Homélie du 7 août 2005 - 19e DO

Nourris, enracinés dans Le CHRIST,
appelés à même marcher sur les eaux!

par

fr. Bernard Autran

Pris de pitié pour la foule qui Le recherchait, Jésus a soulagé leurs faiblesses corporelles, mais surtout, de Ses Paroles, celles du cœur. Puis Il les a comblés de joie en les nourrissant du Pain multiplié. Pourquoi renvoie-t-Il ses disciples avant de disperser la foule? St Jean nous explique qu’émerveillés de ce signe, les gens voulaient le faire Roi! Bientôt, ce qui est équivalent, Pierre Le proclamera Messie. Il l’en félicitera, mais lui donnera l’ordre de n’en rien dire, puis aussitôt affirmera qu’Il devra monter à Jérusalem pour y souffrir et mourir. Messie, Roi, Il vient l’être, mais la foule attendait un roi qui rendrait la vie facile, qui exercerait une violence juste à l’égard des ennemis! Et les Apôtres auraient été bien aise d’en devenir les ministres! Mais Roi, Il voulait l’être bien autrement! Aussi veut-Il faire tomber un enthousiasme mal orienté!

L’aventure d’Élie à l’Horeb n’annonce-t-elle pas de loin ce changement? D’un Pain mystérieux, il a reçu la force d’accomplir le long chemin qui l’a conduit à la Montagne de Dieu pour y recevoir une grande mission pour l’avenir d’Israël. Il s’attend à voir Le Seigneur manifester une puissance violente. Pourtant Il n’est ni dans l’ouragan, ni dans le tremblement de terre, ni dans le feu, mais dans la douceur d’une brise légère! N’annonçait-elle pas la véritable manière dont Il manifesterait Sa Puissance à l’opposé de celle, des hommes, si fausse?

La foule renvoyée, Jésus Se rend, seul, à l’écart, pour prier. C’est son attitude fondamentale, mais les évangiles le soulignent particulièrement aux moments où se dessinent de nouvelles orientations. Il S’y adonne, entre autres, après la première journée à Capharnaüm, avant de faire le choix de ses Apôtres. Pour le faire Il montera au Thabor et y sera transfiguré. Aujourd’hui, Il S’enracine en Son Père pour puiser auprès de Lui Sagesse et force pour devenir le vrai Roi. Il attirera tout à Lui par le Don de Lui-même jusqu’à l’extrême.

Sur son ordre, les disciples étaient partis sur leur barque. Violent contraste avec la fête qu’il viennent de vivre, les voici inquiets, malmenés secoués par les vagues. N’est-ce pas le symbole de ce qu’ils auront bientôt à vivre, eux les premiers, ensuite les siens à travers les siècles de l’histoire? Si notre Église a quelquefois joui d’une certaine puissance humaine, ce qui la soutient vraiment est d’un tout autre ordre. C’est à travers des siècles de persécutions que la Bonne Nouvelle s’est répandue dans le monde, apportée par de pauvres gens qui y ont souvent laissé la vie, quelquefois bien cruellement! Et quand nous lisons l’histoire, nous sommes émerveillés par la fidélité de tant de gens humbles, par la ténacité de tant de saints qui ont entrepris de grandes actions et les ont menées à bout au milieu de grandes difficultés et souvent de lourdes épreuves!

Mais quand on s’y débat ne se sent-on pas seul? Quand on vit la Foi on ne voit pas! C’était la condition des disciples dans la tempête! Si leur Maître ne les oubliait pas, ils ne pouvaient pas s’en rendre compte! Comme Il leur avait fait sentir Sa Puissance en multipliant les pains, Il montre sa Maîtrise des éléments en accomplissant pour eux ce signe qu’Il Se gardera bien de réaliser devant la foule: avant de calmer la tempête, Il les rejoint en marchant sur les eaux! Effrayés, ils crient, Le prenant d’abord pour un fantôme. Il les rassure en leur adressant ces Paroles qu’Il nous destine à nous aussi qui ne percevons pas Sa réelle Présence attentive: «  Confiance! C’est Moi; n’ayez pas peur!  » Combien de fois Jean Paul II ne nous l’a-t-il pas redit!

Alors L’Esprit inspire à Pierre de dominer sa peur, faire cette demande surprenante: « Seigneur, si c’est bien Toi, ordonne-moi de venir vers Toi sur l’eau. » N’est-ce pas la confiance qu’ailleurs Il nous proposera de vivre en disant: « Si vous avez la Foi, dites à cette montagne de se jeter dans la mer, et cela se produira! » S’Il a le pouvoir de marcher sur les eaux, n’est-Il pas venu le partager avec les siens? «  Viens!  » Pierre commence à le rejoindre, mais prend peur, commence à enfoncer, crie: « Sauve-moi! » Jésus le prend par la main: «  Homme de peu de Foi, pourquoi as-tu douté?  » Ne veut-Il pas nous le faire comprendre après lui: bien au-delà de miracles physiques, Il fera accomplir aux siens des actions plus qu’humaines. N’était-ce pas pour Lui marcher sur les eaux que d’aimer ses adversaires qui exerçaient contre Lui leur férocité? Combien L’imiteront jusqu’à Lui consacrer leur activité et manifester leur amour même à ceux qui les tourmenteront. Et Paul accepterait même d’être séparé du Christ pour que soient sauvés ses frères d’Israël qui l’avaient tant fait souffrir?

Alors, n’oublions pas ce qu’annonçait ce Pain mystérieux qui a donné à Élie la force de marcher jusqu’à la Montagne de Dieu pour y découvrir Son immense Douceur. Jésus a multiplié le Pain pour annoncer Le vrai Pain qui serait Lui-même. Ainsi unissons-nous à Lui d’une profonde Prière. Soyons heureux de Le recevoir pour que, nourris de Lui, Il nous transfigure à Son Image. Ainsi nous apprend-Il à dépasser notre faiblesse pour en arriver à aimer nos frères, même ceux qui nous veulent du mal! N’est-ce pas « marcher sur les eaux« , répondre à l’Amour du Père, faire Sa Joie, celle de nous combler tous, immense, de la Sienne?