Homélie du 21 décembre 2003 - 4e DA

Le mystère de la salutation

par

fr. Élie-Pascal Épinoux

« En ces jours-là, Marie partit et se rendit en hâte vers la région montagneuse dans une ville de Juda. Elle entra chez Zacharie et salua Elisabeth »

deux femmes:

la toute ancienne assise dans l’embrasure de la fenêtre, son ouvrage sur les genoux

la toute jeune debout dans le rayon de lumière de la porte ouverte

la toute ancienne: cette vie si neuve dans son sein virginal qui la soulève et la pousse

deux femmes visitées par Dieu toute en lenteur prudente: cette vie si jeune dans ses entrailles si âgées

la toute jeune toute essoufflée:

la toute ancienne qui n’ose dire encore la nouvelle «et se tenait cachée cinq mois durant» (Lc 1,24)

«Voilà donc ce qu’a fait pour moi le Seigneur au jour où il lui a plu d’enlever mon opprobre parmi les hommes» (Lc 1,25)

la toute jeune qui n’ose encore proclamer «les grandes choses que fit par elle le Tout-Puissant» (Lc 1,49)

«L’Esprit Saint viendra sur toi et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre, c’est pourquoi l’être saint qui naîtra de toi sera appelé Fils de Dieu» (Lc 1,35)

deux femmes, deux femmes visitées par Dieu et entre elles le mystère d’une salutation.

« Et il advint dès qu’Élisabeth eut entendu la salutation de Marie que l’enfant tressaillit dans son sein et Élisabeth fut remplie de l’Esprit Saint »

saluer: regarder l’autre Tu es présent pour moi ici et maintenant

saluer: parler à l’autre Tu es vivant pour moi ici et maintenant

saluer: embrasser l’autre Je t’aime tel que tu es ici et maintenant

et Marie salua Élisabeth : regard de la toute jeune debout dans le rayon de lumière de la porte ouverte à la toute ancienne assise dans l’embrasure de la fenêtre

et Marie salua Élisabeth : une parole, un mot. «Shalom» «Paix à toi»

«dans quelque maison que vous entriez dites d’abord: « Paix à cette maison », et s’ il y a là un fils de Paix votre paix ira reposer sur lui sinon elle vous reviendra» (Lc 10,6);

et il y a là une fille de Paix, Élisabeth descendante d’Aaron, juste devant Dieu (cf Lc 1,5-6)

et pourtant stérile, condamnée par les hommes et visitée par Dieu

et il y a là un fils de Paix conçu en son sein celui qui «marchera devant Dieu dans la puissance et l’esprit d’Élie pour ramener le cœur des pères vers les enfants et les rebelles à la prudence des justes» (Lc 1,17)

et il y a là un fils et une fille de Paix et la Paix du Seigneur qui surpasse toute paix reposant sur eux les fait tressaillir d’allégresse et proclamer le mystère tenu caché depuis l’origine

et Marie salua Élisabeth

simple mot de notre quotidien d’homme prononcé par une jeune fille au seuil d’une maison ordinaire

et Élisabeth fut remplie de l’Esprit Saint

simple mot de notre quotidien d’homme où retentit le Verbe qui prend chair, Parole de Dieu dans nos mots d’hommes, qui dit et cela existe, faisant entrer Élisabeth dans la plénitude du mystère.

« Et comment m’est-il donné que vienne à moi la mère de Mon Seigneur? Bienheureuse celle qui a cru en l’accomplissement de ce qui lui a été dit de la part du Seigneur »

alors la toute jeune peut déposer sur la joue ridée de labeur et creusée de larmes de la toute ancienne un baiser plus neuf et plus frais qu’un bouton de rose à l’aurore.

«Saluez-vous les uns les autres d’un saint baiser» (Rom 16,16)

entrons dans le mystère de la salutation: regardons-nous les uns les autres d’un regard qui donne la Vie puisque nous sommes passés des ténèbres à la lumière par le baptême

«Saluez-vous les uns les autres d’un saint baiser» (1 Co 16,20)

entrons dans le mystère de la salutation: échangeons la Paix qui habite en nos cœurs puisque Dieu nous a marqués du sceau de Son Esprit

«Saluez-vous les uns les autres d’un saint baiser» (2 Co 13, 13)

entrons dans le mystère de la salutation: embrassons-nous dans l’amour du Père qui fait de nous des frères nous qui avons part au même pain qui est le Corps de Son Fils

alors sa première venue dans l’humilité de la chair dont nous célébrons la mémoire dans quelques jours n’aura pas été vaine pour nous et nous pourrons nous «tenir debout devant le Fils de l’Homme» (Lc 21, 36)

au jour où Il nous visitera dans la majesté de Sa Gloire.