Homélie du 31 mars 1999 - Célébration pénitentielle du Mercredi Saint

« Le début de la nuit »

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Frères et sœurs,

Nous voici au seuil du mystère de notre rédemption. Mystère de ténèbres et de lumière. Mystère de mort et de vie.

Le Christ s’abaisse au cœur de la nuit, il s’ensevelit en nous totalement pour qu’en lui nous revivions totalement.

C’est pour nous, pour l’humanité entière qu’Il s’humilie, certes, mais avez-vous déjà réalisé qui sont ces hommes et ces femmes qui forment l’humanité proche de Jésus, ceux de son époque? Qui sont ces apôtres, ces disciples?

Des femmes et des hommes qui ne sont pas à la hauteur du mystère qui se déroule devant eux. Des hommes et des femmes qui n’y comprennent rien et qui commettent impairs sur impairs. Et encore n’est-ce rien comparé à ceux qui vont trahir, témoigner faussement, mentir, calomnier et même condamner et assassiner l’innocent. Voilà l’humanité.

Et oui, voilà l’humanité pour laquelle Jésus s’offre en sacrifice.

Il nous est facile, avec la distance, de dénoncer le péché de tous ces hommes et ces femmes, de critiquer leur faiblesse, de fustiger leur lâcheté. Et nous ne nous en privons pas, il y a d’ailleurs en nous, avouons-le, toujours quelqu’un pour pointer le doigt contre eux.

Ah si nous avions été à leur place!

Ah si David s’était trouvé dans la situation de l’homme riche de la Parabole racontée par Nathan, il n’aurait jamais volé l’agneau du pauvre!

Quant à nous, nous n’aurions pas agi ainsi, oh, non, pour sûr!

Erreur! Grossière erreur! David se trompe. «Cet homme, c’est toi!» lui déclare Nathan. Et nous aussi, nous nous trompons, ces hommes et ces femmes dont il est question dans les écritures et dont la conduite nous attriste ou même nous choque, c’est vous, c’est moi. Tous, prêts à faire les mêmes erreurs et tellement aveuglés par notre propre nuit que nous cherchons ailleurs au lieu de regarder en nous.

Nous sommes environnés de nuit. Et nous voici au seuil de la nuit dans laquelle Judas s’avance pour trahir son maître;

Nous voici au seuil de la nuit où le Seigneur est arrêté, livré, condamné, flagellé;

Nous voici au seuil de la nuit de la troisième heure, quand le voile se déchire;

Nous voici au seuil de la nuit du tombeau.

Nuits où se tisse notre salut.

Mystère nocturne qu’il nous faut aborder comme on affronte une mer déchaînée. A l’extérieur, les heures qui viennent ne sont que nuit et notre cœur resterait dans les ténèbres?

Non ce n’est qu’avec un cœur purifié que nous pourrons guider le frêle esquif de notre âme vers la lueur encore lointaine du phare de la nuit sainte, la lumière pascale.

Si la lumière qui est en toi est ténèbres, quelles ténèbres. Sans lumière. Le risque serait trop grand de se perdre dans la nuit ou de se laisser couler sous le poids des douleurs. S’apprêter à traverser la Pâque avec le Christ, c’est risquer d’être emporté dans la tempête.

Puisque nous nous sommes reconnus dans ces attitudes si peu nobles qui faisaient l’objet de nos critiques, puisque, comme David, nous avons été démasqué, n’allons pas plus loin dans la nuit. Ne permettons pas que l’on puisse dire ce que Jean a écrit lorsque Judas a quitté le cénacle: «C’était la nuit».

Si vous êtes là ce soir c’est bien parce que vous venez solliciter le pardon du Seigneur. Parce que justement vous savez que le Seigneur est tendresse et pitié. Parce que vous aspirez après la lumière qu’il peut vous donner. Nos cœurs sont si facilement enténébrés qu’on oublie que le Christ est la lumière du monde et que sa philanthropie le pousse à nous appeler des ténèbres à son admirable lumière.

Peut-être ce soir, certains sont dans la peine, dans l’affliction de leur grisaille intérieure. Peut-être, certains sont même dans la honte, le remords ou le désespoir. Laissez là vos lamentations et tournez votre âme contrite vers la Lumière. Ne considérez jamais que votre malheur est plus grand que la miséricorde de Dieu. Ce serait mépriser la miséricorde qui se propose à vous et passer à côté de la guérison. Ce serait le pire péché d’orgueil, celui de Judas.

Au contraire, laissez-vous saisir par son pardon et au milieu des flots tumultueux grondant dans l’obscurité vous pourrez traverser la pâque l’âme déjà baignée de la lumière de la résurrection.

Ce soir c’est le Christ ami des pauvres qui vient à vous pour vous porter sur ses épaules afin de vous entraîner dans sa Pâque sans crainte, sans peur ni trouble au visage.

Il vient, il est là, nous vous en supplions, au nom du Christ, laissez vous réconcilier avec Lui. Amen.