Homélie du 15 mars 1998 - 3e DC

L’amour de Dieu, caché et révélé dans nos coeurs

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        Frères et sœurs,

        En ce troisième dimanche de carême, notre assemblée accueille les catéchumènes pour la liturgie des scrutin Ces rites remontent aux premiers âges chrétiens, quand l’évêque scrutait, examinait les dispositions des candidats a baptême pour s’assurer que leur demande était vraie, et prononçait sur eux les exorcismes, ces prières de délivrance pour que soit chassé le mal qui pouvait les empêcher de répondre définitivement à l’appel de Dieu, Mais il était aussi essentiel de leur faire percevoir cette soif qui les habitait au plus profond d’eux-mêmes.

        Cette soif, c’est la soif de Dieu:  » Comme un cerf altéré qui désire l’eau vive, ainsi mon âme te cherche toi mon Dieu, mon âme a soif de Dieu, du Dieu de Vie  » (Ps 41). Quel est ce Dieu dont finalement nous cherchons tous le visage? Aujourd’hui, il se révèle en Jésus comme la source d’eau vive. La source, ce n’est pas le déluge,  » il n’y aura plus de déluge pour ravager la terre », a dit Dieu (Gn 9, 11). Il n’y a plus que l’eau vive qui murmure au creux de montagnes et qui semble dire à la Samaritaine:  » Lève-toi, ma bien-aimée, viens. Car l’hiver est passé, c’en est fini de pluies (Ct 2, 10-11)… Lève les yeux et regarde les champs, les lis sont blancs pour la moisson et le moissonneur vient recueillir le fruit de son travail  » (Jn 4, 35). Jésus ne surgit pas dans la vie de la Samaritaine comme un ouragan. Il vient pour étancher sa soif en lui révélant un secret. Ce secret, c’est le plus beau que nous ayons aujourd’hui à vous transmettre à vous qui découvrez la foi, c’est le secret de l’amour de Dieu. Quand nous parlons de l’amour de Dieu, en christianisme, cela veut dire autant l’amour de Dieu pour l’homme que l’amour de l’homme pour Dieu, et ce qu’il y a d’extraordinaire, c’est que cet amour se conjugue sur le même mode. C’est vrai, Dieu nous a aimé le premier, l’amour de Dieu est plus grand que notre cœur et c’est Jésus qui entre le premier en conversation avec la femme, mais c’est pour lui demander à boire; voilà comment Jésus nous révèle le don de Dieu: en nous demandant lui-même quelque chose, en nous demandant de lui donner notre amour. Telle est toujours l’attitude de Jésus qui se révèle paradoxalement comme celui qui est démuni –  » Il a eu faim, lui qui a nourri tous les hommes, il a eu soif, lui qui a créé toutes le boissons, qui est spirituellement le pain de ceux qui ont faim et la source de ceux qui ont soif  » (saint Augustin, Catéchèse des débutants, 40). Et se faisant ainsi le mendiant de l’homme, Jésus vient libérer ce qui est enfoui en lui, cette capacité d’aimer qui repose dans le puits de son coeur, qui ne demande qu’à jaillir comme une eau vive.

        Pour trouver ou retrouver cette eau vive qui désaltère notre vie, il faut venir au puits comme la Samaritaine, c’est–à-dire à la fontaine baptismale où nous découvrons que le don qui correspond si fort à notre désir, c’est l’amour de Dieu et son pardon. L’amour, disent les Pères, nul ne peut y atteindre s’il n’est illuminé par le baptême, cette eau vive qui jaillit en nous en vie éternelle, dans laquelle nous recevons à la fois le pardon des péchés et le renouvellement de notre capacité d’aimer. La Samaritaine eut, nous dit l’Évangile, cinq, six maris. Autant de maris, autant d’amours ou, du moins un amour éclaté qui va dans toutes les directions; de même que Jésus vient restaurer en elle l’unité de son amour, l’unité de son désir, ainsi fait-il pour chacun de nous, de sorte que notre amour soit reconstitué dans toute sa force, que nous puissions aimer en vérité qui son mari, qui sa femme, qui ses enfants, ses amis, ses frères, et même nos ennemis, comme Jésus le fait avec les Samaritains, dépassant cette haine ancestrale et nous montrant ainsi que nous n’avons d’ennemis que pour en faire des amis. Catherine et James, le secret de l’amour de Dieu que Jésus a laissé à Samaritaine, et qu’elle s’en alla transmettre, devenant ainsi la figure de l’Église, messagère de l’amour de Dieu pour le monde, nous vous le confions aujourd’hui. Jésus vous demande lui-même, par la voix de son poète, de le garder comme un trésor.

Gardez mon secret, vous qui êtes gardés par lui.

Gardez ma foi, vous qui êtes gardés par elle.

Connaissez ma science, vous que ma vérité a connus

Aimez-moi d’amour, vous qui êtes aimés.

Priez sans cesse, habitez l’amour du Seigneur,

Vous qui êtes aimés dans le bien-aimé, vivants dans le vivant,

Sauvés dans celui qui vous a racheté,

Et vous échapperez à la mort,

Pour tous les siècles, au nom de votre Père

(Odes de Salomon, 8).

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