Homélie du 17 avril 2003 - Jeudi saint

Le lavement des pieds

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C’est aujourd’hui une grande fête pour l’Église. Nous nous rappelons le jour où Jésus, juste avant de mourir, nous a laissé le sacrement de l’eucharistie, le sacrement de son corps et de son sang. Mais j’aimerais, ce soir, vous parler de ce geste un peu mystérieux que le Seigneur a accompli, comme nous venons de l’entendre dans l’Évangile: le lavement des pieds. Jésus a lavé les pieds de ses disciples. Pourquoi a t-il fait cela? Que voulait-il dire par là?

Le lavement des pieds, c’est tout d’abord un geste d’accueil, un geste d’hospitalité comme on dit. Évidemment, chez nous, ce n’est pas très courant. Mais dans le pays de Jésus, en Terre sainte, il fait chaud. Et il y a beaucoup de poussière. Quand on marche dehors, on se salit très vite les pieds. C’est une politesse, quand quelqu’un arrive chez vous, de lui laver les pieds. Pour bien comprendre toute la beauté de ce geste, il faut se rappeler un autre lavement des pieds raconté dans la Bible. Cela se passait bien avant Jésus, à l’époque d’Abraham.

Un jour, au plus chaud du jour, nous dit le texte, Abraham était assis à l’entrée de sa tente. Ayant levé les yeux: voici que trois hommes sont devant lui. Abraham, très accueillant, se lève et s’empresse auprès d’eux. Il les invite. Et il prononce cette phrase: « Qu’on apporte un peu d’eau! Vous vous laverez les pieds » (Gn. 18,4). Et puis il leur prépare un repas. Un véritable festin pour que ses visiteurs refassent leur force. Et pendant le repas l’un des trois hommes prend la parole. Il dit à Abraham: «Je reviendrai chez toi l’an prochain, et ta femme Sara aura un fils» (Gn. 18, 10). C’était le Seigneur qui parlait ainsi. C’est lui qui était venu visiter Abraham. C’est lui qui lui promettait ainsi un enfant, une descendance.

Eh bien, nous le savons, cette promesse a été tenue. Abraham a eu un enfant, il a eu une descendance. Et au bout de cette longue histoire sainte, il y a Jésus, Fils d’Abraham (cf.Mt.1,1). C’est lui qui aujourd’hui vient nous visiter. C’est lui qui nous invite ce soir. C’est lui qui nous offre un repas. Et il prononce une parole indépassable: «Ceci est mon corps, ceci est mon sang». Et comme Abraham avait lavé les pieds du Seigneur, aujourd’hui c’est le Seigneur qui lave les pieds de ses disciples. Il nous rend la politesse. Et cela ne peut signifier qu’une chose: Tout est accompli.

Geste d’accueil, le lavement des pieds est aussi un geste d’humilité. D’habitude, ce n’est pas le maître de maison qui lave les pieds des hôtes, mais un serviteur. Mais aujourd’hui c’est le Seigneur qui lave les pieds de ses serviteurs. Et Pierre s’étonne: «Toi, Seigneur, me laver les pieds!» (Jn.13,6). Il veut dire bien sûr: «ce serait plutôt à moi de te laver les pieds!» À vrai dire, ce n’est pas la première fois que les gens s’étonnent du chemin que prend Jésus. Jésus s’est, par exemple, avancé vers Jean-Baptiste, sur les bords du Jourdain. Lui qui n’a commis aucun péché, il se glisse parmi les pécheurs et demande à recevoir le baptême. Jean-Baptiste, lui aussi, est surpris: «C’est moi qui ai besoin d’être baptisé par toi, et toi tu viens à moi!» (Mt.3,14). Aujourd’hui, c’est au tour de l’apôtre Pierre de réagir, parce que Jésus se comporte comme un serviteur, alors qu’il est le Seigneur. La surprise de Jean-Baptiste, celle de Pierre, c’est aussi la nôtre. Car il est bien surprenant ce chemin d’abaissement que suit Jésus. Il n’est pas du tout celui que nous aurions pris. Comment imaginer qu’un tel chemin conduise à la vérité.

Geste d’accueil, geste d’humilité, le lavement des pieds est aussi un geste de purification. Nous le savons bien: l’eau, c’est ce qui purifie, ce qui lave. Et ici, elle ne lave pas seulement le corps, mais aussi le cœur, comme lors de notre baptême. Jésus dit à Pierre: «Si je ne te lave pas, tu n’auras pas de part avec moi» (Jn.13,8). Avoir part à Jésus, c’est communier à lui. C’est à chacun de nous que Jésus dit: «Si je ne te lave pas, tu n’auras pas de part avec moi».

Cette communion, ce Corps et ce Sang du Seigneur Jésus, nous allons le recevoir une fois encore, aujourd’hui. Nous allons avoir part avec lui. Souvenez-vous que ce don immense doit avoir des conséquences dans notre vie. Car si nous sommes en communion avec lui, c’est pour nous comporter comme lui-même s’est comporté. Nous devons en particulier nous mettre au service les uns des autres (cf. 1P.4,10, etc.), puisque lui-même s’est mis à notre service. Et cela peut aller très loin, car: «il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime» (Jn.15,13).

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