1. « Qu’exulte de joie la multitude des anges ! » Notre nuit crépite et resplendit. Le feu s’est élancé tout à l’heure. Ses flammes ont annoncé la Lumière de Pâques, afin que la résurrection du Seigneur illumine les cœurs après avoir attiré nos regards. La Semaine Sainte est accomplie ; de la joie des Rameaux à la Gloire, cette heure de la Résurrection ! L’Épreuve du Calvaire et du Tombeau aura ancré notre espérance dans la grâce du Sauveur.
Si l’Alléluia s’élève, c’est parce que le Seigneur nous a visités jusqu’à en mourir, livrant sa vie : de notre âme, il eut la bonté de vouloir faire sa demeure. Devant nos souffrances, face à nos désespoirs, il eut la bonté d’apporter sa miséricorde, sa présence fidèle et sa guérison spirituelle. C’est ainsi qu’il nous élève encore ; et que son chant sort de nos cœurs où son Alliance est venue en nous comme la Paix, un immense fleuve sur les rives duquel la végétation a repris.
Depuis le temps que le Seigneur y songeait ! Depuis ce péché originel qui blesse en chacun l’Alliance divine ! Mais depuis le temps où cette faute devint « l’heureuse faute d’Adam qui nous a valu un tel Rédempteur », le Seigneur sait illuminer nos nuits.
2. Quand tout à l’heure le feu s’est élevé, tous se sont pressés. Tous, c’est-à-dire Abraham, père de la multitude des croyants ; et Isaac, son fils, délivré par le Seigneur qui vient pourvoir en nos épreuves ; Moïse et Aaron, nos guides pour tout exode vers le Pays de Dieu ; et Myriam, professeur en action de grâce pour toute délivrance ; Isaïe, Baruch, Ézéchiel et leurs prophéties ardentes pour les cœurs qui cherchent Dieu ; le Psalmiste qui unit en une prière Parole du Seigneur, sentiments et foi des hommes ; tous, oui. Nous ne les avons pas tous reconnus ; et c’était de nuit, certes.
Et combien d’autres sont là aussi qui se sont penchés des cieux, nous tressant comme une couronne dans une joyeuse allégresse !
Avec eux tous, nous serons des saints, des bienheureux qui voient en Dieu leur bénédiction, et leur avenir. Eux, présents à nos nuits et à nos jours, se sont pressés aux côtés de la cuve baptismale, la source qui offre le goût de Dieu !
Ils sont venus auprès de nous en cette veillée contempler avec nous ce qu’ils ont annoncé : la bouleversante bonté du Sauveur ; et sa présence : Dieu tout en tous, simplement, sûrement. Ils nous ont rejoints, avec Notre-Dame, saint Dominique, saint Thomas, et les chrétiens de jadis qui vivaient déjà notre aventure et qui sont en communion avec nous ; tous et notamment vos saints patrons, chers catéchumènes : à vos côtés, les saints se réjouissent en cette nuit très sainte !
Ainsi unis nous faisons l’expérience de l’Église, émerveillés ! La célébration du mystère de la Passion, de la Mort et de la Résurrection du Christ-Jésus nous unit pour porter avec fierté le beau nom de chrétiens — « autres christs » !
3. Ces heures que nous devons fidèlement goûter, et approfondir d’année en année, sont cristallisées comme en un instant. Le baptême, c’est la vie du Seigneur, sa charité versée en abondance en vous, jaillissant en votre cœur, pour vous sentir aimés de Dieu ; éclairant votre esprit, se vivant dans la durée, pour l’éternité !
Votre baptême prit place dans la liturgie cette nuit, comme en un moment charnière : il prit place après la lecture des prophéties, pour qu’avec un cœur imprégné de la grâce, vous puissiez recueillir l’Évangile dans toute sa force !
Vous êtes entrés dans la lumière de l’Église ! Baptisés, c’est la lumière de l’Évangile qui a resplendi autour de vous, et qui éclatera encore ! Ce moment charnière est aussi évocateur de votre vie qui, elle aussi, a basculé.
Le baptême dans l’Église du Seigneur, c’est aussi l’ajout de talents venus de Dieu seul ; ses dons, afin que vous puissiez le choisir, en marquer vos jours et vos semaines ; le célébrer au Jour qui lui est réservé chaque semaine ; apprendre de lui à lui demeurer fidèle, comme lui-même s’est toujours engagé à l’être. Le baptême n’est pas seulement le mystère d’un jour nouveau. Si l’eau qui vous lave du péché, si l’entrée dans la communion qu’est l’Église, vous sont données, la persévérance à demeurer en Dieu et avec Dieu est aussi à vouloir.
De même, la communion au Corps et au Sang du Seigneur, comme le sacrement de Confirmation, vous aideront à vivre en Dieu, dans son Église, de ce Dieu même qui vivra en vous.
4. Comment d’ailleurs ne pas élargir notre cercle de famille ! La grâce qui nous est faite peut aussi être pour certains d’entre vous, venus cette nuit parmi nous, l’heure d’un appel à vivre par les sacrements la grâce de Dieu !
Le baptême, la confirmation, la communion eucharistique s’offrent peut-être aussi à vous qui n’osez encore les demander : je vous invite, si vous vous interrogez à venir vers nous. Venez, portés par une joyeuse espérance ! Posez-nous des questions : le baptême est aussi pour vous. La vie de Dieu est pour tous : osez la demander ; osez, vous interroger !
Que cet instant unique de grâce et de communion nous relance aussi vers le Ciel — comme la flamme le manifestait, pour votre vie éternelle !