Homélie du 13 mars 2022 - 2e dimanche de Carême

L’onction du Père

par

fr. Édouard Divry

« De la nuée, lors de la Transfiguration du Christ, une voix se fit entendre : “Celui-ci est mon Fils, celui que j’ai choisi : écoutez-le !” » Celui qui est oint est le Fils, « Celui qui oint est le Père, l’Onction est le Saint-Esprit » (Grégoire de Nysse, Contre Apollinaire, 52 ; PG 45, col. 1251 A).

Deux fois la même voix, celle du Père, enjoint le précepte : écoutez-le. Elle se fait entendre, dans l’évangile de saint Luc, au baptême que confère saint Jean-Baptiste à Jésus ; et à la Transfiguration. Saint Jean ajoute aussi, peu avant la Passion, qu’à la suite de la rencontre de Jésus avec des Grecs, le Christ s’exclame : « “Père, glorifie ton nom !” Du ciel vint alors une voix : “Je l’ai glorifié et de nouveau je le glorifierai.” La foule qui se tenait là et qui avait entendu, disait qu’il y avait eu un coup de tonnerre ; d’autres disaient : “Un ange lui a parlé.” » (Jn 12, 28-29). Le Père annonce donc trois fois, par une intervention spéciale, par une « voix du Ciel (בַּת קוֹל) », son amour de prédilection pour son Fils, et aussi sa victoire en une forme de confirmation vitale que Jésus sera glorifié. Il faut considérer aujourd’hui cette confirmation du Christ en Guide des hommes lui qui dispense à tous une justesse supérieure, une orthodoxie morale et doctrinale confirmée par la recommandation : « Écoutez-le. »

Ces manifestations du Ciel sont exceptionnelles. On les appelle des théophanies. Elles manifestent à chaque fois une des étapes de l’Alliance de Dieu avec les hommes sauvés. Déjà dans l’Ancien Testament, la première lecture en évoque une importante : « Au coucher du soleil, un sommeil mystérieux tomba sur Abram, une sombre et profonde frayeur tomba sur lui. Après le coucher du soleil, il y eut des ténèbres épaisses. Alors un brasier fumant et une torche enflammée passèrent entre les morceaux d’animaux » (Gn 15).

À notre intention toute particulière, il nous est rappelé dans la deuxième lecture cette promesse individuelle que « le sauveur, le Seigneur Jésus Christ, transformera nos pauvres corps à l’image de son corps glorieux » (Ph 3, 21). Ce sera une onction de gloire qui revêtira nos corps ressuscités.

Jésus est l’Onction du Père, c’est ce que signifie son nom Christ, l’Oint, lui qui distribue l’onction « à qui il veut » (Jn 5, 21) et forme un peuple saint. « Ce Peuple a pour Chef [la Tête] Jésus le Christ [l’Oint, le Messie] : parce que la même Onction, l’Esprit Saint, découle de la Tête dans le Corps, il est “le Peuple messianique” » (CEC, nº 782). Onction est un qualificatif « sacré et royal » (Grégoire de Nazianze, Oratio 40, 4), c’est le sceau du Père.

Et Jésus, en modèle parfait, a voulu ouvrir pour nous le chemin à suivre marqué par différentes onctions célestes, données gratuitement. Il est lui-même passé du baptême à la Transfiguration pour nous indiquer les deux premiers sacrements de l’initiation à recevoir : le baptême par infusion d’eau qui nous plonge dans sa mort et sa résurrection, puis la confirmation qui nous oint d’une chrismation plus ample. La Transfiguration est au baptême de Jésus ce que notre confirmation est à notre baptême.

Lors du récit de l’évangile de ce jour, saint Luc note en outre que Moïse et Élie discourent avec Jésus à propos de son « exode », son départ, c’est-à-dire sa Passion. Ces souffrances, Jésus va les surmonter par sa Résurrection ainsi que la liturgie nous le fait vivre la Semaine Sainte au terme de ce carême. Si ces voix du Père rassurent Jésus en son humanité avant l’épreuve de sa Passion, le Christ a institué par son Église le sacrement des malades pour nous aider à assumer l’épreuve, parfois celle que constitue un drame physique, celle de toutes nos maladies. Ces épreuves peuvent devenir un sacrifice de bonne odeur agréable à Dieu par l’amour offert qui s’y exprime. Une onction nous aide, dans le sacrement des malades, à opérer cette transformation impossible humainement.

À l’adresse de ceux qui seront sauvés, d’autres onctions sont encore proposées par la Sainte Église de Dieu qui rappellent notre appartenance au Christ. Elles seront rappelées pendant la messe chrismale qui se situe chaque année à la cathédrale lors de la Semaine Sainte. Nous y sommes tous invités. Notre nouvel évêque, Mgr Guy de Kérimel, consacrera 1º l’huile des catéchumènes pour ceux qui se préparent au baptême ; 2º l’huile des malades pour ceux qui souffrent d’une maladie corporelle ou psychique, ceci à l’intention de fidèles dûment préparés ; et 3º le Saint-Chrême pour les confirmations et pour l’ordination des évêques, des prêtres… Toutes indiquent l’action de l’Esprit Saint que le Christ nous donne par ces onctions : « Tous les fidèles ont part à la compréhension et à la transmission de la vérité révélée. Ils ont reçu l’onction de l’Esprit Saint qui les instruit (cf. 1 Jn 2, 20.27) et les conduit vers la vérité tout entière (cf. Jn 16, 13) » (CEC, nº 91). L’Esprit de vérité mène à l’union avec Dieu, c’est le but ultime de l’Incarnation, la déification de l’homme. Demandons donc pour chacun d’avancer sur ce chemin de sainteté avec plus de foi lors de ce carême.

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