Homélie du 31 août 2003 - 22e DO

LOI: Interdire? Commander?Joie d’aimer vraiement!

par

fr. Bernard Autran

Après la Multiplication des Pains et le discours du Pain de Vie, nous reprenons, en St Marc, la suite des enseignements de Jésus. Aujourd’hui, Il nous éclaire sur la manière de nous comporter vis-à-vis de notre Père comme de nos frères. Adopter une attitude juste ne nous est pas spontané! Nous ne sommes pas, comme les animaux, simplement guidés par un instinct, nous avons besoin d’être guidés. C’est le rôle de la Loi. Certains égarés ont proclamé qu’il était interdit d’interdire. C’est vrai pour ceux qui ont profondément intégré la vraie Loi dans leur conscience. Mais ils ne peuvent le faire, cela ne leur est possible que si on les a d’abord éclairés, si, par de judicieuses interdictions on leur a marqué les limites, montré ce qu’on peut, ce qu’on doit faire.

Mais vis-à-vis de la Loi, on peut en rester à une première attitude, celle de ne s’y soumettre que par obligation sous la menace de sanctions. C’est évident, la société ne peut pas éviter d’user de ce genre de procédés envers ceux qui n’ont pas appris à agir par conscience. Mais cette manière de faire ne peut être qu’une étape. Elle correspond à l’ancienne Alliance, ou plutôt à la manière dégradée dont les hommes ont eu tendance à la concevoir. Si le Deutéronome admirait la Loi et les commandements qu’avait édictés le Seigneur, on avait ensuite multiplié les détails de prescriptions et d’interdictions pour maintenir le Peuple dans l’obéissance. Certains s’y soumettaient de tout cœur, mais grand était le danger de trouver une bonne conscience en n’observant que matériellement ce qui était prescrit sans en percevoir l’intention profonde.

Cela, Jésus le reprochait à des spécialistes de la religion juive, pharisiens et scribes. Ils trouvaient anormal que ses disciples s’affranchissent de certaines pratiques, comme de se laver les mains avant de manger. Certes, il est hygiénique de le faire, mais leur préoccupation était de les voir transgresser une obligation légale. Lui les ramène à l’essentiel: l’important n’est pas de se rassurer en se mettant « en règle » face à des détails d’un règlement, mais de viser ce que le Seigneur attend de nous, que notre cœur Lui soit ouvert, à Lui comme à nos frères. Au contraire, en se soumettant matériellement, sans amour, à bien des prescriptions, on peut ne penser qu’à soi. On considère alors le Seigneur comme un Maître auquel on se soumet au minimum pour ne pas encourir de châtiments ou en obtenir des avantages. Ainsi, Lui, qui est Bon, on Le craint au lieu de L’aimer!

À l’opposé, disciple de Jésus, St Jacques remet sur le chemin: il invite à se mettre à sa vraie place face au Père d’où viennent les Dons les meilleurs, les présents merveilleux. Non seulement Il nous a donné la Vie, mais Il a voulu faire de nous les premiers appelés de toutes ses créatures. Le tout premier pas pour se mettre dans une attitude vraie face à Lui est de se reconnaître débiteurs: nous recevons tout de Son Amour. Cela, Jacques l’a appris de Son Maître qui nous entraine après lui à vivre son immense Réponse d’Amour. C’est alors que nous vie prend une dimension inouïe: La Splendeur dont Le Père veut nous revêtir n’est pas moindre que le reflet de ce que vit Son Fils qui, de toute éternité Lui retourne en un Feu ardent tout ce qu’Il en reçoit!

Tel est le vrai sens de la Loi: non pas un carcan dans lequel Dieu voudrait nous enfermer pour nous soumettre par volonté de puissance, mais le guide qui nous ouvre à la vraie liberté, au choix peut-être difficile de ce qui nous fait devenir le vrai nous-mêmes: des Fils qui répondent à Son Amour à la suite de L’Unique! On se soumet alors à certaines règles extérieures, des actes de religion, mais le cœur en est la Prière personnelle et en Église, le profond engagement de notre amour reconnaissant. Cela on ne peut le faire qu’en gardant les yeux fixés sur Notre Maître: Lui n’a pas revendiqué le rang qui L’égalait à Dieu, mais S’est fait L’Un d’entre nous, n’a jamais cherché son avantage, S’est donné jusqu’à la mort, et sur une croix! Et c’est jusque là qu’Il a répercuté sur nous, ses frères, l’immense Don d’Amour du Père: Il n’a pas cherché à nous soumettre par peur de châtiments, mais Il avait annoncé qu’élevé de terre, Il attirerait tout à Lui. Il a montré qu’Il enveloppait de Son Amour même ceux qui Le tourmentaient et les frères de Son Peuple qui avaient demandé sa mort: « Père, pardonne-leur! »

C’est Lui qui nous inspire. Quand, après Lui et à travers Son Exemple, nous découvrons à quel point nous sommes aimés, la Loi nous aide à faire les bons choix. Ne la mettons pas en pratique servilement pour « être en règle », tirer notre épingle du jeu! Alors elle nous devient un instinct supérieur, celui de la Nouvelle Naissance selon l’Esprit. Ainsi aimés, L’Esprit nous attache au Seigneur, éveille à l’amour, la reconnaissance. C’est l’essentiel de notre vie d’Enfants de Dieu, la Splendeur dont Il nous revêt! C’est, invisible, tout le prix de notre vie, ce qui nous réjouira avec nos frères quand la Grande Lumière en révèlera l’immensité!

Ce qui est visible, notre manière de nous comporter avec nos frères n’en est que la conséquence. Transfigurés au plus profond, spontanément, comme par ce nouvel instinct, nous mettons en pratique les conseils de St Jacques: «venir en aide aux orphelins et aux veuves». En cette ouverture de cœur et d’action Celui qui S’est donné jusqu’à la Mort nous entraine à nous donner en un ardent service de nos frères. Même nos ennemis, en les combattant si c’est nécessaire, Il nous donne la force de les respecter, les aimer. Ce chemin difficile nous ne le parcourrons pas sans efforts ni luttes, comme Il l’a fait Lui même. Mais quand il nous est ainsi donné de marcher à Sa Suite, Sa Loi n’est pas carcan, mais Liberté: «Aime et fais ce que tu veux!» Cette voie est étroite, mais quand on a l’amour au cœur, elle s’élargit: c’est déjà notre Joie! Elle nous inondera un jour!