Homélie du 26 octobre 2025 - 30e dimanche du T.O.

Pour un choix salutaire

par

fr. François Le Hégaret

Écouter l’homélie

Jésus aime mettre en scène, dans certaines paraboles, des personnages controversés. Quelques jours auparavant, il avait donné en exemple cet intendant malhonnête qui détournait les biens de celui pour qui il travaillait (cf. Lc 16, 1-8). La semaine dernière, il nous parlait d’un juge inique qui, de guerre lasse, fera justice à une pauvre veuve (Lc 18, 1-8). Et aujourd’hui, nous entendons la parabole qui suit où il nous présente ce publicain (Lc 18, 9-14). Ne nous y trompons pas : un publicain, au temps de Jésus, ne fait pas partie d’une classe de population pauvre ou opprimée ; il n’est pas un personnage de soi sympathique. Entre le pharisien et le publicain, il était plus courant de trouver l’oppresseur du côté du publicain. Littéralement, le terme grec traduit par publicain (τελώνης) désigne un collecteur de taxes, donc celui qui vit en prenant une part plus ou moins grande sur les impôts, les droits de péage, les échanges de devises, sur les différents biens qu’il reçoit. Zachée, par exemple, publicain bien connu de Jéricho, a largement profité du système, et il le sait. Quand il se convertira, il se rappellera tous ceux à qui il a demandé bien plus que ce que la stricte justice réclamait. D’ailleurs, Jésus lui-même n’est pas un soutien inconditionnel des publicains. Il dira par exemple à ses disciples, à propos de celui qui s’obstinerait dans un péché grave : « S’il refuse d’écouter même la communauté, qu’il soit pour toi comme le païen et le publicain » (Mt 18, 17), sous-entendu : « N’ayez donc rien de commun avec eux » (Ep 5, 7). Notre parabole n’est donc pas une simple histoire d’opposition entre un méchant pharisien et un gentil publicain, entre un homme pétri d’orgueil et un autre vivant humblement. En prenant le publicain en exemple, en nous montrant comment prier, Jésus veut nous parler de la vérité de notre relation avec Dieu, veut que nous ne nous trompions pas de salut.

Car ces deux hommes qui prient au Temple s’opposent sur deux conceptions du salut et de la justification. La première, qui est une conception légaliste du salut, est représentée par le pharisien. Et là encore, ne nous trompons pas : cela pourrait être nous-mêmes, car certains jours ou à certains moments de notre vie, nous avons pensé et agi comme lui. Pour ce pharisien donc, le salut se réalise par des actes précis conformes à la Loi de Dieu donnée par Moïse. Certains actes sont interdits, ce sont les péchés (il est ainsi très heureux de ne pas être comme ce publicain) ; d’autres actes, ayant Dieu directement pour fin, ont une importance première. Ce sont les actes de la vie cultuelle : jeûner comme payer la dîme l’emportent donc sur tout le reste. Cet homme fait réellement des efforts pour essayer de répondre à la loi de Dieu, et d’accomplir la volonté du Seigneur. Il en est d’ailleurs vraiment fier, et dans sa prière, il remercie le Seigneur, car sa pratique fidèle de la Loi lui permet de se sentir loin du péché et vraiment ajusté à Dieu. Mais alors, où est le tort de ce pharisien ? Son tort fondamental, c’est de ne pas savoir ce que Dieu attend vraiment de lui, de nous. Il croit que le Royaume consiste à suivre un certain code de conduite, et qu’à ce moment-là, on peut se présenter devant Dieu et lui dire : « Voilà, j’ai réussi, je suis à la hauteur de ce que tu demandes, et donc je suis maintenant prêt à entrer dans ton Royaume puisque j’ai fait ce qu’il fallait et même davantage. Je suis prêt à recevoir ma récompense pour mes efforts. » Mais le Royaume n’est-il pas vivre pour l’éternité dans l’amour et l’unité avec Dieu et tous les saints du Ciel ? En quoi ce qu’il fait va-t-il l’aider à aimer davantage, à apprécier Dieu qui est Amour, à vivre en communion avec les autres hommes dans le Royaume ? Il n’est centré que sur lui-même, sa prière se contente d’un « je ne suis pas comme… » et d’une liste de bonnes œuvres exprimée dans ce « je fais ». Son action de grâce n’a que « je » pour sujet. Les actes du pharisien ont ainsi davantage nourri son orgueil que sa foi. Sa rectitude est même devenue un mur de mépris qui ne laisse rien passer aux autres. Le pharisien fait complètement fausse route, et nous avec lui bien souvent.

Tournons-nous vers le publicain. Lui sait qu’il n’est pas entre les mains de Dieu, et toute son attitude le montre : il se tient à distance, il tient la tête baissée, et, en plus, il se frappe la poitrine. Remarquez qu’il ne dit rien sur ce qu’il fait, sur ce qu’il est. Sa prière n’est pas l’énumération de ses actes (qui ne sont pas bons d’ailleurs), elle est centrée sur Dieu : « Aie pitié du pécheur que je suis ! » Il se reconnaît pécheur et il supplie Dieu, du fond de l’expérience de sa misère, il le supplie de le sauver par son amour. S’il est là dans le Temple pour prier, c’est bien parce qu’il veut changer, parce qu’il se rend compte que la vie qu’il mène ne le comble pas. Mais il n’y arrive pas : il ne peut compter que sur Dieu pour le faire, seul Dieu pourra le sauver. « Aie pitié du pécheur que je suis ! Change mon cœur pour que je puisse vivre avec toi pour toujours. Ouvre-moi les portes du Royaume. » Il sera ainsi très heureux d’être accueilli dans la communion des hommes et des femmes qui seront là, quels qu’ils soient. Et après avoir reçu la miséricorde de Dieu, il fera aussi l’expérience de la miséricorde des autres pour lui, qui est la plus belle expérience qu’on peut connaître de leur part. Sa prière est directement orientée vers ce que Dieu veut nous partager. Et en cela, elle est vraie.

La pauvre veuve de la parabole de dimanche dernier et le publicain de ce dimanche nous transmettent deux attitudes fondamentales que nous devons avoir dans la prière : la première est de ne pas se décourager, car Dieu veut nous donner notre bien. La seconde est que c’est le bien véritable qui doit commander notre prière. La prière se révèle ainsi un chemin exigeant, mais profondément libérateur, où notre cœur, peu à peu, s’élargit à la mesure de l’amour du Christ.

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