Homélie du 11 mars 2007 - 3e DC

Le puits de Jacob et le puits de Dieu

par

fr. Olivier de Saint Martin

Serais-tu plus grand que notre père Jacob qui nous a donné ce puits et y a bu, lui, ses fils et ses bêtes? Jacob, ses fils et ses bêtes ont donc bu dans ce puits. Trois catégories de buveurs, car il y a, en chacun d’entre nous, trois catégories de soif, trois catégories de désir de bonheur.

Le premier désir nous est commun avec les bêtes de Jacob. C’est celui de la survie: Donne-moi de cette eau que je n’ai plus à venir puiser. Il s’agit de la soif physique, de la faim physique. Ce n’est pas rien: il y a encore trop de lieux où l’on meure de faim, où l’on n’a pas accès à l’eau. Nous demandons dans le Notre Père que chaque être humain puisse avoir accès à ce strict minimum. Et nos efforts de carême visent à cela aussi. Nous réapprenons à partager. Mais l’homme ne vit pas seulement de pain et Jésus aide la Samaritaine à descendre un peu plus dans le puits de son cœur: Comme les fils de Jacob qui ont bu dans ce puits, tu as un désir humain, celui d’être aimée, reconnue, Va donc chercher ton mari…

Les fils de Jacob auraient voulu être autant aimés que leur frère Joseph. La Samaritaine aussi avait soif d’être aimée. Alors, elle a cherché l’amour, cet homme qui serait pour elle la source du bonheur. Mais elle a été maladroite dans cette quête. Déjà, la soif d’être aimé s’était transformée en jalousie chez les fils de Jacob et ils avaient vendu leur frère comme esclave. Je n’ai pas de mari. – En cela, tu dis vrai… – Je le vois, Tu es un prophète, Tu as commencé à faire la vérité sur moi. Nous aussi nous avons le désir d’être aimé, nous cherchons l’amour. Mais il n’est pas si facile d’aimer en vérité, il plus facile d’être égocentrique. Pourtant, il faut découvrir la Source de tout désir, il faut découvrir que tout amour vient de Dieu. Alors on peut aimer, comme Jacob a aimé. Découvre donc ce nouveau puits.

Jacob a aimé sa femme comme rarement on a aimé: il servit pour Rachel, pendant sept années qui lui parurent comme quelques jours, tellement il l’aimait. Mais Jacob avait aussi soif de connaître Dieu. Oh, il a lui aussi connu les défaillances, il a connu le combat. Il en a d’ailleurs reçu un nom: Israël, celui qui a lutté contre Dieu. La foi n’est pas toujours facile: Nos pères ont adoré Dieu sur cette Montagne et vous les Juifs, vous dites que c’est à Jérusalem qu’il faut l’adorer. Sans doute nous arrive-t-il de douter. Mais Jacob avait aussi eu un songe: une échelle, qui reposait sur sa tête, joignait la terre et le Ciel avec les anges de Dieu qui montaient et descendaient. L’homme serait donc un jour réconcilié avec Dieu, tout reprendrait sa place. Je sais qu’il vient, le Messie, celui qu’on appelle Christ. Ce jour est arrivé. Je le suis, moi qui te parle. Oui, je suis plus grand que ton père Jacob qui vous a donné ce puits. Et moi qui te parle, je te donne un autre puits: le puits de l’amour de Dieu.

Agnès et Clément, comme la Samaritaine, vous avez soif. Comme elle vous avez un désir de bonheur très fondamental. Mais cela ne vous suffisait pas, c’était comme l’apéritif du bonheur. Alors vous avez cherché plus loin, un bonheur plus humain et cela s’est exprimé dans votre appartenance au scoutisme. Et voilà qu’en cherchant la source du bonheur, en cherchant cette eau vive, cette eau qui donne la vie, vous avez rencontré Quelqu’un qui vous a révélé une autre soif encore plus profonde. La soif d’être aimé de Dieu, de vivre avec Lui. Et pour vous révéler cela, Jésus, qui vous apporte l’eau vive, vous demande d’abord comme à la Samaritaine: Donne-moi à boire. Vous cherchiez la source du bonheur pour y étancher votre soif. Et vous avez rencontré quelqu’un qui avait soif de votre amour. Ce quelqu’un c’est le Christ, c’est Dieu lui-même. Nous pensons souvent que Jésus va répondre à nos besoins. Or, voilà qu’Il commence par nous demander à boire.

S’il y a une soif de notre côté, c’est qu’il y en a une, encore plus profonde et qui est première, qui est la soif du cœur de Dieu. Nous ne chercherions pas le Seigneur, s’il ne nous avait d’abord trouvé. Ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu le premier mais c’est Lui qui nous a aimé et donné son Fils unique. Si j’ose dire: Dieu est désir, Dieu est soif. Au moment de mourir, quand Jésus sera sur la croix, une des dernières paroles qu’Il prononcera c’est d’ailleurs celle-ci: J’ai soif.

Dieu a besoin des hommes, non pas pour combler un manque qu’il y aurait en Lui, mais à cause de son amour, parce qu’on ne peut pas aimer si celui qu’on aime est loin de nous. En nous créant par amour, Dieu trouve son bonheur dans notre bonheur. Et notre bonheur, c’est de partager sa vie. Être chrétien, c’est d’abord entendre cette soif de Dieu qui est de partager avec nous son Amour. Si donc vous vous avancez vers le baptême, c’est d’abord pour cela, c’est pour répondre à cette soif de Dieu. Et comme Dieu vous aurez soif de faire participer ceux qui vous entourent à cet amour qui va vous être donné: Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait: Ne serait-il pas le Messie? C’est cela la vie chrétienne: recevoir l’Esprit Saint qui est la source d’eau vive. Puis, répondre à Dieu. Enfin, laisser déborder de notre cœur des fleuves d’eau vive pour tous ceux qui nous entourent comme cela s’est passé pour Jésus sur la croix, quand de son cœur transpercé ont jailli des sources pour l’éternité. Le cœur blessé du Christ, le Cœur de Dieu: voilà le puits de Dieu, le puits tellement plus profond que le puits de Jacob, le puits où nous sommes appelés! Agnès, Clément, frères et sœurs: Dieu nous attend, Il nous appelle, Il a soif de nous. Si nous répondons, si nous nous laissons trouver comme Jacob, comme la Samaritaine, si nous nous laissons faire, Dieu alors aimera à travers notre pauvre cœur et en aimant les autres, nous comblerons la soif du cœur de Dieu: J’ai eu soif et vous m’avez donné à boire. Seigneur, quand as-Tu eu soif et T’avons-nous donné à boire? Quand vous l’avez fait au plus petit d’entre mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait.

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