Homélie du 1 janvier 2024 - Solennité de sainte Marie, Mère de Dieu

Marie, Mère de Dieu

par

fr. Pierre Zgirski

Bien avant les douze coups de minuit, « le monde » rendait un dernier hommage — assez tonitruant — à feu l’année 2023 qui s’est éteinte en son 365e jour. Et, sans perdre un instant, il célébrait l’avènement d’une nouvelle année avec cotillons et ripailles — et parfois hystéries collectives, manifestant ainsi tous les espoirs que cristallise tout commencement. Au même moment, au cœur de cette agitation nocturne, comme tant d’autres à travers le monde, des hommes et des femmes ont uni leur voix, les mêlant au chœur des anges, pour louer la Mère de Dieu, Marie, et pour intercéder en faveur de l’humanité tout entière auprès de Notre Seigneur Jésus.

Et aujourd’hui, dans cette église, en ce 1er janvier qui clôt l’octave de Noël, au plein milieu du jour, nous célébrons la maternité divine de Marie. Marie – Théotokos, Mère de Dieu. Nous honorons par ce titre celle qui a conçu, porté et mis au monde le Soleil de Justice. Oui, si Dieu est avec nous, c’est parce que Marie a dit oui à la Vie — avec un grand V — cette Vie qui, sous les traits d’un nouveau-né, venait se manifester au monde.

Comme tant d’autres femmes, Marie a accueilli cette vie naissante pour ce qu’elle est : un don de Dieu. Mais comme aucune autre, elle seule a façonné en son sein, par la puissance de l’Esprit, un petit d’homme qui est Dieu en personne. Oui, dans le sein de Marie, le don de la vie c’est Dieu en la Personne même du Fils !
Alors oui, Marie, la nouvelle Ève est bien la mère du Vivant comme la première Ève était et demeure la mère des vivants. Comme mère du Vivant, mère de l’Emmanuel (Dieu avec nous), elle méritait bien d’être célébrée au seuil d’une nouvelle année. Car, avec Dieu, on ne va jamais de recommencement en recommencement mais toujours de commencement en commencement. Oui, à la plénitude des temps, Dieu n’a pas recréé le monde mais il a fait une création nouvelle, en Jésus par Marie sa Mère.

Être parent, c’est donner son humanité à un enfant à naître. Sauf que pour Marie, elle seule a donné toute son humanité à Dieu le Fils. Oui, à l’instant même où le Verbe s’est fait chair en Marie, il a assumé cette nature humaine reçue de Marie. Alors oui, Marie est bien Mère du Verbe et puisque le Verbe est Dieu, Marie est bien Mère de Dieu le Fils, deuxième personne de la Trinité.
Et ce qui est magnifique, inouïe, c’est que Marie — avec ce titre de Mère de Dieu qui n’a rien d’honorifique, puisqu’il la rend « bienheureuse » — a été appelée à devenir aussi mère de tous les hommes par la volonté de son Fils.
Heureux sommes-nous d’avoir Marie, Mère de Dieu, pour mère car désormais « prendre Marie chez soi » c’est pour chacun de nous avoir un accès assuré et spécifique à l’intimité de Dieu. En effet, accueillir la maternité divine de Marie c’est recevoir l’Emmanuel chez soi et rien de moins.

Mais ne nous leurrons pas ! Honorer la Vierge Marie du titre de Mère de Dieu en raison de sa maternité divine ce n’est pas croire en une « quaternité » ; non, Marie n’est ni une déesse, ni la parèdre de Dieu ! Cette qualité de mère de Dieu ne la hisse pas au rang de quatrième personne divine. Marie reste des nôtres, une créature, de la race d’Adam. C’est ainsi qu’elle nous demeure proche et accessible !
Oui, Mère de Dieu est assurément un titre éminemment supérieur à celui de Reine des Anges. Et Dieu est allé jusque-là dans son amour pour nous, il s’est donné pour mère une créature semblable à nous.

Mais être mère, c’est plus que donner la vie, c’est l’accompagner, la soutenir, la faire grandir. C’est conserver une proximité qui demeure même lorsque l’enfant devient adulte. Marie a été aussi cette mère : à la croix, elle a continué d’enfanter son Fils. Oui, elle était bien là, à la croix, plus intimement liée à lui qu’une mère ne l’est à son nourrisson.
Si la lance a percé le cœur de Jésus, elle a atteint immanquablement celui de Marie.
Oui, son Fiat donné à l’annonciation ira jusqu’à cette extrémité-là : celle de cette lance ouvrant une béance dans le cœur de Jésus, laquelle demeurera à jamais.

Aujourd’hui, ça sent bon les chocolats et les « étrennes du cœur » largement dispensés : nous échangeons des vœux entre nous. Mais nous ne sommes pas uniquement entre nous, l’Emmanuel – Dieu avec nous est là et bien là, blotti dans les bras de Marie, sa Mère. Il nous invite aussi à étrenner cette année en réitérant notre vœu à son égard. Sera-t-il un fiat semblable à celui de Marie ?
Le premier acte de Marie a été un « oui » définitif donné à Dieu : « Je suis la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon ta parole » (Lc 1, 38).

Par l’incarnation, Jésus-Christ a fait de nous ses frères, mais, nous-mêmes, sommes-nous frères du Seigneur Jésus : uniquement lorsqu’il est là à babiller dans une crèche ? ou bien le sommes-nous toujours même lorsqu’il pend sur le bois de la Croix ?
Le Père attend notre libre réponse ; serons-nous assez confiants et abandonnés pour lui donner un OUI à l’image de celui de la Mère de Dieu, Marie, mère de Jésus, mère des hommes ?

Puisse cette année — qui demeure toujours une année de grâce à saisir — être l’année d’un consentement de plus en plus profond au dessein d’amour de notre Dieu, à l’imitation de la Vierge Marie : oui Marie, Mère de Dieu et notre Mère à jamais selon la volonté de son Fils soutiens-nous dans notre Fiat !

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