Homélie du 6 février 2011 - 5e DO

Le sel et la lumière

par

fr. Alain Quilici

Mes frères, dans la vie, ce dont nous avons le plus besoin, après l’indispensable et quotidienne nourriture, c’est d’une parole, une de ces paroles dite au bon moment et qui illumine la vie, une de ces paroles qui rend courage au moment où on en manque le plus.

Aujourd’hui, Jésus nous dit une telle parole. A notre grande surprise et stupeur, Jésus nous déclare: Vous êtes le sel de la terre! Vous êtes la lumière du monde!

Ce n’est pas n’importe quelle parole, dite par n’importe qui et, si j’ose dire, s’adressant à n’importe qui. C’est Dieu qui parle. Il s’adresse à moi qui l’écoute. Ce n’est pas seulement en général, de façon collective, que Jésus lance cette parole. Il le dit à chacun de ceux qui l’écoutent, ceux de jadis au bord du lac et qui ne devaient pas en croire leurs oreilles, ceux d’aujourd’hui, nous, qui sommes ici et qui recevons de plein fouet cette surprenante déclaration.

Ainsi, moi, je serais le sel de la terre? Si je comprends bien, le sel étant ce qui donne du goût, je serais à même de donner à la vie son sens, ce goût sans lequel elle serait bien fade! Moi, lumière du monde? Si je saisis bien, je serais pour ce monde qui ne sait ni d’où il vient, ni où il va, cette lumière qui peut l’éclairer!

C’est assez stupéfiant! D’autant que nous nous connaissons assez pour savoir que nous ne sommes guère des lumières et que parfois le doute et le péché pèsent sur nous au point de rendre nos vies plus fades et ternes que lumineuses. Et pourtant, le Seigneur Jésus dit bien: vous êtes sel de la terre et lumière du monde.

À vrai dire, ce que Jésus souligne en nous, ce sont des trésors qu’il y a lui-même déposés. Car qui est lumière du monde et sel de la terre, si ce n’est Lui? La merveille est qu’il nous donne en partage ce qu’il est lui-même. C’est cela qu’il ne faut pas laisser perdre, car de même qu’il n’y a pas de substitut du sel, rien ne saurait remplacer la sagesse qui vient de Dieu et qui nous est transmise. Et de même que rien ne remplace la lumière du jour, aucune lumière spirituelle ne saurait remplacer la lumière qui vient de Dieu lui-même.

Jésus nous met en garde. Il nous dit: ne perdez pas, ne gâchez pas ce que je vous ai donné; cela ne vient pas de vous, mais de l’Esprit qui est en vous.

Cette parole nous touche. Elle donne à notre vie un élan et un dynamisme incomparables. Que je sois jeune adolescent ou vénérable vieillard, que je sois dans la force de l’âge ou malade et handicapé que je sois en état de grâce ou lourd de mon péché, il y a en moi cette lumière qui vient de celui qui est né de la lumière, cette sagesse qui vient du Verbe de Dieu.

Jésus nous exhorte à ne pas en douter, à ne pas étouffer ce que nous avons reçu de lui. Il nous encourage à considérer que notre vie, notre prière, notre témoignage portent un message de lumière qu’il serait coupable de taire et de laisser perdre.

Mes frères, en ces années où nous sentons notre foi et notre Église menacées, en ces années où nous voyons, non sans une certaine angoisse, monter en force des régimes qui nous haïssent et qui n’hésitent pas à employer la pire violence pour étouffer l’Esprit, nous recevons cette parole de Jésus comme un extraordinaire stimulant.

Dans la nuit environnante, dans la persécution ou la menace de persécution, dans l’abêtissement général, le Ressuscité rappelle à ses frères en gloire, qu’ils ont une place à tenir, une vie à mener, une parole à dire.

Ce serait une honte d’en douter, ce serait une honte de le taire, de le laisser perdre comme d’une lampe qu’on mettrait sous un tonneau ou comme du sel qu’on jetterait à la rue.

Jésus nous a avertis: il nous envoie comme des agneaux au milieu des loups. Nous n’aurons d’armes que cette lumière et cette sagesse. Quand même nous mettrait-on à mort, comme on n’a pas hésité à le faire pour Notre Seigneur, on n’éteindra pas cette lumière, on ne diluera pas cette sagesse, du moins si nous-mêmes nous n’y renonçons pas, si nous ne laissons pas le sel s’affadir, si nous ne laissons pas la lumière pâlir.

Voilà la forte et redoutable parole que nous dit Jésus aujourd’hui, voilà la grande responsabilité qu’il nous donne, voilà la belle mission qu’il nous confie dans ce monde si dur.

Vous êtes le sel de la terre! Vous êtes la lumière du monde!

Tout passera. Nous passerons. Mais cette parole ne passera pas. Elle est notre force. Elle est notre gloire. Elle est éternelle.

Amen