Homélie du 14 janvier 2024 - 2e Dimanche du T. O.

Nous avons trouvé le Messie

par

fr. Joël-Marie Boudaroua

Cet évangile de l’appel des disciples en Jn 1, 35-42 tombe bien en ce début d’année ! Car nous avons tous besoin de nous remettre régulièrement devant l’appel de Dieu. Mais qu’est-ce que « l’appel de Dieu » et qu’est-ce qu’être appelé ? Et qu’est-ce c’est que cet « appel des disciples » ? Car d’appel, ici, il n’y a pas ! Le récit de référence pour l’appel des disciples n’est pas Jn 1, c’est Mc 1 ! Comme Benoît XVI l’a bien établi dans son livre Jésus de Nazareth, « le texte fondamental auquel se référer (pour l’appel des disciples) se trouve dans l’Évangile de Marc ». En Mc 1, 16-18, il est dit : « Jésus vit Simon et André, en train de jeter leurs filets dans la mer. Il leur dit : “Venez à ma suite, je vous ferai pêcheurs d’hommes.” Aussitôt, laissant leurs filets, ils le suivirent. » De même avec Jacques et Jean : « Aussitôt, Jésus les appela […] ils le suivirent. » Plus loin, en Mc 3, 13, il est dit : « Jésus gravit la montagne (pour prier) et il appela ceux qu’il voulait et il en institua Douze pour qu’ils soient avec lui et pour les envoyer prêcher. » « L’appel des disciples est un événement lié à la prière, ils sont pour ainsi dire engendrés dans la prière, dans la relation avec le Père. […] Leur appel est issu du dialogue du Fils avec le Père, c’est là son point d’ancrage. » Ainsi, « le texte de Marc nous rappelle qu’on ne peut pas s’instituer soi-même disciple, cet événement résulte d’une élection, d’une décision issue de la volonté du Seigneur, qui est elle-même ancrée dans son unité de volonté avec son Père » (p. 194).

Or, saint Jean n’a manifestement pas la même vision des choses. En effet, chez Jean ce sont les disciples qui vont vers Jésus, orientés par Jean-Baptiste ou amenés à lui les uns par les autres : André amena son frère à Jésus, plus tard Philippe amena Nathanaël… Leur appel semble moins issu d’un dialogue entre le Fils et le Père que d’un dialogue entre Jésus et les disciples eux-mêmes : « Se retournant, Jésus vit qu’ils le suivaient et leur dit : “Que cherchez-vous ?” Ils lui répondirent : “Maître, où demeures-tu ?” — Il leur dit : “Venez et vous verrez”. » Jésus leur propose donc d’essayer ; il est, comme dit Jean Grosjean, « le maître de l’empirisme » (L’ironie christique, p. 43). Ce sont eux qui le trouvent à la fin d’une ardente recherche et ce cri de joie des disciples : « Nous avons trouvé le Messie ! » indique tout aussi bien la liberté qu’ils ont eue de le chercher. C’est comme si Jean nous disait : suivre Jésus ce n’est pas s’enrôler dans une milice, être recruté pour une croisade fut-elle morale ! L’appel ce n’est pas une contrainte qui s’impose à nous ; l’appel des disciples, c’est un appel à la liberté ! Or, trop souvent, on présente et on se représente l’appel comme quelque chose de contraignant comme si la vie chrétienne, c’était le renoncement à notre liberté. Mais Dieu ne nous demande pas de renoncer à notre liberté, il nous demande de renoncer à notre volonté propre car la liberté est nécessaire à la réponse et c’est le don qu’il nous a fait lui-même au moment où il nous a créés.

Mais alors, me direz-vous, qui dit vrai ? Entre Marc et Jean où se trouve la vérité ? Est-ce dans Marc dont on dit qu’il est l’Évangile le plus ancien et donc le plus proche des évènements ? Ou dans Jean plus théologique mais souvent historiquement plus précis ? Mais dans les deux, mon Général ! Car s’il n’y a pas toujours appel, il y a toujours vocation. Disons que « Marc et les synoptiques simplifient quand ils ramènent la vocation à un appel » tandis que pour Jean la vocation « n’est pas un ordre, elle est une question. Le Messie […] ne convoque pas, il sonde : Qu’est-ce que vous cherchez ? » (J. Grosjean, p. 43). La voie est large : certains se reconnaîtront plutôt dans la version de Marc et suivront Jésus aussitôt dans une réponse spontanée à un appel direct et incisif ; d’autres plutôt dans celle de Jean, dans ce dialogue, ces questions qui marquent l’espace de leur liberté et les renvoient à leur propre désir. Mais, quelle que soit la manière dont se fait la rencontre, nous sommes tous appelés par le Christ, appelés à la liberté qu’il nous offre pour que nous vivions avec lui.

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