Homélie du 24 décembre 2003 - Nuit de Noël

«N’ayez pas peur!»

par

fr. Loïc-Marie Le Bot

N’ayez pas peur, voici les paroles de l’ange aux bergers qui dans la nuit gardaient leur troupeaux… N’ayez pas peur… Il est vrai que ce n’est pas tous les jours que l’Ange du Seigneur vient vous rendre visite au milieu de la nuit et qu’on peut-être effrayé à juste titre par sa venue! Aussi devant le trouble qui s’empare d’eux l’ange se veut d’autant plus rassurant. Pendant le temps de l’Avent nous avons pu remarquer que l’imminence de l’arrivée du Sauveur multiplie les interventions des Anges de Dieu, et à chaque fois , ils se veulent rassurants!

«N’aie pas peur Zacharie ta supplication a été exaucée ta femme Élisabeth enfantera un fils et tu l’appelleras Jean!»,

«N’aie pas peur Marie car tu as trouvé grâce auprès de Dieu»,

«N’aie pas peur Joseph, fils de David de prendre chez toi Marie ton épouse ce qui a été engendré en elle vient de l’Esprit-Saint».

Mais si l’ange prend bien soin de ne pas effrayer les bergers c’est qu’il y a en l’homme et depuis longtemps une peur de Dieu et de ses messagers! Depuis l’aube des temps, dans le jardin d’Éden où Adam et Ève nos premiers parents désobéirent à Dieu, les relations de l’homme avec Dieu sont marquées par la peur! «Adam où es-tu?» [dit Dieu] «J’ai entendu ton pas dans le jardin répondit l’homme j’ai eu peur et je me suis caché.» (Gn 3, 10). Dieu va chercher Adam dans la cachette où la crainte le terre. Dieu fait toujours ainsi il va chercher l’homme.

Pourquoi les hommes ont-ils peur de Dieu? Pourquoi ont-ils peur de ses messagers? Nous avons peur de Dieu, parce que nous ne voyons en lui que notre juge… le terrible juge impitoyable. Et sous son regard nous nous sentons toujours plus ou moins coupables de quelque chose. Comme Simon dit à Jésus : «Éloigne toi de moi Seigneur car je suis un homme pécheur!»

On peut aussi avoir peur de Dieu parce qu’il nous demande des choses difficiles à faire, voire impossibles: c’est la peur du jeune homme riche: «Va vends ce que tu as et puis viens suis-moi!»… Il s’en alla tout triste. Dans la parabole des talents, le malheureux à qui on n’a remis qu’un seul talent et qui l’a enfoui sous terre le restitue à son propriétaire en se justifiant: «car j’avais peur de toi, qui es un homme dur.»

Mais plus profondément, on peut être saisi d’effroi devant la grandeur de Dieu et l’immensité des dons qu’il veut nous faire: c’est la crainte de Marie à l’Annonciation, c’est aussi la peur du matin de la Résurrection: l’ange dit aux femmes: n’ayez pas peur, il est Ressuscité!

Le Seigneur ne se résout pas à nous laisser dans cet état de peur et méfiance vis-à-vis de lui. Il prend l’initiative, il prend des initiatives. Et que dit le Seigneur par ces prophètes et par ses anges, n’ayez pas peur! Mais cela suffit-il? Comme nous sommes incapables de quitter ce territoire de la peur, Dieu fait tout le chemin pour nous rencontrer. Il va s’incarner.

Dieu vient nous rencontrer dans la chair. Dieu s’est incarné et est né dans une crèche! Dieu prend le chemin qui est le meilleur pour nous introduire dans son Mystère.

Le Christ Seigneur, le Sauveur, le Fils de Dieu est un petit enfant qui vient de naître.

Qui aurait peur d’un nouveau né? Pour désamorcer notre peur, Dieu se fait homme et accepte d’être petit enfant.

Qui aurait peur de son regard, ouvre-t-il seulement le yeux celui dont un coup d’œil suffit à sonder les cœurs et embrasse tout l’univers!

Qui aurait peur de son jugement, pourrait-il seulement articuler quelques « areu » celui qui est la Parole faite chair!

Qui aurait peur de sa puissance, lui qui ne peut qu’attendre notre bienveillance, lui qui soutient toute chose!

Le nouveau-né n’inspire pas la peur, mais au contraire, il appelle la protection de ses parents et de son entourage. Sa fragilité appelle notre amour.

Vous voulez voir Dieu avec nous, n’ayez pas peur de vous approcher de l’enfant de la crèche. Mais de quoi pourrions-nous avoir peur devant ce signe d’un nouveau-né enveloppé de langes et couché dans une crèche.

Frères et sœurs, ce soir nous sommes appelés à vivre cette même expérience qu’ont vécue Marie, Joseph et les bergers, adorer le fils de Dieu venu dans la chair. Nous sommes convoqués au beau milieu de la nuit, à braver notre peur du froid et des ténèbres.

Regardez l’Enfant Dieu qui désarme nos peurs. Voyez le Tout-Puissant se faire le plus petit d’entre les hommes Contemplez l’Enfant Sauveur qui nous donnera le salut par sa Croix, sa mort et sa Résurrection.

Mais nous, aujourd’hui, nous ne pouvons plus voir comme Marie Joseph et les bergers le nouveau-né Fils de Dieu et Fils de l’homme dormir dans une mangeoire. Nous pouvons regarder des personnages plâtres! Où poser notre regard pour voir le Fils de Dieu?

Le Seigneur Jésus nous a laissé en montant vers le Père, l’assurance qu’il était avec nous tous les jours : d’abord dans son Église et dans ses sacrements en particulier l’Eucharistie, et dans nos frères: «En vérité, en vérité je vous le dis tout ce que vous avez fait à l’un de ces petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait!» (Mt, 25, 40). Oui ce Soir encore, le Seigneur vient, ce soir encore, il se donne à adorer.

Le Seigneur vient ce soir prendre aussi chair en nous. Dieu nous demande de l’accueillir et de le laisser grandir en nous.

«N’ayez pas peur ! ouvrez, ouvrez toutes grandes les portes au Christ!» (Jean-Paul II discours d’intronisation le 22 octobre 1978). Amen!