Homélie du 19 mars 2006 - 3e DC

L’école de la rencontre

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Frères et sœurs, nous en faisons tous les jours l’expérience, la rencontre de l’autre est difficile, parfois très difficile, et pas seulement pour les timides! Peut-être vous arrive-t-il, comme je le fais, de confier à Dieu dans la prière une rencontre, mais cela ne suffit pas toujours, au moins apparemment, à la rendre fructueuse: je crois qu’il y faut au préalable une vraie rencontre du Christ, comme l’évangile d’aujourd’hui nous en donne le modèle. Modèle dans son commencement, modèle dans son déroulement et modèle dans sa fin.

Au commencement, Jésus exprime tout de go à son interlocutrice un besoin bien banal: «donne-moi à boire». Remarquez qu’il ne s’agit pas d’un «il fait beau aujourd’hui», mondanité qui n’engage en rien la personne qui prononce de telles paroles; c’est un vrai manque qui s’exprime: il est midi, il fait chaud, nous sommes dans un pays où l’eau est rare, la soif se fait sentir. Mais remarquez surtout que Jésus aurait pu puiser l’eau lui-même et qu’il choisit de faire appel à la Samaritaine…

Quand j’étais un jeune frère encore fringant, il y a longtemps de cela, j’aimais comme d’autres frères faire de l’auto-stop: parce que nous avions besoin des gens qui nous convoyaient pour nous rendre d’un endroit à un autre, parce que nous leur demandions un service simple et que nous étions donc leur débiteur de quelque manière, nous avions remarqué qu’ils se montraient infiniment plus réceptifs à notre parole ensuite. C’est vrai, il était possible de se déplacer autrement, en train, de même que Jésus aurait pu puiser l’eau lui-même: savoir demander, et pas seulement quand on ne peut pas faire autrement, au moins quand il ne s’agit pas de se décharger d’une corvée ennuyeuse, voilà qui peut ouvrir un vrai dialogue. J’y vois l’une des applications du «demandez et vous recevrez» auquel nous invite l’évangile.

Avec la Samaritaine, le dialogue est donc, comme on dit, «bien parti», mais son déroulement surprend. Amorcé à partir de l’expression cordiale de besoins très humains, il touche très vite à d’autres besoins, aussi fondamentaux et peut-être plus: on passe de l’eau à l’eau vive. Ce dépassement me semble largement dû à la liberté manifestée par Jésus et, en réponse, par la Samaritaine elle-même: Jésus,le Juif, prend l’initiative de parler à une Samaritaine; cela n’aurait jamais dû se faire, nous dit Jean, et cela se fait pourtant. Et comme le fera remarquer le texte plus loin, cette liberté est encore plus grande qu’il n’y paraît: l’échange a lieu entre un homme juif et une femme samaritaine; les disciples s’étonnent. En fait, Jésus a fait fi des conventions et interdits, et la Samaritaine s’en est trouvée comme libérée et a pu faire de même, puiser sans peur ni honte au fond d’elle-même plus qu’au puit.

L’échange prend dès lors un tour surprenant, chacun acceptant de jouer le jeu de l’autre, de se mettre à sa place, de plaider pour lui plus que pour soi. Au terme, chacun est reconnu pour ce qu’il est vraiment: Jésus pour le Messie, et la femme pour une assoiffée d’amour et d’eau vive plus que de toute autre eau. La confiance réciproque dont Jésus a été l’artisan depuis le début du dialogue a débouché sur la vérité: «Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait».

Mais au fait, frères et sœurs, faut-il parler de terme? L’évangéliste nous montre que la rencontre ne s’achève pas avec la fin du dialogue entre Jésus et la Samaritaine, mais se prolonge dans d’autres rencontres, entre cette Samaritaine et les gens de son village d’abord, entre ceux-ci et Jésus ensuite. Leur aveu est clair: «ce n’est plus à cause de ce que tu nous as dit que nous croyons maintenant, nous l’avons entendu par nous-mêmes, et nous savons que c’est vraiment le sauveur du monde». Ainsi,le dialogue que Jésus a initié, et dans lequel la Samaritaine a accepté d’entrer en confiance, a fait naître d’autres dialogues, tout aussi importants et fructueux. Le Carême nous offre à nous aussi bien des occasions de rencontrer Jésus dans la prière, dans les sacrements de la réconciliation et de l’eucharistie: ne négligeons pas de telles occasions, elles pourraient nous permettre de nous retrouver nous-mêmes en simplicité et vérité, de retrouver nos frères et de sans doute même de les aider à retrouver Jésus.

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