appel de Dieu qui lui suggère avec insistance de lui consacrer sa vie, est bien en peine pour expliquer ce qui lui arrive, cet amour dont il est aimé.

Ce qui est beau, c’est de constater que ça arrive; ce qui est beau et stimulant, c’est de prendre conscience que Dieu continue d’appeler.

Depuis saint Antoine, le père des moines, qui entend l’évangile du jeune homme riche: vends tes biens et suis moi, qui le prend pour lui et qui le fait, jusqu’à nos jours dans le monde entier, en Asie, en Afrique et même chez nous, cet appel intérieur retentit, secrètement mais réellement.

Il touche des cœurs d’hommes et de femmes. Il les pousse à accepter librement de répondre. Il les invite à tout laisser pour suivre Jésus comme jadis Simon et Jacques et Philippe et les autres.

C’est un appel intérieur si fort et impératif, et qui s’accompagne de tant de joie, que celui ou celle qui l’entend est prêt à faire ce qui aux yeux du monde a des allures de folie. Il faut vraiment être Dieu, il faut vraiment avoir donné soi-même sa vie par amour, pour demander à quelqu’un de n’avoir, par amour, ni famille, ni descendance, ni patrimoine, ni liberté.

Évidemment si on regarde ces choses au ras du sol, on pourra dire ce qu’on voudra et le contraire. Mais si vous les regardez, les yeux éclairés par la lumière de l’Esprit Saint, alors vous vous exclamerez comme le Patriarche Jacob: Mais c’est Dieu qui était là et je ne le savais pas!

La vocation n’est pas une question de nombre. Il suffit d’une vocation pour manifester la présence miséricordieuse de Dieu et son intervention dans notre histoire.

Car si la vocation est une affaire éminemment personnelle, une affaire entre Dieu et celui ou celle qu’il appelle, elle est de la plus haute importance pour toute la communauté, et même pour toute la société.

Il en est de la vocation comme de tous les mystères chrétiens, de l’Incarnation à la résurrection. Ce qui importe, c’est leur réalité. S’il est vrai que Dieu s’est manifesté en Jésus Notre Seigneur, si Jésus est vraiment ressuscité, si Dieu appelle vraiment des hommes et des femmes à tout laisser pour le suivre, alors il faut bondir de joie devant ces merveilles.

La communauté de ceux qui vivent dans la foi et dans la joie de la résurrection de Jésus, ne doit cesser de s’émerveiller de cette continuelle intervention de Dieu qui la touche de si près. Elle doit tout faire pour que ces mystères soient célébrés, pour que ces appels ne soient pas étouffés et qu’ils puissent s’épanouir.

Ce qui se passe mystérieusement dans l’Eucharistie, se passe aussi mystérieusement dans la communauté quand un homme ou une femme répond à l’appel de Dieu et lui consacre sa vie.

Ce n’est pas une question d’utilité, ni même de nécessité, c’est d’un autre ordre, comme la beauté d’un paysage n’est pas du même ordre que sa rentabilité.

Mes frères, même si les temps sont durs, il n’y a pas de raison de douter de la volonté de Notre Seigneur de continuer à appeler. Il n’y a pas de raison de penser que Dieu n’appellerait pas aujourd’hui, comme hier des missionnaires, des pasteurs, des évangélisateurs, des prêtres, des contemplatifs et des martyrs.

La journée mondiale de prière pour les vocations est faite avant tout pour raviver notre foi, pour ouvrir nos yeux sur les merveilles de Dieu, pour rendre grâce à Dieu pour cette miséricorde qu’il ne cesse de nous manifester. Elle nous comble d’une grande joie.

En vérité, en vérité, le Seigneur Jésus est présent; il est là; il appelle; il ne cesse d’appeler.