Homélie du 25 avril 2021 - 4e dimanche de Pâques

Le Bon Pasteur par temps de catastrophes !

par

fr. Gilles Danroc

Repérez le bon pasteur, celui qui a l’odeur de ses brebis !
Quarante jours. Quarante jours c’est le temps que Jésus ressuscité donne à ses apôtres et à son Église pour nous préparer à son départ, à son Ascension. Il monte vers son Père et notre Père.
Quarante jours, tout un carême pour imprégner son Église de sa présence ressuscitée. Quarante jours pour guérir nos cœurs de la peur de la mort, pour nous apprendre à vivre une vie nouvelle, à ouvrir les yeux sur une terre nouvelle et des cieux nouveaux. Quarante jours pour faire l’expérience de Pâques.

Il nous donne les signes du tombeau vide car il est ailleurs que dans un tombeau, il se fait reconnaître par Thomas comme le Messie crucifié-ressuscité et par les disciples d’Emmaüs dans la fraction du pain quand nos cœurs sont brulants d’Écritures.
Aujourd’hui il vient nous rassurer définitivement : il est le Bon Pasteur. Il affirme qu’il connaît chacune de ses brebis. Il nous invite à mettre notre confiance dans le vrai berger, à le connaître et à l’aimer. C’est l’expérience de la première communauté des Actes des Apôtres. Pierre et Jean, remplis d’Esprit Saint, guérissent l’infirme de la Belle Porte.
Mais voilà qu’ils sont persécutés comme Jésus.
En fait la balle est dans notre camp. Si nous avons un bon pasteur et que nous ne savons pas où aller, c’est que nous ne l’avons pas reconnu et surtout que nous ne le suivons pas.

Alors Jésus nous donne le secret du Bon Pasteur. Il donne sa vie pour ses brebis. Oui, Jésus est allé au bout le Jeudi Saint, il a donné son Corps, son Sang, le lavement des pieds et le commandement nouveau. Or il a été trahi, renié, crucifié, enterré ! L’échec de sa mission sur terre.
Donner sa vie pour les autres conduirait à l’échec ?
Jésus va plus loin : il est celui qui a le pouvoir de donner sa vie et de la reprendre. Sa résurrection atteste qu’il a repris la vie. Le Ressuscité se fait connaître comme le Bon Pasteur qui est le Verbe de vie parmi les siens pour les conduire au Père. Verbe fait chair pour que nous puissions le rencontrer et le suivre depuis les chemins de la Terre de Sainteté. Mettre nos pas dans les pas du Ressuscité c’est reconnaître de toute notre foi baptismale que Jésus est vrai Dieu et vrai homme et que par sa résurrection il est le premier-né d’une multitude de frères.

Dans cette lumière, nous comprenons que la mission du Bon Pasteur n’est pas terminée. Le secret s’approfondit : à l’enclos des brebis de la descendance d’Abraham s’ajoute l’enclos des brebis païennes. Il n’y a qu’un seul troupeau venu des deux enclos. Saint Paul nous éclaire précieusement sur ce fameux mur qui séparait les deux enclos : « Car c’est lui, le Christ Jésus qui est notre paix, lui qui des deux peuples n’en a fait qu’un, supprimant en sa chair la haine… par la Croix, en sa personne il a tué la haine » (Ep 2, 14-16). Il est le Bon Pasteur, l’unique Sauveur qui sur la croix a livré sa vie pour tuer la haine. Il a donc bien le pouvoir de donner sa vie, car il est Dieu le Verbe de vie, le Fils bien-aimé. Et ce pouvoir, il le tient du Père qui l’a envoyé dans le monde pour nous sauver, que nous soyons juif ou païen (Jn 3, 16). La résurrection de Jésus atteste bien que dans sa chair il a tué la haine pour qu’il puisse manifester le pouvoir qu’il a de reprendre sa vie. Le Verbe, la Parole de Dieu, le Fils bien-aimé en qui la création a été faite (Jn 1, 3) est devenu le Bon Pasteur ressuscité en qui s’effectue la recréation du monde par Amour.

C’est donc l’amour même de Dieu qui guide l’humanité vers le Royaume où Dieu sera tout en tous (1 Co 15, 28). Alors, ce que nous sommes, les enfants de Dieu, sera manifesté et nous verrons Dieu tel qu’il est (1 Jn 3, 1-2).
Pierre nous fait comprendre cette transformation de la vie par l’amour de Dieu. Jésus ressuscité lui demande par trois fois de déclarer qu’il peut aimer comme Jésus l’a aimé. Alors il peut être le pasteur de brebis pour que les enfants de Dieu puissent suivre l’unique Bon Pasteur, Jésus ressuscité (Jn 21, 15-19). L’évangile éclaire précisément la transformation du monde selon deux pentes :

– La haine qui emprisonne dans la peur de l’autre et la peur de la mort, et qui atomise la société humaine dans une lutte de tous contre tous. Cette haine a mis Jésus en croix pour éliminer la vérité de Dieu et son amour.
– L’amour de Dieu que Jésus ressuscité nous communique dans l’Esprit Saint et qui recrée le monde selon la vie, la lumière et la paix.

À vues humaines, la haine domine et fait circuler la mort d’un bout à l’autre de la terre.
À vue spirituelle, grâce au Christ et à l’Esprit, l’amour de Dieu nous entraîne dans la vie véritable grâce à l’épaisseur lumineuse de la charité cachée en travail dans le monde loin des projecteurs mais au nom de l’Évangile, en le sachant et même sans le savoir. La puissance de l’amour de Dieu est une mesure sans mesure. Et pourtant nous en doutons.

Le Saint-Esprit — cette main invisible de Dieu selon saint Irénée, car Jésus en est la main visible grâce à l’Évangile — manifeste dans l’histoire ce que nous sommes : enfants de Dieu, et qui n’est pas encore manifesté. Car la charité ne se montre pas comme une star à aduler. Elle est intrinsèquement discrète, comme Jésus, comme l’Esprit. Voilà pourquoi après les quarante jours qui nous préparent à l’ascension du Christ car « il est bon qu’il s’en aille pour que descende l’Esprit » (Jn 16, 7), nous sommes dans un Avent d’Esprit Saint de cinquante jours !
Aimer donc Jésus en qui nous voyons le Père « car si nous aimions Jésus nous serions dans la joie de ce qu’il va vers le Père » (Jn 14, 28).

La joie est le maitre mot qui qualifie notre vie chrétienne. Sans elle pas de témoignage et pas d’évangélisation. La joie est le mot clé de l’appel du pape François à renouveler notre pastorale de fond en comble parce que le Bon Pasteur atteste sa conduite des brebis qui le connaissent par la joie du témoignage des disciples-missionnaires.
Notre culture contemporaine dite dominante — euraméricaine pour les historiens — est triste. Jésus ressuscité joue de la flûte et nous ne savons plus danser. Il faut donc qu’un pape venu de loin vienne réveiller notre joie. Celle que nous avons perdue en nous déchirant dans deux guerres où le monde a été convoqué. Or cette culture est pourtant magnifique quand elle est portée par la sève de l’Évangile. Il est temps de nous ouvrir à la joie de l’Esprit Saint pour que le monde croie. Il est temps de ne plus vouloir dominer le monde par la richesse de notre culture mais de nous mettre au service des plus petits pour bâtir la civilisation de l’amour.