Homélie du 25 septembre 2005 - 26e DO

Mon enfant, va travailler aujourd’hui à ma vigne!

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En ce dimanche de notre rentrée paroissiale, le Seigneur nous invite à nous mettre au travail. Il nous demande d’aller travailler sa vigne, c’est-à-dire son Royaume pour lequel il embauche à toute heure.

Selon la parabole que nous venons d’entendre, il y aurait deux réponses: dire «non» puis se repentir et y aller; dire «oui» mais ne rien faire.

À qui Jésus raconte-t-il cette histoire? D’abord au peuple d’Israël. Il lui dit: Toi, Peuple d’Israël, tu avais dit «oui» à Dieu, lorsqu’il t’a appelé, quand tu étais jeune; mais maintenant face au Messie, tu ne veux plus suivre. Mais attention, Il y a les autres: les païens, les grands pécheurs, les voleurs, tous ceux qui se moquaient bien de Dieu. Car si ceux-là entendent et se convertissent, ils vous précéderont dans le Royaume de Dieu! Jésus ne veut pas faire ici l’apologie du vol et de la prostitution mais bien celle de la conversion.

Car si pour Jésus il y avait deux réponses, pour nous, rien n’est jamais si absolu: il est aussi possible de dire «non» et de ne pas y aller! C’est hélas une réponse courante autour de nous; ou de dire «oui» et d’y aller! Et c’est certainement ce que nous essayons de faire, nous tous, même s’il reste beaucoup d’imperfections! Alors le message prend une autre tonalité Il n’y a pas les bons et les méchants. Il y a en nous du bon et du méchant, du oui et du non. Il y a du «oui» mauvais, oui pour avoir le paix, et du «oui» courageux et confiant. Il y a du «non» mauvais, du «non» qui s’entête et du «non» qui se repent.

Mais le plus important encore me semble être la patience du maître de la vigne: il appelle, il respecte la réponse, il attend.

Aussi ce message est-il pour nous source de courage. Qui que nous soyons, si pécheur, voleur, débauché puissions-nous être, nous sommes appelés à travailler au Royaume de Dieu, nous avons un rôle à jouer, notre réponse est attendue, elle compte. «Mon enfant va travailler aujourd’hui à ma vigne!» N’est-ce pas d’abord un appel à se convertir encore et toujours?

La vigne c’est le Christ. «Va travailler à la vigne», c’est cultiver notre appartenance au Christ, c’est renouveler notre confiance, entretenir avec Jésus cette intime relation de dialogue et d’amour qu’on appelle la prière.

Travailler à la vigne c’est d’abord cela: installer à nouveau le Royaume de Dieu en nos cœurs, nous livrer au Christ pour qu’il dirige nos vies, lui laisser la commande de nos existences car il sait, lui, où il nous mène.

Mais la vigne c’est aussi l’église, et pour nous, précisément, cette communauté paroissiale, cellule vivante de notre église catholique. À cette vigne-là nous sommes aussi envoyés travailler car aucune communauté n’existe toute faite. Elle n’existe que du fait de notre présence et de notre vouloir. Travailler à cette vigne, c’est renouveler les liens de charité qui nous unissent.

Saint Paul vient de nous le dire: «Recherchez l’unité, ne faites rien par esprit d’intrigue ou de vaine gloire, estimez en toute humilité que les autres vous sont supérieurs. Ayez entre-vous les sentiments qui furent ceux du Christ Jésus».

Cette attitude intérieure nous pousse alors à prendre en charge cette communauté, car chacun a un rôle à jouer, une place à prendre selon les dons que l’Esprit lui a donnés. Jeunes ou plus âgés, parents et enfants, scouts et guides, en couples ou célibataires, retraités ou en activité: comment faisons-nous fructifier les dons que nous avons reçus? L’un peut enseigner et l’autre offrir ses bras, l’un peut chanter et l’autre fleurir notre liturgie, l’un tient les comptes et l’autre visite les malades. Le but de cette prise en charge n’est pas de faire réussir une entreprise mais de faire exister dans le monde cette mystérieuse présence du Christ qui est l’Église.

Car l’Église est en ce monde, de ce que Jésus fut en son temps: présence de Dieu, réelle quoi que cachée.

«Mon enfant va travailler aujourd’hui à ma vigne», c’est donc une invitation à être témoins. Une invitation à ne pas garder pour soi cette si grande chose que nous avons reçue gratuitement: tout homme est appelé à la vie éternelle, Dieu est venu nous chercher et nous convier à partager sa vie. Travailler à la vigne, c’est prendre son courage à deux mains et inviter les gens à se convertir. On comprend que nous ayons des «oui» et des «non» et toutes les nuances de l’hésitation.

En ce dimanche de rentrée paroissiale, entendons le maître de la vigne nous dire: «Mon enfant, va travailler aujourd’hui à ma vigne!» Prenons cet appel comme un appel qui nous est personnellement adressé et auquel nous devons répondre.

Si nous le recevons avec la spontanéité du voleur converti, du débauché qui se repent alors nous sommes sauvés.

Plus que jamais, aujourd’hui, nous devons demander au Seigneur de nous envoyer son Esprit pour que nous prenions, ici-bas, notre place.

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