Homélie du 24 septembre 2006 - 25e DO

Notre grandeur, c’est le Christ

par

fr. Olivier de Saint Martin

Alors, qui est le plus grand? Qui n’a jamais eu soif de reconnaissance, soif de se sentir aimé, soif d’attention? Remarquez bien que cela n’est pas un mal en soi. Il est légitime de désirer être aimé, d’être grand. Là où ça se gâte, c’est lorsque nous osons regarder en face notre désir de grandeur. De quoi s’agit-il? De notoriété? De grandeur intellectuelle? Que sais-je… Tout cela ce ne sont que des amuses gueules de grandeur, c’est une recherche de la gloire qui vient des hommes et qui risque de produire la jalousie, la discorde, les conflits dont parle S. Jacques dans son épître. Et ce n’est pas l’expression de notre véritable désir de grandeur qui est profondément le désir d’être en Dieu. En fait, notre véritable grandeur, c’est Dieu lui-même. C’est lui qui est la fin de toute vie. Mais cette hauteur là est trop grande, trop exigeante, pour nos forces et c’est pour cela que nous préférons en rester à la surface de nous-mêmes. Oh, nous ne tournons pas franchement le dos, mais nous tergiversons, nous composons avec l’exigence de l’amour divin pour qu’il soit moins radical, plus facile à vivre. C’est aussi pour cela que Dieu a envoyé son Fils: afin que nous soyons divinisés. Jésus est l’échelle entre le Ciel et la terre, il est la grandeur de l’homme parfait, de l’homme en communion avec Dieu.

Et voilà le paradoxe chrétien. Jésus n’a pas retenu le rang qui l’égalait à Dieu, mais au contraire, il a pris notre condition. Il s’est abaissé, et Dieu l’a exalté. Le plus parfait des enfants des hommes nous montre la voie qui est celle de l’abaissement. Et il le refait symboliquement en s’asseyant, en se mettant à la hauteur d’un enfant. Il s’abaisse pour nous rappeler que l’amour se fait toujours plus petit que l’autre pour dévoiler sa beauté, pour montrer qu’il est vivant. Le Christ nous a montré la grandeur de l’homme et nous a tracé le chemin. Et, symboliquement, nous le revivons chaque soir, en votre nom à tous, au cours de l’office de Vêpres lorsque, à partir de la lampe du tabernacle, nous propageons la lumière du Christ. Par elle, les icônes vivent, les saints sont illuminés et vivent. C’est notre vocation: porter la lumière du Christ auprès de nos frères et sœurs pour qu’ils soient beaux, illuminés. Pour qu’ils soient vivants.

Mais, malheureusement, nous fermons sans cesse nos portes; nous nous claquemurons pour ne pas être dérangés par les autres et par Dieu. C’est pourquoi la première des prières, c’est de supplier le Seigneur de venir franchir la porte de notre cœur. Cette prière l’Esprit Saint ne cesse de la répéter en nous, pour peu que nous y soyons attentifs: Abba! Papa! L’Esprit d’amour, pour peu que nous l’acceptions, vient détruire le surhomme de la tour de Babel pour que naisse l’homme nouveau. Cela est possible parce que, Jésus le dit, le Fils de l’homme est livré. Le cœur ouvert de Jésus, l’amour qui s’est livré, est la porte à travers laquelle la grâce du pardon entre dans notre cœur pour le recréer. C’est cette grâce qui édifie l’homme nouveau qui est à la grandeur de Dieu. Pour que cela soit, Jésus nous demande de redevenir des enfants. Car l’enfant n’a qu’un désir de grandeur: devenir comme papa ou comme maman. Redevenir un enfant, c’est vouloir être comme le Père du Ciel, malgré notre impuissance. C’est au moment de communier, et plusieurs fois dans la journée, retrouver cette voie de l’enfance qu’a explorée sainte Thérèse de l’Enfant Jésus. C’est faire nôtre son acte d’offrande…

Ô mon Dieu, Trinité bienheureuse, je désire vous aimer et vous faire aimer, je désire accomplir parfaitement votre volonté et arriver au degré de gloire que vous m’avez préparé dans votre royaume ; en un mot, je désire être sainte, mais je sens mon impuissance, et je vous demande, ô mon Dieu, d’être vous-même ma sainteté. Votre divin Fils, mon Époux bien-aimé, aux jours de la vie mortelle, nous a dit : «Tout ce que vous demanderez à mon Père en mon nom, il vous le donnera». Je suis donc certaine que vous exaucerez mes désirs… Je le sais, ô mon Dieu, plus vous voulez donner, plus vous faites désirer. Je sens en mon cœur des désirs immenses, et c’est avec confiance que je vous demande de venir prendre possession de mon âme. Ah ! je ne puis recevoir la sainte communion aussi souvent que je le désire mais, Seigneur, n’êtes-vous pas Tout-Puissant ? Restez en moi comme au Tabernacle, ne vous éloignez jamais de votre petite hostie. Je voudrais vous consoler de l’ingratitude des méchants, et je vous supplie de m’ôter la liberté de vous déplaire. Si par faiblesse je tombe quelquefois, qu’aussitôt votre divin regard purifie mon âme, consumant toutes mes imperfections, comme le feu qui transforme toute chose en lui-même.

Au soir de cette vie, je paraîtrai devant vous les mains vides car je ne vous demande pas, Seigneur, de compter mes œuvres… Toutes nos justices ont des taches à vos yeux ! Je veux donc me revêtir de votre propre Justice, et recevoir de votre amour la possession éternelle de vous-même. Je ne veux point d’autre trône et d’autre couronne que vous, ô mon Bien-Aimé. Je veux, ô mon Bien-Aimé, à chaque battement de mon cœur, vous renouveler cette offrande un nombre infini de fois, jusqu’à ce que, les ombres s’étant évanouies, je puisse vous redire mon amour dans un face à face éternel!

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