Homélie du 1 juin 2003 - 7e DP

Lève-toi ma bien-aimée, ma belle viens!

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Judas, le fils de perdition, était l’un des douze. Judas a trahi, Judas est parti, on en choisît un autre: Matthias (cf. Ac. 1, 20-26). Existe-t-il aujourd’hui parmi nos évêques des successeurs de Judas, comme il y a un successeur pour Pierre? La thèse est sans doute tentante…

Pourtant elle est fausse. Pour une raison toute simple: «Consacre-les dans ta Vérité», nous dit Jésus (Jn. 17, 17). Qu’est-ce qu’un apôtre? Qu’est-ce qu’un évêque? Qu’est ce qu’un prêtre? Qu’est-ce donc que Pierre? «Qu ‘est-ce donc que Paul? Des serviteurs par qui vous avez embrassé la Foi» (1 Cor. 3,5). Des prêtres ont planté, d’autres ont arrosé, «mais c’est Dieu qui donnait la croissance. Ainsi donc ni celui qui plante ni celui qui arrose n’est quelque chose, mais celui qui donne la croissance: Dieu.» (1 Cor.3, 7). Autre image: les prêtres sont des bâtisseurs ; «qu’ils bâtissent avec de l’or, de l’argent, des pierres précieuses, du bois, du foin, ou de la paille» (I Cor, 3, 12), peu importe. Ce qui compte c’est le fondement. «Que chacun prenne garde à la manière dont il bâtit. De fondement en effet, nul n’en peut poser d’autre que celui qui s’y trouve Jésus-Christ» (I Cor. 3, 10-11). Judas ne peut avoir de successeurs car en rejetant le fondement, Judas construisit sur du sable. L’apôtre ne peut se prêcher lui-même. Il cesserait d’être Apôtre. L’apôtre ne peut prêcher que la Vérité. Voilà pourquoi il est dit: «Consacre-les dans ta vérité» ou encore «Garde-les dans ton nom que tu m’as donné pour qu’ils soient un comme nous.» (Jn. 17,11).

La question n’est donc pas: existe-t-il aujourd’hui des successeurs de Judas? Mais: «Y aura-t-il encore des successeurs de Jacques, de Jean, de Pierre ou de Paul?». «J’ai gardé en ton nom ceux que tu as donnés», répond Jésus. «J’ai veillé et aucun d’eux ne s’est perdu.» (Jn. 17. 12). Notre Seigneur a veille sur eux. Il veillera encore sur nous. «Simon, Simon, Satan vous a réclamés pour vous cribler comme le froment mais moi j’ai prié pour toi afin que ta foi ne défaille pas.» (Le. 22, 31). II n’y a pas frères et sœurs de plus pure espérance. Et si notre vieille terre choit de son rang de fille aînée de l’Église, si les vocations sacerdotales et religieuses baissent de moitié, si nos écoles ne transmettent plus la foi à nos enfants, au ciel, un homme, Jésus «éternel grand prêtre» (Hb. 6, 20), prie inlassablement son Père, «de garder du mauvais» (Jn. 17, 15) sa bien-aimée. Et Il atteste ce que vit notre Église: «Je leur ai donné ta parole et le monde les a haïs, parce qu’ils ne sont pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde.» (Jn. 17, 14). Mais Jésus, «Dieu l’a ressuscité d’entre les morts» (Ac. 3, 15). Et «si Dieu l’a ressuscité des morts, il nous ressuscitera nous aussi» (I Cor-14), «en nous donnant un autre défenseur» (Jn. 14, 16): «l’Esprit Saint qui poursuit son œuvre en ceux résistent» (Eph, 2, 2). Mais, mon frère, au fond, la désires-tu vraiment cette Pentecôte?

J’entends déjà les persiflages du grincheux réaliste: «Cette espérance que vous prêchez est l’opium d’une chrétienté vieillie et fatiguée. Vous vous shootez à l’espérance pour oublier les vrais problèmes de la crise des vocations: les prêtres, dans les mariages, sont devenus des animateurs sympas de fêtes mondaines au catholicisme dégriffé. Ils ne confessent plus. La messe centre de leur vie, source et sommet de leur consécration, est désertée par une jeunesse qui n’y comprend plus rien. Les familles, très chrétiennes, préfèrent souvent voir leurs garçons en école de commerce plutôt qu’en séminaire. Les jeunes filles, bonnes catholiques respectent-elles vraiment le cœur du beau jeune homme désirant être prêtre? Les séminaires sont-ils si accueillants? Les jeunes hommes eux-mêmes savent-ils la grâce immense d’être appelé à devenir prêtre?» Notre grincheux n’a pas tort ; ses critiques sont justes, Mais elles ne seront pertinentes que si, et seulement si, elles sont traversées de part en part par «l’Espérance qui ne déçoit pas» (Rm. 5, 5). Car si Dieu ne peut ressusciter l’Église de ses cendres, si nous ne croyons plus que l’Esprit Saint agit au cœur de notre Église, autant demander à nos jeunes gens d’épouser une vielle femme ridée.

Non! Nous croyons en l’Église sainte et immaculée, fondée sur douze colonnes solides comme le roc et pures comme le cristal. Si nous sommes ici, c’est que nous désirons appartenir de plus en plus à cette bien-aimée, «belle entre toutes les femmes» (Cl. 5, 9). «Nous avons contemplé et nous attestons» (1 Jn. 4, 14) avec Jean: les «voici les noces de l’Agneau et son épouse pour lui s’est faite belle: on lui a donné de se vêtir de lin d’une blancheur éclatante.» (Ap. 19, 7-8). Si l’un ou l’une de vous, chers garçons et filles, entend l’appel du Seigneur à se donner totalement à lui pour l’aimer «d’un cœur sans partage» (I Cor. 7, 34 ) qu’il ne se laisse pas arrêter par le doute ou par la peur! Qu’il dise avec courage son oui sans réserve en se confiant à celui qui est fidèle à sa promesse: «Je vous enverrai l’Esprit de vérité (…) et votre joie sera parfaite.» (Jn. 16). Amen.