Homélie du 2 janvier 2005 - Épiphanie

L’aventure spirituelle des Trois Mages

par

fr. Alain Quilici

L’histoire des trois Mages résonne comme un conte pour les enfants. Et chaque année, nous qui sommes des enfants, nous aimons en ré-entendre le récit. Mais en cette année 2005, nous recevons cette page avec une attention toute particulière. C’est, en effet, de cette page que le Saint Père a pris le thème des Journées Mondiales de la Jeunesse à Cologne, lieu où sont vénérés les Rois Mages. Il s’agit de la déclaration des Mages en arrivant à Jérusalem: où est le roi qui vient de naître. Nous avons vu son étoile en Orient et nous sommes venus l’adorer!

Ainsi sommes-nous invités à considérer cette aventure des trois Mages, non pas comme une simple anecdote, pas même non plus comme seulement l’accomplissement d’une prophétie mais comme une illustration de notre propre vie spirituelle.

Aussi plutôt que de nous épuiser à chercher si ce récit est historique ou non, ce qui serait de maigre profit, cherchons quel message utile il contient. Il suffit pour cela de mettre nos pas dans ceux des trois Mages.

Comme eux, nous sommes d’abord invités à ne pas laisser passer les signes que le ciel nous envoie. Les Mages ont su lire le message de l’étoile dans le ciel. Ils nous invitent à rester vigilants. Veillez sans cesse, dit le Seigneur, c’est à l’heure que vous n’y pensez pas que le voleur viendra! L’homme désireux de vie spirituelle est un homme en alerte. Il est comme le chasseur à l’affût, comme le chercheur guettant le moindre signe. Dans le contexte international actuel, ce message nous touche particulièrement.

Comme les trois Mages, nous sommes invités ensuite à chercher. Les anciens disaient: celui qui connaît Dieu, c’est celui qui sans cesse cherche Dieu. Car il ne s’agit pas de se laisser charmer par une étoile: il faut chercher d’où vient la lumière. Le monde, lui, se laisse attirer par ce qu’il appelle en nouveau français des stars. Mais il ne se demande pas d’où vient la lumière qui les fait briller. Les Mages ne s’y laissent pas prendre: ils cherchent la source de la lumière!

Et quel ne fut pas, sans doute, leur étonnement au lieu de trouver le soleil dans la splendeur de son midi, de trouver cette mangeoire, cette demeure dérisoire, cette femme comme les autres et cet enfant nouveau-né. C’est ici une étape importante de notre vie spirituelle: accepter que ce qu’on trouve ne corresponde pas à ce qu’on imaginait trouver. C’est une expérience commune: ceux qui cherchent des lumières trouvent de la nuit (voir s. Jean de la Croix); ceux qui cherchent des réponses trouvent de nouvelles questions (voir s. Thomas); ceux qui cherchent le Dieu qu’ils ont imaginé trouvent un enfant. Et cela confirme ce que Jésus plus tard enseignera: pour trouver Dieu, il faut avoir un cœur d’enfant car Dieu finalement se révèle être comme un enfant!

Aussi les Mages adoptent-ils l’attitude juste, la seule qui convienne au croyant : ils se prosternèrent et ils adorèrent! Ce qui annonce et illustre la révélation de Jésus à la femme de Samarie: l’heure vient, et nous y sommes, où les vrais adorateurs adoreront en esprit et en vérité ; car ce sont de tels adorateurs que cherche mon Père.

Or ici nous est donné un sinistre contrepoint, en la personne du cruel et insignifiant Hérode, car lui aussi parle d’adoration: Informez-vous exactement de l’enfant… afin que moi aussi j’aille l’adorer. Ainsi la foi des croyants est-elle semée d’embûches et de menaces, le meilleur côtoie le pire, comme le malheur côtoie l’espérance, et la tendresse la cruauté. Autrement dit, en matière de révélation, comme en matière d’adoration, il faut se méfier des contrefaçons!

Il nous est dit ensuite que les trois Mages tirent de leurs trésors des cadeaux pour l’enfant. Ce sont des cadeaux disproportionnés et de peu d’intérêt pour cet enfant, comme pour ses parents. C’est que nous offrons à Dieu ce que nous pouvons. Et même le meilleur de nous-mêmes, si riche soit-il à nos yeux, est peu de chose en comparaison de ce que Dieu nous donne.

Ce qui est arrivé ensuite aux trois Mages, s. Matthieu n’en parle pas, mais permettez-moi de l’imaginer. A ce moment, l’enfant Jésus a ouvert les yeux, il a tendu ses petites mains, il a reçu les présents de trois Mages et il a pris la parole. Il s’est adressé à chacun en ces mots silencieux que Dieu nous adresse dans la prière d’oraison, et c’est pour cela qu’ils n’ont pas été notés. En leur parlant, c’est à nous qu’il s’adresse.

Au premier Mage, il dit: Tu m’as offert de l’or. Je te fais don de la foi, une foi purifiée comme ton or. Par elle, tu connaîtras Dieu et ses mystères. Ce sera ton trésor et ta joie. Sois vrai adorateur, mais dans la foi!

Au deuxième, il dit: Tu m’as offert de l’encens. Je te fais don de la Charité. Un amour dont le parfum enchantera le monde. Ce sera ton trésor et ton bonheur. Sois vrai adorateur, mais dans l’amour de charité!

Au troisième, il dit: tu m’as offert de la myrrhe. Je te fais cadeau de l’espérance. Car si avec la myrrhe on embaume les morts, l’espérance ouvre à la vie éternelle.

Ce sera ton trésor et ta force. Sois vrai adorateur, mais dans l’espérance!

Et les trois Mages, qui étaient venus pour l’adorer, divinement instruits, renouvelés dans leur vie spirituelle, transformés par cette rencontre, revinrent chez eux, par des chemins nouveaux. Ils avaient trouvé le ciel. Le ciel les avait trouvés.

Dans leurs manteaux, ils portaient des étoiles. Amen.