Homélie du 21 août 2005 - 20e DO

MESSIE, FILS de DIEU vivant! Sur toi, Pierre, Je bâtirai mon Église!

par

fr. Bernard Autran

«  Tu es Le Messie, le Fils du Dieu vivant ! » Après la multiplication des Pains et anticipant la Transfiguration, la proclamation de Pierre est le grand tournant du ministère de Jésus. Au signe des Pains, les gens ont flairé qu’Il pourrait être le Messie attendu. Mais, selon St Jean, Jésus avait déjà fait comprendre à Nicodème qu’entrer dans son monde demandait une « nouvelle naissance« . Le Fils de l’Homme ne serait glorifié qu’au prix d’une mystérieuse « élévation« ! Alors Il avait dû disperser la foule, car, si elle regardait vers l’avenir avec la venue du Messie, elle ne l’imaginait que sous les traits du passé, une délivrance belliqueuse.

Quand, à sa demande, les disciples énoncent les opinions que les hommes peuvent exprimer à son sujet, toujours les idées anciennes refont surface. Il serait Jean Baptiste, Élie, Jérémie ou l’un des prophètes ressuscité! Ils admiraient ces hommes que Le Seigneur avait suscités pour appeler le Peuple à retrouver la fidélité envers Lui. Mais ils ne pouvaient pas soupçonner la radicale nouveauté de Celui qui n’allait pas être simplement un Maître, un chef que l’on suivrait, mais combien plus!

Quand Jésus pose la question aux siens: «  Pour vous, qui suis-Je?  » la nouveauté affleure dans la réponse de Pierre qui L’affirme « Christ« . À première vue, il ne semble que reprendre la formulation de la grande espérance d’Israël, mais c’en est maintenant la pleine réalisation. La réaction de Jésus souligne qu’une étape fondamentale a été franchie. «  Heureux es-tu, Simon, fils de Yonas, ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais Mon Père qui est aux cieux!  » La chair et le sang signifient ce qui est naturel à l’homme, redire ce qui est de son expérience. Au contraire, ce que Le Père révèle est tout nouveau.

Que Jésus soit Le Messie, terme hébreu, ce que nous traduisons par le mot grec de « Christ », signifie qu’Il est L’Envoyé du Père: Il a reçu l’Onction non d’huile, mais du Saint Esprit pour être l’Unique axe de sa grande œuvre, le rassemblement des hommes devenus ses Enfants, frères de Son Fils Unique, appelés à partager Sa Joie dans sa Maison. Ce sera désormais la Foi de l’Église. Et celui qui l’a proclamé va être investi d’une mission hors pair: Jeu de mots qui n’existe qu’en araméen et en Français, son nom de « Pierre » le désignera comme la pierre, le roc sur lequel sera édifiée l’Église. Et Jésus le confirme en lui donnant le pouvoir des « clefs » du Royaume des Cieux: c’est seulement en se mettant à sa suite qu’on peut y accéder.

La fin de notre évangile d’aujourd’hui nous oblige à relativiser la conscience qu’il pouvait alors avoir du contenu réel de ce qu’il affirmait. Jésus est aussitôt obligé d’interdire aux disciples de dire qu’Il était Le Messie. Pourquoi? Ce qui nous sera lu dimanche prochain le montrera: Il devra monter à Jérusalem pour y souffrir et mourir! On ne pourra Le proclamer Christ qu’après Sa Passion et sa Résurrection. Alors seulement Pierre aura vraiment compris quel Messie Il était venu être! Ouverts avec lui par l’Esprit de la Pentecôte à la vraie dimension de leur Maître, les Apôtres vont assembler bien des hommes autour de Lui. Ils vont fonder et développer Son Église, et Pierre sera amené d’abord seul, puis avec eux à prendre les décisions qui en feront autre chose qu’une secte juive: ils admettront des païens, puis les dispenseront des obligations de la Loi juive.

Ainsi, uni aux autres Apôtres, Jésus a-t-Il fait de Pierre le Roc sur lequel serait bâti Son Église. Lui Se réservait le rôle plus fondamental. Le long travail, Il leur a confié, Lui ne passant que brièvement pour annoncer la Parole. Pour Lui, l’important était de manifester l’Amour du Père par le Don de Lui-même jusqu’à la Croix, et surtout en donner le sens par l’Eucharistie. Il ne venait pas être le fondateur d’une nouvelle religion, mais en celle dont Il venait charger les siens, de devenir pour tous ceux qui croiraient en Lui, la Nourriture de la Vie Nouvelle, reflet de Son Don ardent en réponse à l’Amour du Père. Peut-être bien lourd, Immense est l’Honneur qu’Il leur fait de constituer Son Église. Il leur confie l’éminent service de la grande réalité, l’ouverture à la vie transfigurée pour ceux qui, personnellement et profondément unis en Lui, devenus Enfants de Dieu, apprendront ensemble à vivre un reflet de sa brûlante réponse d’Amour de Fils Unique!

Depuis bien des dimanches, avec l’Épître de Saint Paul aux Romains nous avons médité combien nous sommes par nous-mêmes incapables de nous ouvrir à cette merveille. Pécheurs nous étions, comme par nature, séparés de notre Dieu et opposés les uns aux autres. Mais par le Don de Son Fils, dans Son Amour, Le Père nous a puisés de notre abîme! Avec l’aide de l’Esprit, apprenons à pénétrer cette immense réalité de la Foi: nous émerveiller de la richesse, la sagesse et la science de Dieu. Et, s’Il a confié une mission fondamentale à Pierre, puis aux autres Apôtres et à bien des ministres, personne d’entre nous n’est sans mission vis-à-vis de ses frères. Communiant au Christ en Sa Parole, Son Corps livré, Son Sang répandu mais ressuscité, demandons, vivant de Lui, de répondre au Père, de partager ardemment avec tous ce qui fait notre joie!