Homélie du 16 juin 2013 - 11e DO

Le mal du siècle

par

fr. Édouard Divry

Un souverain pontife récent disait que le mal du siècle était la perte du sens du péché (Pie XII)! Il y a plus de 60 ans! Mais qu’est-ce que le péché? Si cela se résume en toute action, parole ou convoitise contre la loi éternelle (Augustin), que dire aujourd’hui où l’on légalise les péchés les plus anti-natalistes qui soient, en des lois si contraires à la vie, en cette culture de mort de plus en plus prégnante?

Le péché de David dans la première lecture et la situation de la pécheresse dans l’évangile de Luc nous stimulent à réagir; et à réagir en premier contre notre propre péché, car un saint – et nous sommes tous appelés à la sainteté – se reconnaît à ce qu’il se sait pécheur.

Dans la Bible, trois principales occurrences sont révélées: d’abord Hattà l’aberration, le fait de rater sa cible, ne pas être en règle. Bien des manques de civilité, d’éducation civile, de bonnes manières nous heurtent alors que celles-ci ne sont que culturelles: les lois juives de pureté mettaient une haie de protection pour entourer et protéger la Torah, l’enseignement de Dieu, et leurs non applications s’appelaient péché en tant que lumière éducative pour les consciences afin que le fidèle apprenne à obéir à la loi de pureté.

Ensuite, il y a l’ Awon , le fait de courber ce qui était droit. C’est une réalité bien plus grave que la précédente puisque:

-* la paresse distord la promptitude à bien faire,

-* la gourmandise courbe la juste limite de ce qui est nécessaire à la santé,

-* l’impureté entortille le cœur droit,

-* le mensonge tord la vérité,

-* la vanité grossit le réel.

Enfin, le Peshà qui signifie la rébellion et c’est ce qui apparaît dans la Bible comme le plus grave car le révolté adopte l’orgueil de celui qui n’acquiesce pas au vrai bien en refusant ce qui plaît à Dieu ou tout simplement ce qu’il veut. Le péché c’est donc l’aversion à Dieu et la conversion à la créature (Augustin), c’est-à-dire la préférence de ce qui est le Bien suprême, Dieu, et sa volonté d’amour pour préférer un bien très médiocre, infiniment inférieur au vrai Bien.

Aujourd’hui, la bonne nouvelle c’est que Dieu peut même nous convertir de ces péchés (Awon ou Peshà) comme il l’a fait pour le roi David; que Jésus-Christ peut nous retourner comme la pécheresse pardonnée. Le péché n’est pas invincible, la conversion peut devenir proche si nous prions avec insistance.

Un jour, en 1978, je faisais retraite dans un monastère cistercien qui est devenu malheureusement célèbre depuis: là où les moines de Thibbirine vivaient. Et comme c’était le seul monastère masculin de toute l’Algérie, des retraitants variés s’y retrouvaient. Et ainsi le nonce venait se rafraîchir sur les hauteurs de l’Atlas. Il m’interpella une fois en me disant avec son accent italien: «Vous autres Français vous êtes tous des saints! Vous ne vous confessez plus!»

En fait, le saint est celui qui se reconnaît pécheur car il saisit de plus en plus que l’amour de soi, l’égoïsme, peut conduire au mépris de Dieu (Augustin).

Comment ne pas désirer retrouver la route du confessionnal? Se confesser c’est laisser la Parole de Dieu surgir dans notre vie à la manière dont Jésus dit à cette femme de l’évangile d’aujourd’hui: «Tes péchés sont remis» (Lc 7, 48). Le Christ désire le dire à chacun de nous par la bouche du prêtre qu’il a institué en partie pour cela. Manquerions-nous d’amour pour refuser de nous tourner vers l’amour miséricordieux du cœur de Jésus? Oserions-nous penser que nous ne sommes pas assez pécheurs? «Ses péchés, ses nombreux péchés, lui sont remis parce qu’elle a montré beaucoup d’amour»! Et les nôtres? Montrerons-nous à notre tour beaucoup d’amour?